Fascination baroque. La sculpture baroque flamande dans les collections publiques françaises


Cassel, Musée de Flandre, du 15 octobre 2011 au 29 janvier 2012.

1. Laurent Delvaux (1696-1778)
La Conversion de saint Paul, 1736
Terre cuite - 63 x 52 x 35 cm
Saint-Amand-les-Eaux, Musée de la Tour abbatiale
Photo : Musée de Saint-Amand-les-Eaux

Sujet original, muséographie remarquable (entièrement conçue en interne), œuvres belles et peu connues, bon catalogue (avec notices), l’exposition que propose le Musée de Cassel sur la sculpture flamande dans les collections françaises est une vraie réussite.

Cela faisait longtemps qu’une rétrospective n’avait pas montré les œuvres appartenant à une époque et/ou à une école bien précise conservées dans les musées français. On se rappelle des passionnantes expositions sur la peinture italienne du Seicento, celle (à Lyon) sur le Settecento, celles sur les peintures hollandaises, puis flamandes (qui élargissaient le champ aux édifices religieux) ou encore les expositions plus modestes mais non moins intéressantes organisées par l’Association des conservateurs du nord de la France.
C’est dans le nord, justement, qu’est née cette initiative autour de la sculpture flamande, dont on peut seulement regretter qu’elle n’ait pas débouché sur un inventaire complet (à défaut d’une exhaustivité impossible).

2. Jan-Pieter II van Baurscheit (1699-1768)
Ange méditant sur la croix, 1741
Terre cuite - 50 x 18 x 12 cm
Saint-Amand-les-Eaux, Musée de la Tour abbatiale
Photo : Didier Rykner


3. Jacques Bergé (1696-1756)
Effigie funéraire de Jean-Baptiste de Smet, évêque de Gand, 1741
Terre cuite - 24,5 x 49,2 x 16,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner

Le visiteur sera sans doute surpris par la variété et la qualité des sculptures qu’a su trouver Alain Jacobs, le maître d’œuvre de l’exposition avec Sandrine Vizelier la directrice du musée. On ne soupçonnait pas la richesse de nos musées dans un domaine mal connu et fort peu étudié, même en Belgique comme le rappelle Alain Jacobs dans son essai introductif.

On découvrira par exemple qu’il y a une vingtaine d’années, un musée de province de taille pourtant modeste, Saint-Amand-les-Eaux, avait réussi, grâce à sa conservatrice d’alors, à s’enrichir de plusieurs chefs-d’œuvre comme une Conversion de saint Paul (ill. 1) de Laurent Delvaux (récemment présentée à Bruxelles, voir l’article) ou un Ange méditant sur la croix très berninien de Jan Pieter II van Baurscheit (ill. 2), nouvellement attribué, préparatoire à une sculpture ornant un confessionnal de l’église Saint-Pierre de Turnhout. Nous avons, à l’occasion de l’exposition belge, rappelé l’importance de la sculpture baroque flamande et la diversité de son inspiration. La présentation de Cassel n’est pas chronologique, mais par thèmes, ce qui constitue une approche différente. Nous ne reviendrons donc pas sur les caractères stylistiques et nous nous attacherons surtout à montrer dans cet article quelques-unes des plus belles pièces conservées dans nos musées ou nos églises.


4. Jacques Bergé (1696-1756)
Génie funéraire du monument
de Jean-Baptiste de Smet
, 1741
Terre cuite - 21 x 13,8 x 8,5 cm
Avignon, Musée Calvet
Photo : Didier Rykner

5. Jacques Bergé (1696-1756)
Monument
de Jean-Baptiste de Smet
, 1741
Marbre
Gand, cathédrale Saint-Bavon
Photo : Didier Rykner


6. Jérôme Duquesnoy le jeune (1602-1654)
Buste d’Antoine Triest, évêque de Gand
Marbre - 70,5 x 71 x 38 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner

Les premières statuettes de l’exposition, dues à Jacques Bergé, sont les esquisses très abouties (ill. 3 et 4) des deux figures principales du tombeau de Jean-Baptiste de Smet dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand (ill. 5). La figure principale a été acquise par le Louvre en 1995, celle du putto appartient au Musée Calvet d’Avignon. Exécutées à la même échelle, toutes deux datées de 1743, elles constituent sans doute des modèles de présentation. On notera que l’angelot est recouvert d’un apprêt blanc, sans doute destiné à imiter le marbre, qu’a perdu la terre cuite du Louvre.
Le musée parisien a généreusement prêté 15 œuvres. Il s’agit en effet, comme l’explique Alain Jacobs, du musée hors de Belgique, à l’exception du Rijksmuseum d’Amsterdam, qui conserve le plus grand nombre de sculptures baroques flamandes, notamment grâce à une judicieuse politique d’acquisition qui s’est poursuivie ces dernières années. On voit ainsi le Combat d’un lion et d’un ténia par Walter Pompe acheté en 2007 (voir la brève du 15/3/08). Dans la dernière salle, on admirera particulièrement le superbe portrait d’Antoine Triest, évêque de Gand, de Jérôme Duquesnoy le jeune, frère de François, entré au Louvre en 20001 (ill. 6).
A propos de Walter Pompe, l’un des artistes les mieux représentés dans l’exposition, on soulignera la grande qualité de sa production, avec encore deux œuvres conservées au Louvre : un fragment de Christ en croix et un Saint Sébastien (ill. 7) entré en 1921, signé, et dont Alain Jacobs montre qu’il s’agit d’une étude préparatoire pour une sculpture en bois jusque là anonyme de l’église Saint-Benoît de Morstel.


7. Walter Pompe (1703-1777)
Saint Sébastien, 1740
Terre cuite - 34,5 x 12 x 7 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN/J.-G. Berizzi

8. Lodewijk Willemssens (1630-1702)
Mars ou le Feu et Hercule ou l’Air, 1700
Marbre - 90 x 47 x 34 et 90 x 49 x 32 cm
Paris, Musée Cognacq-Jay
Photo : Didier Rykner


9. Gérard van Opstal (1605-1668)
Femme trayant une chèvre
Ivoire - 16,5 x 22,5 cm
Ecouen, Musée national de la Renaissance
Photo : Didier Rykner

La sculpture baroque flamande se niche parfois dans des endroits surprenants. Ainsi, le Musée des Beaux-Arts de Nice possède un groupe en marbre d’Enfants se disputant un nid d’oiseau acheté en 1993 tandis que le Musée Cognacq-Jay expose deux très beaux enfants en marbre symbolisant pour l’un Mars ou le Feu, pour l’autre Hercule ou l’Air (ill. 8). Ils avaient été acquis comme de l’école française du XVIIIe siècle par Ernest Cognacq, mais reconnus par l’ancien conservateur du musée, Pascal de la Vaissière, après l’apparition d’une sculpture analogue, probablement la Terre, à la galerie Aaron de New York. Ces œuvres – une quatrième sculpture figurant l’Eau doit exister – sont dues à Lodewijk Willemssens, un sculpteur anversois dont la signature est visible sur la Terre.
On peut aussi signaler, parmi les curiosités, la présence au Musée d’Ecouen de plusieurs petits ivoires d’après François Duquesnoy et par Gerard van Obstal (un sculpteur que l’on pourrait aussi bien considérer comme de l’école française – ill. 9) ; ceci ne doit cependant pas étonner : les anciennes collections du musée de Cluny, qui sont à l’origine de la création du Musée de la Renaissance à Ecouen, comportaient des œuvres du XVIIe et du XVIIIe siècle qui ne sont plus exposées car elles sortent du champ couvert par ces deux établissements. Le fragment de Christ en terre cuite de Walter Pompe dont nous parlions plus haut, à l’origine appartenant à Ecouen, est déposé au Louvre, on pourrait imaginer que les ivoires le soient désormais à Cassel.


10. Andries de Nole (1598-1638)
Sainte Anne et la Vierge
Marbre - 147 x 57 x 39 cm
Marcq-en-Barœul, église Saint-Vincent
Photo : Didier Rykner

11. Pays-Bas méridionaux, 2e quart du XVIIe siècle
Ange de l’Annonciation
Albâtre - 78 x 24 x 27 cm
Cambrai, Musée Municipal
Photo : Didier Rykner


12. Peter Verbruggen le jeune (vers 1640-1691)
Projet de maître-autel
Crayon, plume et lavis d’encre de chine,
lavis de bistre et sanguine - 75,5 x 49,2 cm
Bergues, Musée du Mont-de-Piété
Photo : Pascal Lemaître

Des œuvres conservées dans des églises, on retiendra surtout la monumentale Sainte Anne et la Vierge de Marcq-en-Barœul par Andries de Nole (ill. 10), et parmi les anonymes un Ange de l’Annonciation en albâtre (ill. 11), fragmentaire mais d’une grande expressivité. L’exposition montre enfin, à côté de quelques tableaux choisis pour leur iconographie, de nombreux dessins de sculpteurs, provenant pour partie du Louvre, mais aussi du Musée de Bergues qui, en 1877, reçut un legs de plusieurs centaines de dessins du peintre Pierre Verlinden, parmi lesquels ont été reconnues une quinzaine de feuilles entrant dans le champ de cette exposition. On y trouve notamment un dessin de Jacques Verbruggen le jeune (ill. 12), dont aucune sculpture n’est conservée dans un musée français, mais aussi plusieurs compositions de Jan Claudius de Cock, artiste dont le Musée Cognacq-Jay possède un charmant petit groupe en marbre, Jeune faune faisant goûter le fruit de la vigne à Bacchus enfant. Malgré la signature et la date visible sur la tranche de la terrasse, il était encore catalogué comme de l’école allemande du début du XVIe siècle2, attribution qu’il portait lors de son acquisition par Ernest Cognacq. Preuve que la sculpture flamande baroque reste méconnue. Espérons que cette première exposition qui lui soit consacrée en France contribue à la faire sortir de l’oubli relatif où elle était tombée.

Commissaires : Alain Jacobs et Sandrine Vézilier.


Alain Jacobs et Sandrine Vézilier, Fascination baroque. La sculpture baroque flamande dans les collections publiques françaises, Somogy Editions d’art, 2011, 208 p., 35 €. ISBN : 978-2-7572-0502-0.


Informations pratiques : Musée de Flandre, 26 Grand Place, 59670 Cassel. Tél : +33 (0)3 59 73 45 59. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 12h30 et de 14h à 18h du mardi au samedi, et le dimanche de 10h à 18h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).


Didier Rykner, vendredi 14 octobre 2011


Notes

1. Note du 16/10/11 : à propos de ce buste, Denis Coekelberghs nous rappelle à juste titre qu’il avait parlé de ce buste dans un article intitulé A propos de Jérôme Du Quesnoy le jeune, publié sur ce site le 1/9/06 mais non inclus dans la bibliographie du catalogue. Il signale par ailleurs que ce buste, contrairement à ce qui est dit dans la notice du catalogue, est apparu en 1991 sur le marché de l’art - et non en 1977, date à laquelle il est publié par la Galerie d’Arenberg dans Sculptures de maître anciens. Des frères Duquesnoy à Dalou. Denis Coekelberghs précise enfin que le Portrait de Léopold-Guillaume du Kunsthistorisches Museum de Vienne, qu’il qualifie de « médiocre », n’est pas en marbre, mais en bronze. Alain Jacobs confirme pourtant dans un mail du 20/10/11 consécutif à l’ajout de cette note, que le portrait du KHM de Vienne est bien en marbre, ce que nous ne pouvons évidemment trancher.

2. Note du 16/10/11 : comme nous l’a aimablement signalé José de Los Llanos, directeur du Musée Cognacq-Jay, la signature de cette sculpture avait été reconnue depuis le catalogue de 1929, et la juste attribution était donc retrouvée, contrairement à ce que laisse entendre la notice.



Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Expositions : Destins souverains

Article suivant dans Expositions : Ford Madox Brown : pionnier pré-raphaélite