Emile Gallé. Nature & Symbolisme. "Influences du Japon"


Vic-sur-Seille, Musée départemental Georges de La Tour, du 5 mai au 30 août 2009.

1. Emile Gallé (1846-1904)
Etude pour l’assiette Fougère et insectes,
réédition en 1900
Crayon et aquarelle - 26,9 x 26,7 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN

Emile Gallé, on a tendance à l’oublier ou à l’ignorer, est un immense artiste. Les productions posthumes de son atelier, les nombreuses copies et imitations, voire les faux qui inondent le marché ont en effet brouillé son image dans l’esprit du public.
Le grand mérite de l’excellente exposition du musée de Vic-sur-Seille - qui ne traite que de la production de céramiques et de verre, laissant de côté l’ébénisterie - est d’avoir su choisir uniquement des pièces exceptionnelles qui rendent justice à ce créateur [1].

Le parcours commence avec les céramiques, exposées aux côtés de dessins préparatoires appartenant essentiellement au Musée d’Orsay (ill. 1) et à celui de l’Ecole de Nancy. Si l’influence du Japon, que reflète le titre de l’exposition, est évidente dans de nombreuses pièces, elle est loin d’être l’unique source d’inspiration de Gallé. Les premières productions sont davantage inspirées du XVIIIe siècle. Les formes en proviennent d’ailleurs directement puisque le Service herbier par exemple a été réalisé à partir d’un moule de cette période. Ses motifs de plantes en revanche, anticipent déjà au milieu des années 1860 ce qui fera le succès de l’art nouveau.
Même les services japonisants conservent encore cet aspect rococo et ce ne sera qu’aux environs de 1878-1880 que les céramiques de Gallé deviendront nettement plus originales, avec notamment des motifs de libellules ou de paysages japonais décorant des vases. La technique est différente, mais les formes et les ornements sont très proches de certains objets en verre. Si Emile Gallé poursuivit très tôt la pratique de la verrerie de l’atelier familial, les réalisations les plus importantes dans cette matière sont exécutées essentiellement à partir de la seconde moitié des années 1880. En 1894, Emile Gallé ouvre son propre atelier de verrerie à Nancy d’où sortiront certains de ses plus grands chefs-d’œuvre (ill. 2).

2. Emile Gallé (1846-1904)
Vase aux chauves-souris, vers 1900
H. 41,8 cm ; diam. max. 19,8 cm
Düsseldorf, Museum Kunst Palast
Photo : Fondation Museum Kunst
Palast, collection Gerda Kœpf -
Düsseldorf

3. Emile Gallé (1846-1904)
Vase aux magnolias, vers 1900
H. 22,1 cm ; diam. max. 17,1 cm
Düsseldorf, Museum Kunst Palast
Photo : Fondation Museum Kunst
Palast, collection Gerda Kœpf-Düsseldorf


La muséographie de l’exposition est d’une simplicité qui convient parfaitement aux objets exposés. Si les céramiques étaient présentées chronologiquement, les verres, beaucoup plus nombreux, sont regroupés par thème et le catalogue, fort bien illustré, suit la même logique. Les techniques sont d’une incroyable diversité, si complexes parfois que même les spécialistes ne comprennent pas toujours comment certaines pièces ont été réalisées. Le verre peut être coloré dans la masse à l’aide d’oxydes ou de sels métalliques, ou peint à froid au pinceau. La surface peut aussi être émaillée ou gravée à l’acide ou à l’aide de moyens mécaniques (molettes, pointe de diamants...). Toutes ces techniques sont parfois utilisées simultanément pour donner des objets d’une préciosité inouïe. A l’extrême fin du siècle et jusqu’à sa mort en 1904, Gallé pratique la marqueterie de verre qui constitue certainement le summum de son œuvre (ill. 3).

Créé grâce à l’acquisition du Saint Jean-Baptiste de Georges de La Tour puis à une donation « anonyme » de tableaux des XVIIe et XIXe siècles, le musée départemental de Vic-sur-Seille [2] montre comment un musée bien géré, qui présente de bonnes expositions [3] et qui s’enrichit régulièrement [4] peut contribuer à faire venir de nombreux touristes dans une petite ville. Une leçon que la municipalité de Saintes, par exemple, devrait méditer (voir brève du 11/6/09).

local/cache-vignettes/L115xH135/Couverture_Galle-af1c0.jpgCollectif, Emilé Gallé. Nature & symbolisme, "Influence du Japon", Editions Serge Domini, 2009, 142 p., 25 €. ISBN : 978-2-35475-010-7.

Informations pratiques : Musée Départemental Georges de La Tour, Place Jeanne d’Arc, 57630 Vic-sur-Seille. Tél : + 33(0)3 87 78 05 30. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 9h30 à 18h00. Plein tarif : 7 €, Tarif réduit : 3,50 €.

Parallèlement à cette rétrospective Gallé, le musée de l’Ecole de Nancy présente une exposition consacrée à Majorelle que nous n’avons hélas pas pu voir. On signalera cependant son beau catalogue.


local/cache-vignettes/L115xH154/Couverture_Majorelle-0c92b.jpgCollectif, Majorelle. Un art de vivre moderne, Editions Nicolas Chaudun, 2009, 208 p., 35 €. ISBN : 9782350390772.


Didier Rykner, lundi 6 juillet 2009


Notes

[1] Notons cependant que ce n’est pas la première rétrospective qui lui est consacrée. En 1985 notamment, le musée du Luxembourg lui avait consacré une grande exposition.

[2] Voir notre interview en 2003 de Gabriel Diss, qui est toujours le conservateur du musée.

[3] Il est cependant très dommage que, en raison d’un espace d’exposition insuffisant, les peintures du XIXe siècle aient dues être rentrées en réserve pour faire place à Gallé. Un accrochage plus serré de la collection permanente restant présentée (le XVIIe) aurait pu permettre au moins d’exposer davantage d’œuvres.

[4] Nous consacrerons d’ici quelques jours une brève consacrées aux deux dernières acquisitions de peinture française du XVIIe siècle.



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