Acceptance in lieu : acquisitions récentes des musées britanniques (1)


1. Luca Carlevarijs (1663-1730)
La place Saint-Marc pendant un carnaval
Huile sur toile - 86 x 163,5 cm
Kiplin Hall
Photo : D. R.

21/11/09– Acquisitions – Musées britanniques – Régulièrement, nous faisons le bilan des récentes acquisitions des musées anglais grâce au processus de l’Acceptance in lieu, équivalent de la dation, qui permet de payer ses impôts sur les successions en œuvres d’art. Depuis notre dernière brève qui portait sur les années 2006/2007, deux rapports sont parus concernant les exercices 2007/2008 et 2008/2009. Nous rendrons compte ici du premier, réservant les plus récentes acquisitions pour un prochain article.

L’Acceptance in lieu permet parfois de conserver en place certaines œuvres appartenant depuis toujours à des châteaux privés ouverts au public. En 2006, un tableau de Lucas Carlevarijs conservé à Kiplin Hall, bien qu’interdit de sortie temporairement, avait finalement quitté le Royaume-Uni (voir brève du 15/5/06). Grâce à l’Acceptance in lieu, ce sont pas moins de douze tableaux, dont une autre vue de Carlevarijs représentant La place Saint Marc durant un carnaval1 (ill. 1), qui vont pouvoir rester définitivement dans ce château transformé en musée. Il s’agit d’un Portrait de Christopher Crowe (le commanditaire des Carlevaijs) par Francesco Trevisani, d’un Portrait de Jacques Ier par John de Critz (avant 1552-1642), d’un Couple de paysans avec une volaille et des produits de la ferme, de Joachim Beucekelaer (vers 1534-1574) et de plusieurs portraits par David Allan, William Beechey, Francis Cotes et George Frederic Watts.

2. Philip Alexis de Laszlo (1869-1937)
Portrait de Vita Sackville-West, 1910
Huile sur toile - 116,8 x 80 cm
Sissinghurst Castle
Photo : D. R.



Ce type d’arrangement, dont on souhaiterait qu’il soit possible en France, a permis également de garder à Sissinghurst Castle dans le Kent, dont les jardins appartiennent au National Trust, un beau portrait par Philip Alexis de Laszlo (ill. 2) ainsi que le contenu de toute la bibliothèque.

3. Dante Gabriel Rossetti (1828-1882)
Hamlet et Ophélie, 1866
Aquarelle - 39 x 28 cm
Oxford, Ashmolean Museum
Photo : D. R.

4. Edward Burne-Jones (1833-1898)
La Musique
Huile sur toile - 68 x 43 cm
Oxford, Ashmolean Museum
Photo : D. R.


Plusieurs tableaux et dessins provenant de la collection d’art Victorien de Kerrison Preston ont été affectés à l’Ashmolean Museum d’Oxford. Outre une huile sur carton de George Frederick Watts (L’Idéal, 29,5 x 21,5 cm), un Portrait de Sara Bernhardt à l’aquarelle de W. Graham Robertson (1866-1948) et un dessin d’Augustus John (1878-1961), Groupe de figures dans un paysage (50 x 37 cm) dont nous n’avons pas de photographies, on retiendra surtout une aquarelle de Dante Gabriel Rossetti représentant Hamlet et Ophélie (ill. 3) et un tableau d’Edward Burne-Jones (ill. 4), une allégorie de la Musique. Ces dernières œuvres, bien que de techniques et de tailles différentes, paraissent extrêmement proches, montrant la proximité stylistique des deux artistes préraphaélites.

5. Edward Burne-Jones (1833-1898)
Persée et les Grées, 1878
Huile, bronze, or sur plâtre gravé et sur bois - 152,4 x 168,3 cm
Cardiff, National Museum Wales
Photo : D. R.



Un autre Burne-Jones, tout à fait exceptionnel, est entré au National Museum Wales de Cardiff. Persée et les Grées (ill. 5). Il est réalisé dans une technique peu courante et complexe : un panneau de chêne est recouvert d’un relief en plâtre, gravé et peint à l’huile, avec également du bronze, de l’argent et de l’or. Burne-Jones commença en 1875 un cycle consacré à Persée pour le futur Premier Ministre anglais Arthur Belfour. Cet ensemble devait être composé de quatre panneaux tels que celui-ci et de six peintures. Les dix compositions sont connues grâce à des cartons à grandeur d’exécution à la gouache et à l’aquarelle, aujourd’hui conservés à la City Art Gallery de Southampton. Seule Persée et les Grées fut finalement exécuté en relief, quatre peintures furent terminées et deux restèrent inachevées. Ces tableaux appartiennent aujourd’hui à la Staatsgallerie de Stuttgart.
L’iconographie de l’œuvre acquise par Cardiff n’est pas très fréquente. On y voit Persée tenant dans sa main l’unique œil des trois Grées, afin de les forcer à lui dire où il peut trouver leurs sœurs, les Gorgones. Il s’agissait de la composition centrale du cycle sur laquelle, en latin et en lettre d’or, se trouve résumée la légende.

6. Ecole anglaise, 1627
Portrait de John Carter
Huile sur panneau - 96,5 x 71,1 cm
Great Yarmouth, Elizabethan House
Photo : D. R.



Le Norfolk Museum a hérité d’un Portrait de John Carter (ill. 6) maire de Yarmouth, peint par un artiste anonyme anglais du XVIIe siècle, qui sera déposé à Yarmouth, dans l’Elizabethan House, ancienne demeure de Carter. La présence discrète (un œil peu attentif peut mettre du temps à le voir) d’un squelette à gauche du tableau ainsi que l’inscription Remember thy ende (Souviens toi de ta fin) transforme en une Vanité ce modeste portrait qui montre une lointaine influence de Van Dyck. Le modèle n’avait pourtant que 31 ans lorsqu’il fut peint (l’œuvre est datée de 1627) et il ne mourut qu’en 1667, à 72 ans.

7. Allan Ramsay (1713-1784)
Portrait de David Hume
Huile sur toile - 76,8 x 63,5 cm
Great Yarmouth, Elizabethan House
Photo : D. R.



Des portraits anglais sont régulièrement acquis grâce à l’Acceptance in lieu. David Hume, philosophe et historien écossais, a été peint par Allan Ramsay. Ce tableau (ill. 7) est entré à la Scottish National Portrait d’Edinburgh. Il date de 1754, année où fut créée la Select Society, une société savante dont les deux hommes furent tous deux des membres fondateurs.

8. John Wooton (1681/1682-1764) et
Jonathan Richardson (1667-1745)
Portrait de Sir Robert Walpole
Huile sur toile - 88,3 x 74,2 cm
Norwich, Castle Museum
Photo : D. R.

9. Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745)
Portrait d’Horace Walpole
Huile sur toile - 106,7 x 86,4 cm
Norwich, Castle Museum
Photo : D. R.


Trois tableaux et un dessin, de même provenance, sont entrés au Norwich Castle Museum. Il s’agit d’un Portrait de Robert Walpole, parlementaire et Premier Ministre britannique, par John Wooton et Jonathan Richardson (ill. 8), le premier de quatre exemplaires connus ; un portrait d’Horace Walpole, fils de Robert, par le peintre français Jean-Baptiste Van Loo (ill. 9) ; un autre portrait, présumé cette fois-ci, d’Horace Walpole, peint par Pompeo Batoni (ill. 10) ; et, enfin, un dessin d’Etienne Liotard (ill. 11) représentant Sir Everard Fawkener, ambassadeur à Constantinople

10. Pompeo Batoni (1708-1787)
Portrait présumé d’Horace Walpole
Huile sur toile - 99,1 x 73,7 cm
Norwich, Castle Museum
Photo : D. R.

11. Jean-Etienne Liotard (1702-1789)
Portrait de Sir Everard Fawkener, vers 1740
Huile sur toile - 99,1 x 73,7 cm
Norwich, Castle Museum
Photo : D. R.


Un objet lié à Horace Walpole, a été acquis par dation. Il s’agit d’un miroir néogothique (ill. 12) dessiné par Walpole lui-même et exécuté par William Hallet. Celui-ci faisait partie d’une paire qui se trouvait dans la salle à manger du château de Walpole, Strawberry Hill à Twickenham. Ce monument, actuellement en restauration, sera ouvert au public en 2010, et le miroir devrait y être déposé.

12. Horace Walpole et William Hallet
Miroir
205 x 85,5 cm
Prochainement déposé à Twickenham,
Strawberry Hill
Photo : D. R.



Deux aquarelles de Turner font leur entrée dans les collections publiques britanniques. La première (ill. 13), Rome vue de San Pietro in Montorio, a été affectée à la Courtauld Gallery de Londres, la seconde (ill. 14), Carisbrooke Castle, Ile de Wight, au Carisbrooke Castle Museum qui se trouve dans le château représenté par l’artiste.

13. J.M.W Turner (1775-1851)
Rome vue de
San Pietro in Montorio
, vers 1820
Aquarelle - 28,6 x 41,9 cm
Londres, Courtauld Gallery
Photo : D. R.

14. J.M.W Turner (1775-1851)
Carisbrooke Castle, Ile de Wight, vers 1828
Aquarelle - 29,2 x 41,2 cm
Newport, Carisbrooke Castle Museum
Photo : D. R.


Le Fitzwilliam Museum de Cambridge s’est enrichi de deux portraits allemands du XVIe siècle par Bartel Beham (ill. 15 et 16). Sans doute élève de Dürer, l’artiste est connu comme peintre mais aussi comme graveur. Les deux œuvres représentent Onophrius Scheit, qui fut chambellan du duc Louis X de Bavière, et de sa première femme.

15. Bartel Beham (vers 1502-1540)
Portrait d’Onophrius Scheit, 1528
Huile sur panneau - 64,4 x 48,9 cm
Cambridge, Fitzwilliam Museum
Photo : D. R.

16. Bartel Beham (vers 1502-1540)
Portrait d’Anna Scheit, 1528
Huile sur panneau - 62,2 x 47 cm
Cambridge, Fitzwilliam Museum
Photo : D. R.


On conclura cet article avec deux œuvres anciennes accordées à la National Gallery of Scotland. Il s’agit d’un fragment de tableau d’Hans Memling représentant à l’origine un Ecce Homo (ill. 17) et d’un lavis de Giovanni Battista Tiepolo (ill. 18), premier dessin de l’artiste à entrer dans ce musée. Cette Sainte Famille n’est pas préparatoire à un tableau ou à une fresque mais fait partie d’une série d’environ 70 dessins déclinant ce thème2.

17. Hans Memling (vers 1435/1440-1494)
Ecce Homo (fragment)
Huile sur panneau - 22,5 x 60,5 cm
Edimbourg, National Gallery of Scotland
Photo : D. R.

18. Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770)
La Vierge et l’Enfant avec Saint Joseph
et deux saints

Plume et lavis - 25,8 x 19 cm
Edimbourg, National Gallery of Scotland
Photo : D. R.


English version


Didier Rykner, samedi 21 novembre 2009


P.-S.

Nous avons reçu de Mme Stcherbatcheff, de la commission des dations, la précision suivante :

« Monsieur,

Dans votre article sur le bilan de l’ Acceptance in lieu au Royaume-Uni, vous dites "L’Acceptance in lieu permet parfois de conserver en place certaines œuvres appartenant depuis toujours à des châteaux privés ouverts au public. …Ce type d’arrangement, dont on souhaiterait qu’il soit possible en France…"

En tant que secrétaire de la commission interministérielle des dations et assistante de Jean-Pierre Changeux, je saisis l’occasion pour vous préciser que, en France aussi, les œuvres acquises par dation peuvent être déposées dans des établissements privés, à condition bien sûr qu’ils soient ouverts au public.

Mais il est normal que ce détail ne soit pas connu, les exemples étant hélas encore peu nombreux d’œuvres et de mobilier de château remis en place grâce à la dation. Voici les quatre exemples que je peux vous citer ::

- Une Tenture de l’Histoire de Diane a été conservée au Château d’Anet (dation en 1974), mais les tapisseries ont disparu en 1994 dans l’incendie de l’atelier où elles étaient en restauration.

- Une Tenture de l’Histoire d’Alexandre a été conservée au Château d’Haroué (dation en 1988).

- Deux panneaux de boiseries du XVIe siècle, provenant de la chapelle du château de La Bâtie d’Urfé, à Saint Etienne le Molard, convoités par le Louvre, ont été replacés dans le manoir du Forez (dation en 2001).

- Un Portrait du duc de Noailles par Paul Delaroche, accepté en dation en 1993, a retrouvé le Château de Maintenon (Eure-et-Loir), géré par une Fondation et ouvert au public.
Ce tableau a été réalisé lors de la restauration du château au XIXe siècle. Il faisait partie de la galerie de peintures, avec les portraits de famille réalisés par Delaroche, Winterhalter, Hersent et les scènes historiques par Bellangé et Hesse.
Suite à un partage successoral, le portrait de la duchesse de Noailles est resté en place dans la boiserie, alors que son pendant a été remplacé par une mauvaise copie.
Il a paru donc d’un grand intérêt patrimonial d’accepter le Portrait du duc de Noailles en dation et de rendre son intégrité au décor en le remettant dans son emplacement d’origine.

Merci de votre intérêt pour la dation

Suzanne STCHERBATCHEFF Commission des dations


Notes

1. Ce tableau et celui exporté en 2006 faisaient partie d’une série de quatre dont deux avaient déjà été vendus en 1971.

2. Signalons pour être complet que des œuvres sortant du champ chronologique de La Tribune de l’Art, ainsi qu’un certain nombre de meubles et objets d’art ont été également acquis grâce à l’Acceptance in lieu. Les détails peuvent être lus dans le rapport 2007/2008.



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