
1. Luis Tristan (1585/1590-1624)
Christ en croix
Huile sur toile - 284,5 x 156,5 cm
Toledo, Museo del Greco
Photo : D. R.
La première salle de cette exposition « Greco » qui, comme tout le reste du parcours, accueille le visiteur dans le noir, les tableaux éclairés violemment par des spots lumineux, ne montre pas une seule toile authentique de l’artiste. On y voit des œuvres de copistes ou de suiveurs, et l’on se demande ce qu’est cette étrange rétrospective. Hélas, la suite n’est guère mieux.
On ne peut imaginer plus mauvais service rendu à l’Espagne que cette manifestation voulant célébrer la présidence ibérique de l’Europe. Quel est l’intérêt d’organiser une exposition Greco qui dessert à ce point la vision que l’on peut avoir de ce peintre ? On ne comprend pas quel est son objectif. Est-ce de conter l’histoire de la redécouverte de l’artiste comme le titre pourrait le laisser penser ? Mais le sujet n’est qu’à peine effleuré. S’agit-il d’une rétrospective de son œuvre ? Mais, à quelques exceptions près, la plupart des tableaux ne sont que des œuvres d’atelier, au mieux, ou de suiveurs anonymes, parfois de qualité très basse. S’agit-il d’exposer les collections du musée du Greco à Tolède pendant les travaux de rénovation qui obligent à sa fermeture temporaire ? Peut-être, puisque même un portrait n’ayant aucun rapport direct avec l’artiste, comme celui de la Reine Marie-Anne d’Autriche en régente, de Mazo, y est exposé. Mais l’on s’explique mal dans ce cas la présence de tableaux provenant d’autres musées comme la médiocre copie anonyme de la partie inférieure de L’Enterrement du comte d’Orgaz appartenant au Prado.

2. Domenico Theotokopoulos,
dit Le Greco (vers 1541-1614)
Le Triomphe du Nom de Jésus ou
Allégorie de la Sainte Ligue
Huile sur toile - 140 x 109,5 cm
Madrid, Patrimonio Nacional, Real Monasterio
de San Lorenzo de El Escorial
Photo : Didier Rykner
En réalité, comme cela arrive trop souvent, il ne s’agit ici que de capitaliser sur un grand nom pour faire venir les visiteurs, sans se soucier de les tromper sur la marchandise. Ceux-ci sortiront sans doute de l’exposition en pensant que le Greco est un peintre très inégal et parfois très mauvais.
Quitte à organiser une exposition espagnole, pourquoi ne pas avoir plutôt choisi un artiste moins connu, comme Luis Tristan par exemple, auteur d’un très beau Christ en croix (ill. 1) montré ici sans doute pour la seule raison qu’il appartient au Museo del Greco.
Heureusement, quelques rares chefs-d’œuvre surnagent, ça et là, se demandant ce qu’ils viennent faire dans cette galère. Trois tableaux de jeunesse, de la période italienne, en font partie. On ne peut même pas se rattacher à la chronologie puisqu’ils se trouvent au milieu de l’exposition. Dans la même salle, on admirera sans aucune restriction Le Triomphe du Nom de Jésus ou Allégorie de la Sainte Ligue, de l’Escorial (ill. 2).
Après avoir traversé une salle dont les murs sont ridiculement décorés d’un agrandissement des personnages figurant dans l’Enterrement du Comte d’Orgaz (ill. 3), on parvient dans la dernière partie de l’exposition où quelques œuvres (très peu nombreuses, l’accrochage étant clairsemé) contribuent à relever un peu le niveau de l’ensemble (Triptyque de l’église de Saint-Nicolas de Bari du Museo de Santa Cruz à Tolède, Annonciation et Nativité de l’Hospital de la Caridad de Illescas, dans la province de Tolède...). La dernière salle enfin propose le très bel Apostolado, ensemble des douze apôtres (ill. 4) et du Christ du Museo del Greco.

4. Domenico Theotokopoulos,
dit Le Greco (vers 1541-1614)
Saint Jacques le Majeur
Huile sur toile - 100,4 x 80,4 cm
Toledo, Museo del Greco
Photo : Didier Rykner
Le catalogue est à l’avenant de cette exposition ratée. Seuls peut-être les essais consacrés à la redécouverte de l’artiste autour de 1900 (l’un des thèmes supposés de la manifestation) peuvent présenter un intérêt. Le texte narrant la carrière du Greco est soit mal écrit, soit mal traduit (ou les deux)1. Les notices lorsqu’elles ne sont pas inexistantes, se contentent de résumer l’historique du tableau ou sont purement descriptives sans jamais expliquer la raison de la présence de l’œuvre dans l’exposition.
Collectif, El Greco - Domenikos Theotokopoulos 1900, Editions Bai, 195 p., 29,95 €. ISBN : 9085865638
Informations pratiques : Palais des Beaux-Arts, Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Tél : 32 (0)2 507 82 00. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18 h et le jeudi jusqu’à 21 h. Tarifs : 10 €


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