Faute de commission Versailles ne peut préempter une commode


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Pierre Harry Mewesen (maître en 1766)
Commode à la Régence, 1771
Chêne, placage de bois de rose, bois violet, palissandre,
buis, bronze doré, marbre brun-rouge rapporté - 90 x 144 x 58 cm
France, collection particulière
Photo : SVV Fraysse
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17/12/16 - Non acquisition - Versailles, Musée national du château - Le 7 décembre dernier, passait en vente, chez Fraysse à Drouot, une commode parfaitement documentée, provenant des appartements du comte de Provence au château de Versailles, livrée le 13 mai 1771 par Gilles Joubert qui avait sous-traité sa fabrication (une pratique courante à l’époque) à Pierre Harry Mewesen. Le meuble était estimé très modestement 40 à 60 000 € et tout le monde s’attendait à ce qu’elle soit préemptée par l’établissement public. Ce qui n’arriva pas. Alors que le commissaire-priseur l’adjugeait 150 000 € (sans les frais), aucun conservateur ne se leva dans la salle pour en revendiquer l’adjudication.

Nous avons essayé de comprendre la raison de cette absence du château de Versailles. N’était-il pas concerné par ce meuble, revenant ainsi sur une politique constante qui tente de faire retourner au château les meubles qui furent vendus à la Révolution ? Non évidemment, la commode l’intéressait. La présence dans la salle de la société des amis du château, qui ne disposait cependant que de 100 000 €, qui ne lui ont donc servi à rien, en témoigne.
La transition entre Béatrix Saule et Laurent Salomé est-elle en cause ? Non plus, semble-t-il, celle-ci se déroulant dans des conditions normales.
Le prix était-il trop élevé ? Non bien sûr. L’estimation était dérisoire, et l’adjudication est encore une véritable affaire.
Le château n’a plus d’argent en cette fin d’année ? Pas davantage d’autant que, selon nos informations, Sotheby’s a décidé d’anticiper toute procédure et de rembourser la fausse chaise de la Méridienne, soit environ 400 000 €.
Faut-il y voir une prudence due à cette affaire des faux meubles1 ? Peut-être un peu, même si l’authenticité de celui qu’a tenté en vain d’acquérir les amis de Versailles n’est pas en doute.

Mais la vraie raison est ailleurs. Cette incapacité d’agir de Versailles n’est dû, une nouvelle fois, qu’à l’absence du ministère de la Culture, disons plutôt (il faut appeler les choses par leur nom) de la ministre de la Culture. Celle-ci doit en effet nommer par arrêté les membres de la commission d’acquisition du château. Et certaines nominations n’ayant toujours pas eu lieu, la commission ne peut pas se réunir. Elle ne peut donc pas décider ou non des acquisitions, ni des préemptions qu’elle demandera au service des musées de France. C’est pour cette raison uniquement que la commode n’a pas pu être acquise par le musée.

Fort heureusement, celle-ci n’est pas définitivement perdue. Elle a été achetée, sur les conseils de l’antiquaire Camille Burgi, par un collectionneur privé russe francophile habitant entre la Russie et la France. Tous deux - qui ne pensaient pas une seconde qu’elle ne serait pas préemptée - sont disposés, à terme, à la recéder à Versailles si le château est intéressé (ce qui est d’ailleurs le cas). Bien évidemment, et ce n’est que normal, le prix n’en sera pas le même. Nous écrivions que le ministère de la Culture était mort. C’est encore pire, il est plus nuisible qu’avant : pour le patrimoine, et pour le contribuable français.


Didier Rykner, samedi 17 décembre 2016


Notes

1Prudence ou vergogne qui ne touche d’ailleurs pas Bill Pallot que l’on voit absolument partout ces dernières semaines, paradant à Drouot, assistant au Musée des Arts décoratifs à un séminaire ayant pour sujet « Remplois et réinterprétations du XVIIIe siècle dans le domaine du bois » ou se montrant à une réunion du Symev !





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