
1. D’après Giovanni da Udine (1487-1564)
Le triomphe de Minerve (tenture du Triomphe des Dieux)
Paris, Mobilier National
Photo : Mobilier National
Parmi les nombreuses expositions qui viennent d’ouvrir à Paris, dont beaucoup sont de grandes qualité, nous voudrions distinguer celle organisée par le Mobilier National et qui ne dure malheureusement que deux mois.
Depuis sa réouverture, cette institution multiplie les événements qui ne rencontrent pas toujours le succès qu’ils méritent. Son (très relatif) éloignement du centre de Paris et le manque de curiosité du public pour les nouveautés peu médiatisées expliquent sans doute ce constat regrettable. On ne saurait pourtant trop recommander aux lecteurs de ce site de s’y précipiter pour admirer quelques-unes des plus belles tapisseries provenant des collections de Louis XIV.
L’exposition est jumelée avec celle qui ouvrira bientôt à Versailles consacrée au Roi Soleil. Celui-ci hérita de ses prédécesseurs environ 400 tapisseries dont beaucoup brûlèrent en 1797. Des plus anciennes subsistent cependant les Chasses de Maximilien, présentées en permanence au Louvre et trois pièces du Triomphe des Dieux dont une est montrée dans l’exposition (ill. 1). Compte tenu de la taille du bâtiment en effet, cette évocation des collections royales ne peut présenter que certaines pièces. D’autres expositions (une a déjà eu lieu pour la série dédiée à Artémise) permettront d’admirer intégralement certaines de ces tentures.
A ce fonds ancien, hélas largement disparu, s’ajoutèrent les nombreuses tapisseries commandées par les rois au cours du XVIIe siècle. En 1607, une manufacture s’implanta faubourg Saint-Marcel à Paris tandis que Louis XIV fonda les Gobelins en 1662 et Beauvais en 1664. Outre ces commandes, des achats à l’étranger ou à des collectionneurs français permirent l’entrée dans les collections d’un grand nombre d’œuvres.

2. Manufacture de Mortlake, d’après Raphaël (1438-1520),
Tenture des actes des apôtres,
La remise des clefs à saint Pierre, vers 1630
Paris, Mobilier National
Photo : Mobilier National

3. Manufacture du Faubourg Saint-Marcel,
d’après Toussaint Dubreuil (1561-1602)
Les paysans de Lycis changés en grenouilles
Tenture de l’Histoire de Diane, 1er quart du XVIIIe siècle
Paris, Mobilier National
Photo : Mobilier National
L’exposition commence par quelques-unes des rares tapisseries subsistantes du XVIe siècle. Il faut d’ailleurs distinguer la date d’exécution du dessin et celle de la tenture. Ainsi, on pourra voir aussi deux tapisseries d’après les Actes des Apôtres de Raphaël dont les cartons, aujourd’hui dans la collection de la Reine d’Angleterre et déposés au V & A, avaient été acquis par Charles Ier (ill. 2). Ces tissages ont été faits au XVIIe par la manufacture anglaise de Mortlake. François Ier possédait une des tentures d’origine et les Gobelins réalisèrent également une copie de celles-ci, mais toutes ont aujourd’hui disparu. Des années 1600 date Les paysans de Lycie changés en grenouilles sur un carton de Toussaint Dubreuil (ill. 3), confronté dans l’escalier qui mène au premier étage à une tapisserie d’après Rubens dont l’exécution un peu maladroite est due à la manufacture du faubourg Saint-Marcel. Le XVIIe siècle est représenté par quelques chefs-d’œuvre : le Sacrifice de la fille de Jephté d’après Simon Vouet de la même manufacture (ill. 4) et des pièces d’après Le Brun et ses deux rivaux Charles Errard et Pierre Mignard.

4. Manufacture du Faubourg Saint-Marcel,
d’après Simon Vouet (1590-1648)
Le Sacrifice de la fille de Jephté, vers 1635
Tenture de l’Histoire de l’Ancien Testament
Paris, Mobilier National
Photo : Mobilier National
Si l’exposition mérite donc tous leséloges, on peut regretter cependant qu’aucun catalogue ne soit disponible. Les publications qui accompagnent les présentations d’œuvres aux Gobelins pêchent malheureusement souvent par leur caractère trop sommaire ou parfois même par leur absence. Le petit dépliant distribués ici aux visiteurs a manifestement été réalisé dans la précipitation et n’est pas très clair (certaine informations y sont répétées plusieurs fois sur l’équivalent de deux pages, d’autres se contredisent). Ne jetons cependant pas la pierre à cette institution, d’autant qu’un catalogue exhaustif des tapisseries de Louis XIV conservées au Mobilier National devrait paraître avant la fin de l’année 2009.
Informations pratiques : Galerie des Gobelins, 42 avenue des Gobelins, 75013 Paris. Tél : +33(0)1 44 08 53 59. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h. Tarif : 6 € (tarif plein), 4 € (tarif réduit).
