Faut-il rendre les œuvres d’art ?


Auteur : Emmanuel Pierrat.

JPEG - 23.4 ko

Récemment, Emmanuel Pierrat écrivait un livre pour raconter qu’il ne dormait presque pas1. Cette révélation bouleversante expliquait, s’épanchait-il complaisamment dans les médias, qu’il puisse ainsi écrire autant de livres tout en menant parallèlement son activité professionnelle. La production, en effet, est impressionnante. Ces quatre dernières années, l’avocat a publié ou dirigé pas moins de vingt-quatre ouvrages ! Heureusement, nous n’avons pas à les lire tous. Car s’ils sont de la même eau que ceux consacrés à l’art, il faut espérer que la recherche sur l’insomnie fasse rapidement des progrès.
Son dernier opus, Faut-il rendre les œuvres d’art ?, est consternant, comme le précédent que nous avions critiqué (Museum Connection, voir ici). Mais le plus scandaleux est qu’il est publié par les éditions du Centre National de la Recherche Scientifique. Le même CNRS qui a cessé de subventionner bien des revues savantes (comme le Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français) et qui a abandonné l’édition de la Revue de l’Art, heureusement reprise par une maison d’édition privée…

En page 9, Emmanuel Pierrat explique son choix éditorial : il ne traitera pas des biens juifs ; celui-ci est acceptable, car en comparaison des autres demandes de restitution, les spoliations nazies sont effectivement d’une autre nature. Mais pas comme il le dit. Il explique en effet que « La Shoah reste un cas à part, différent et aussi « singulier » que la traite négrière. Car, chez les uns, la spoliation des biens culturels s’est faite en même temps que les persécutions et l’extermination des êtres humains. Or, en Afrique, la traite négrière comme le vol d’œuvres d’art ne sont guère concomitants et ne peuvent être mis en parallèle. D’où des traitements juridiques et politiques particuliers qui ne peuvent être rapprochés hâtivement, en matière d’œuvres d’art, avec le vol dans les chantiers de fouille en Egypte et au Pérou. » Or, la question n’est évidemment pas celle de la concomitance ou non des persécutions avec les vols d’œuvres d’art. Elle réside dans l’identification, ou non, des propriétaires des œuvres. Dans un cas les spoliations sont celles d’individus identifiés ou que l’on espère pouvoir identifier, dans l’autre celles de pays qui considèrent que les objets leur appartiennent en tant que peuple. C’est pour cette raison que ces deux types de spoliation ne sont pas comparables et que l’on peut envisager de parler de l’un sans parler de l’autre, même si ce choix est réducteur.
Mais manifestement, en traitant par la suite des « vols dans les chantiers de fouille en Egypte et au Pérou » ou des vols d’œuvres d’art, Emmanuel Pierrat ne fait pas non plus la différence entre les revendications sur des objets exportés de manière ancienne, à une époque où les législations étaient différentes d’aujourd’hui, et les disparitions plus contemporaines, vols ou pillages, qui violent les lois aussi bien des Etats-sources que de ceux où arrivent ces œuvres…

Pour avoir accès à ce contenu, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous à l’aide de ce formulaire :




Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Publications : Interview de Jean Rochefort à propos du Louvre à cheval

Article suivant dans Publications : Simon Vouet en Italie