Cela faisait bien longtemps qu’un ministre de la Culture et son directeur des Patrimoines (qui regroupe désormais les fonctions de directeur du patrimoine et des musées de France) n’avaient pas été aussi cultivés et sensibles aux questions patrimoniales. Des différentes informations dont nous disposons, il ressort que ceux-ci sont, à titre personnel, opposés à tous les projets sensibles qui font aujourd’hui la une de l’actualité.
Mais que font-ils concrètement ? Rien ou à peu près, par peur de s’opposer, même légèrement, au président de la République, aux autres ministres, aux parlementaires, aux élus locaux pour peu qu’ils aient une aura nationale et fussent-ils dans l’opposition. Où sont les fortes déclarations sur le saccage des arènes de Fréjus, mené avec la complicité active de la précédente administration, sur la braderie de l’Hôtel de la Marine, sur le vandalisme planifié des serres d’Auteuil, sur les attaques conduites contre les ZPPAUP, sur la fermeture du Musée de l’Assistance Publique, sur le devenir de la chapelle de l’Hôpital Laënnec, et la liste pourrait être encore longue.
La protection des monuments historiques est de moins en moins efficace car, pour qu’elle le soit, il faudrait que le ministère de la Culture joue son rôle. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, un monument historique classé peut parfaitement être vandalisé ou détruit ou ses abords dénaturés et un jardin protégé peut tout à fait être loti. Il suffit pour cela que le ministère de la Culture l’accepte, soumis aux pressions politiques. C’est le cas aujourd’hui. Le vote récent du Sénat pour la protection d’ensembles mobiliers (voir la brève du 27/1/11 est certes un pas en avant, exceptionnel par les temps qui courent mais, outre que cette mesure n’est pas encore définitive, il est remarquable de noter qu’elle a son origine au Sénat, pas au ministère de la Culture.
Malgré le discours officiel, le ministère de la Culture est aussi très affaibli par les réorganisations en cours, depuis la transformation non contrôlée des musées en établissements publics indépendants jusqu’à la mise en œuvre de la RGPP1. Une grande partie du personnel du ministère, pourtant très dévouée à la cause des musées et du patrimoine, est découragée par cette évolution qui rend son travail toujours plus difficile. Ils ne sont plus soutenus par leur direction et de nombreux fonctionnaires en région se sentent abandonnés, livrés au bon vouloir des politiques locaux dont l’intérêt pour le patrimoine est, on peut le dire, contrasté...
Que craint exactement le ministre de la Culture ? De ne plus l’être ? Qu’il se rassure, quoi qu’il fasse, il ne le sera plus dans quelques mois ou, au mieux, dans quelques années. Il a - encore - le choix de laisser sa marque quitte à partir avec panache, ou d’être complètement oublié.
La France a (avait ?) pourtant une législation du patrimoine exemplaire. Mais elle ne peut fonctionner qu’avec un Etat vertueux. Cela fait longtemps hélas qu’il ne l’est plus.
