Le Martyre de Sainte Agnès par Joseph-Désiré Court restauré


1. Joseph Désiré Court (1797-1865)
Le Martyre de sainte Agnès, 1864 (Salon de 1865)
Huile sur toile - 496 x 812 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Carole Lancien / Carole Loisel

21/6/08 – Restauration – Rouen, Musée des Beaux-Arts – Nous rendons compte régulièrement des restaurations effectuées dans les musées français grâce au mécénat de BNP-Paribas. Celle qui vient de se terminer au musée de Rouen est sans doute l’une des plus courageuses car elle n’allait pas forcément de soi. Le Martyre de sainte Agnès (ill. 1) est en effet un tableau immense, le genre de grande « machine » dont les musées ne savent pas bien quoi faire et qu’ils laissent trop souvent roulés au fond de leurs réserves [1]

Joseph-Désiré Court, Prix de Rome en 1821, est né à Rouen où il fut conservateur du musée des Beaux-Arts. Celui-ci conserve aujourd’hui plusieurs de ses œuvres. L’artiste mourut au début de 1865 et le Martyre de Sainte Agnès fut exposé à titre posthume au Salon de la même année où il fut remarqué notamment par Charles Clément [2].
Le titre exact de l’œuvre, fourni par le livret, est : Martyre de sainte Agnè dans le Forum romain, en l’année 303, sous Dioclétien. La composition est d’une véritable originalité. L’essentiel est occupé par une vue du Forum Romain, imaginaire même si Clément note que : « il nous semble que Court avais mis à profit la plupart des découvertes [archéologiques] récentes et que la partie hypothétique de son travail a tout au moins beaucoup de vraisemblance ». Chaque édifice représenté correspond à un bâtiment ayant réellement existé, l’ensemble étant regroupé d’une manière fantaisiste. Le tout est fortement influencé par les projets pour les Prix de Rome d’architecture et par les panoramas, ces grandes scènes peintes qui s’étaient multipliées à Paris dans la première moitié du siècle. Le tableau est un étrange mélange de diverses influences : celle de Le Brun, évidente dans les figures du premier plan, notamment à gauche, de Raphaël, d’Antoine Caron... Il reste néanmoins très original et on ne voit pas à quelle œuvre de cette époque il pourrait être comparé. Le martyre de la sainte, au centre de la composition, n’est finalement qu’un épisode annexe. L’œuvre est au moins autant profane que religieuse. On peut évidemment évoquer à son sujet l’art cinématographique du péplum.


2. Le Martyre de sainte Agnès de Joseph Désiré Court
exposé au Musée des Beaux-Arts de Rouen
Photo : D. Rykner

Après avoir été déroulé, le tableau a été placé sur un nouveau chassis en aluminium, puis la toile a été consolidée avant que la couche picturale, très jaunie en raison d’un épais vernis, ne soit restaurée. Toutes les opérations ont été menées devant le public. Le résultat est tout à fait réussi car l’œuvre, avant restauration, était difficile à apprécier et très décevante. Elle est maintenant extraordinairement lumineuse. Un cadre à l’ancienne a été réalisé sur place par l’équipe du musée, parachevant cette renaissance. Le tableau sera désormais accroché dans la cour couverte du musée accueillant les sculptures du XIXe siècle (ill. 2).

English version


Didier Rykner, samedi 21 juin 2008


Notes

[1] Le coût total de l’opération est de 73000 €, la BNP-Paribas ayant apporté 35000 € (voir délibération du Conseil Municipal de Rouen du 29/6/07).

[2] Charles Clément, « Exposition de 1865. Cinquième article », Le Journal des Débats, 21 mai 1865.



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