Adam et Eve et Le Paradis Perdu de Claude-Marie Dubufe acquis par Nantes


20/10/08 – Acquisitions – Nantes, Musée des Beaux-Arts – Lors de la dernière exposition de la galerie Talabardon & Gautier à Paris, à l’automne dernier, deux grands tableaux avaient fait sensation parmi les amateurs de peinture française du XIXe siècle. Il s’agissait de pendants par Claude-Marie Dubufe représentant des scènes tirées du Paradis Perdu de Milton [1]. Ces deux toiles ont finalement et heureusement été acquises par le musée de Nantes (ill. 1 et 2).


1. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Adam et Eve, 1827
Huile sur toile - 307 x 250 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Galerie Talabardon & Gautier

2. Claude-Marie Dubufe (1790-1864)
Le Paradis perdu, 1827
Huile sur toile - 307 x 250 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Galerie Talabardon & Gautier


Présentées au Salon de 1827 et à la Royal Academy en 1829, les œuvres ne semblent pas avoir trouvé preneur et appartenaient toujours à l’artiste en 1832, date à laquelle il les vendit à Londres. Les acheteurs, deux frères du nom de Brette, s’associèrent à un organisateur de tournées artistiques, James Creighton, qui les montra dans six villes des Etats-Unis entre mai 1832 et avril 1835 [2], en percevant un droit d’entrée. Cette manière de faire n’était pas inhabituelle au XIXe siècle : on sait que Le Radeau de la Méduse, pour ne prendre que cet exemple, fut exposé ainsi successivement à Londres et à Dublin en 1820 et 1821.

Considérés comme perdus, ces Dubufe étaient réapparus à Stockholm, chez Bukowskis, dans une vente aux enchères à l’automne 1991. Les deux toiles sont spectaculaires, tant par leur taille que par l’emphase des compositions. Elève de David, surtout connu par ses portraits, Claude-Marie Dubufe peint ici d’une manière très originale, des tableaux à l’esprit romantique dans une forme encore toute néoclassique. Adam et Eve (ill. 1) montre la scène de la tentation. Sous l’œil du serpent, Adam est convaincu par sa compagne de mordre la pomme qu’elle lui glisse dans la main. L’extrême sensualité d’Eve fut remarquée par les critiques, tant français qu’américains. Un journaliste du Mirror écrit : « Maintenant que les peintures de Dubufe ont quitté New York, on peut en parler plus librement. Ces tableaux sont splendides dans leur caractère licencieux mais sont une offense à la morale publique [3]. » Adam semble sorti de l’Antique, ce que ne dément pas le côté un peu ridicule de la feuille cachant opportunément ses attributs.
Le second tableau (ill. 2), avec ses coloris étonnants et la figure rougeoyante du diable qui se réjouit de son succès, peut être rapproché des œuvres d’un autre élève de David, Joseph Franque. En témoigne par exemple le tableau récemment acquis par le Musée de Valence, Hercule arrachant Alceste des Enfers (voir brève du 5/5/07).

Les fils et petit-fils de Claude-Marie Dubufe, Edouard et Guillaume, furent également peintres. Une exposition et un catalogue furent consacrés aux trois artistes par Emmanuel Bréon en 1988 [4]. A cette date, ces tableaux n’étaient pas connus et y sont seulement cités. On connaissait cependant deux estampes exécutées en 1860 par l’artiste américain Henry Thomas Ryall [5]. Un autre grand tableau d’histoire de Claude-Marie Dubufe est depuis réapparu : Jésus-Christ apaisant une tempête, présenté au Salon de 1819 et retrouvé dans l’église Saint-Amable de Riom [6]. Notons enfin que le Musée des Beaux-Arts de Rouen avait acquis un tableau de Claude-Marie Dubufe en 2004 (voir brève du 18/4/04).

English version


Didier Rykner, lundi 20 octobre 2008


Notes

[1] Cette référence à Milton est explicite dans le livret de l’exposition.

[2] Les tableaux furent exposés successivement à Boston, New York, Philadelphie, Baltimore, La Nouvelle Orléans (deux fois) et Charleston.

[3] Cité dans la notice du catalogue publié par la galerie, à l’occasion de l’exposition (cat. 14 et 15). De nombreuses informations données dans cet article proviennent de ce catalogue.

[4] Emmanuel Bréon, Claude-Marie, Edouard et Guillaume Dubufe. Portraits d’un siècle d’élégance parisienne, s.d. (1988), Paris. L’exposition a eu lieu dans les Mairies du IXe et du XVIe arrondissement.

[5] Celles-ci présentent des variantes avec les compositions originales. Il est possible qu’elles aient été gravées d’après des copies peintes par James Beale Borley en 1833 et qui furent à leur tour envoyées dans une exposition circulant aux Etats-Unis. Il est plus probable cependant qu’elles soient d’après des répliques que Dubufe aurait exécutées pour une nouvelle exposition à New York en 1849, ce qui expliquerait les différences.

[6] Cf. le catalogue de l’exposition Le Retour de l’Enfant prodigue. Redécouverte de la peinture religieuse du XIXe siècle en Puy-de-Dôme, sous la direction de Thierry Zimmer, Association pour l’Etude et la Sauvegarde du Patrimoine mobilier du Puy-de-Dôme, 1996, Aurillac, p. 28-29.



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