Exposition « L’Héritage de van der Weyden » : l’opacité des Musées Royaux


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Rogier van der Weyden (1399/1400-1464)
Portrait d’Antoine de Bourgogne
Panneau - 38,4 x 28 cm
Photo : MRBAB/ KMSKB

22/11/13 - Musées - Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts - Nous avons reçu aujourd’hui le communiqué officiel des Musées Royaux des Beaux-Arts indiquant la fermeture définitive de l’exposition « Les suiveurs de Roger van der Weyden ». Mais l’histoire est en réalité beaucoup moins claire que ne le prétend la communication de cet établissement, et certainement plus grave.

En effet, notre collaboratrice Bénédicte Bonnet Saint-Georges étant actuellement en déplacement et difficilement joignable, nous n’avions pas fait le lien avec une information qu’elle avait reçue le 8 novembre dernier. Notre source nous informait, sans davantage de précision, qu’il « pleuvait dans les salles de l’exposition », qu’on entendait des marteaux-piqueurs et qu’on sentait des vibrations dans les salles du musée ! Elle avait alors appelé la responsable de la communication du musée, Anne Goffart qui n’était, avait-elle dit, pas au courant. Puis, elle avait pu joindre Barbara Porteman, attachée de presse, qui s’était contentée d’affirmer qu’« Il y a eu de petits problèmes techniques mais tout est rentré dans l’ordre ». A la question : « Quels problèmes techniques ? Des inondations ? Une fuite ? » Elle répondait : « Non, des problèmes techniques », ayant tout de même l’air de penser que cela pouvait être dû aux travaux entrepris juste à côté, pour le musée Fin de siècle.
Les musées prêteurs ont été, quant à eux, informés par un mail de Michel Draguet qu’« aucun dégât aux œuvres n’a été constaté », qu’« il n’y a pas le moindre danger quant à la stabilité du plafond » (on ose l’espérer) et que le débit des quatre écoulements identifiés « n’est pas [...] abondant : une goutte toutes les 70/80 secondes » !

Ce que l’on peut conclure de cette affaire est tout de même très préoccupant et pose quelques questions sur la gestion de ce musée. En effet, entre le 8 et le 13 novembre, date à laquelle Le Soir annonce la fermeture de l’exposition, on aimerait savoir ce qui a été fait pour protéger les œuvres et pourquoi la décision a été si longue à prendre. On aimerait surtout savoir pourquoi le musée est si peu transparent dans sa communication : non seulement, lorsque nous avons appelé le 8 novembre, tout était soi-disant rentré dans l’ordre, mais alors que nous avons contacté à nouveau le musée ce matin avant d’écrire cet article, nous nous sommes vu répondre par la communication que tout allait bien jusqu’au 13 novembre, celle-ci niant que quelque chose se soit passé le 8.

On ne peut, d’ailleurs, s’empêcher de rapprocher ces graves incidents de ceux qui avaient touché en 2009 l’hygrométrie d’une salle du musée transformée en salle de réserves et qui n’avait pas été détectée pendant une vingtaine de jours, provoquant des dégâts sur plusieurs dizaines d’œuvres sur bois. Nous regrettions d’ailleurs à l’époque (voir la brève du 28/1/09) non seulement la découverte tardive de cet incident, mais aussi l’opacité dont faisait preuve le musée. Manifestement, en quatre ans, rien n’a changé.

Addendum (22/11/13, 16 h 04)

Michel Draguet, directeur des Musées Royaux, que nous avions tenté de joindre pour l’écriture de cet article, nous a appelé peu de temps après sa publication. Voici ce qu’il a répondu à nos questions :

« Le 8 novembre, il y a eu effectivement un incident car à un endroit il y avait un égouttement. En revanche, le bruit des marteaux piqueurs provenait des travaux actuellement en cours dans l’auditorium du musée. Cet espace est éloigné de l’exposition mais un tel bruit se propage facilement dans les bâtiments.
Les services techniques, que nous avons fait venir pour l’écoulement d’eau, nous ont dit qu’il s’agissait probablement d’un problème de condensation qui n’était pas grave. On a finalement ouvert à midi et c’est sans doute à ce moment là que ma collaboratrice vous a répondu.
Les problèmes d’écoulement sont revenus. On s’est alors rendu compte que les travaux avaient été faits sous forme de carottage, avec un forage au diamant qui ne fait pas de vibrations mais qui nécessite d’apporter de l’eau pour éviter que cela chauffe. On nous a dit que les infiltrations provenaient de cette eau et qu’il suffisait d’attendre qu’elle s’écoule. Nous avons donc décidé de fermer pendant une semaine et pendant ce temps le niveau de l’eau est allé en diminuant.
Nous avons rouvert mardi normalement, mercredi tout allait bien, mais dans la nuit de mercredi à jeudi il y a eu de grosses pluies à Bruxelles et le goutte à goutte tel qu’il se présentait a repris et augmenté de rythme. On peut penser que la société en charge des travaux n’a pas bien fait les travaux d’étanchéité, mais c’est impossible de le voir à l’œil nu.
Nous avons pris hier soir la décision de fermer l’exposition définitivement car aucun expert n’a pu nous amener à la certitude qu’on pouvait remédier à cette situation. C’est un risque que nous ne pouvons pas assumer avec des prêts de musées extérieurs, et nous les avons tout de suite prévenus comme c’est normal, avant de publier un communiqué de presse.

Nous sommes dans une administration publique et dans un bâtiment qui ne nous appartient pas. Nous avons commandé ces travaux pendant l’été afin de couvrir le puits de lumière temporairement (il s’agit bien d’une occultation temporaire qui doit nous permettre de faire des projections multi-média).
Or, derrière le soumissionnaire, il y a une cascade de sous-traitant dont nous n’avons jamais été informé. Nous n’avons jamais demandé de percer le toit et de carotter, nous ne nous en sommes rendu compte que quand le travail était fait.
 »

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Didier Rykner, vendredi 22 novembre 2013





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