Du bon usage des droits de réponse


Fait inédit pour La Tribune de l’Art – et sans doute dans l’histoire de la presse – nous avons reçu à quelques jours d’intervalles, et pour deux articles différents, une demande de droit de réponse du même interlocuteur. Nous avons pour règle de toujours publier ces droits de réponse, même, comme ici, lorsqu’ils ne sont pas faits dans la règle de l’art. Ceux-ci doivent en effet être envoyés par lettre recommandée avec accusé-réception, ils l’ont été par mail (et nous sommes sur ce point reconnaissant envers notre correspondant de ne pas avoir employé ce moyen, lourd et peu pratique) ; ils doivent être envoyés au directeur de la publication, le titre devant être indiqué dans le courrier : il ne l’a pas été, mais il nous était bien adressé directement, nous ne nous en formaliserons pas. Surtout, il doit être proportionné à l’article (il peut faire plus de 50 lignes, même si l’article est plus court, il ne peut faire plus de 200 lignes, même si l’article en fait plus).

C’est ici le point le plus drôle : alors que les articles incriminés – des interviews de conservateurs du Louvre à propos du projet d’externalisation à Liévin – concernent les réserves du Louvre, nous aurions pu attendre des droits de réponse du Louvre. Or, c’est le Musée du Quai Branly qui nous a écrit, à deux reprises. Nous renvoyons à leur première réaction, mais nous nous attacherons surtout à la deuxième, que l’on pourra lire ici.

Dans l’interview en question, le(la) conservateur(trice) du département des objets d’art écrit : « Le modèle contre lequel on se bat, c’est celui des réserves du Quai Branly, pourtant sur place, où on ne peut pas travailler à l’intérieur des réserves car tout est stocké dans des compactus. » Or, que répond Yves Le Fur, directeur du patrimoine et des collections, à la fin d’un long développement nous expliquant combien les réserves du Quai Branly sont magnifiques et fonctionnelles ? « Rassemblés dans un même espace au sein du musée, les compactus, la salle d’anoxie et les salles de consultation des œuvres sont parfaitement adaptés aux nécessités des emprunteurs et de la recherche. » Donc, selon lui, les réserves du musée sont effectivement stockées dans des compactus, les salles de consultation des œuvres étant un espace différent. Que disait d’autres le(la) conservateur(trice) du Louvre ? Il se contentait d’ajouter que c’est le modèle contre lequel ils se battent, des réserves à l’intérieur desquelles « ils ne peuvent pas travailler », ce qui est confirmé par le directeur des collections puisqu’il faut travailler dans les salles de consultation. La leçon de journalisme qui conclut le droit de réponse (« J’espère également que La Tribune de l’art saura procéder à l’avenir aux vérifications d’usage avant la publication d’informations erronées sur le fonctionnement du musée du quai Branly. ») semblera ainsi d’autant plus ridicule.

Pour conclure, on notera que la directrice de la communication du Musée du Quai Branly, dans son paragraphe introduisant la demande de droit de réponse, écrit, je cite : « Il est assez étonnant d’avoir à faire à deux jours d’intervalles ce type de demande et vous prie à l’avenir de bien vouloir avoir l’obligeance, je suis à votre disposition pour cela, de me contacter avant de relayer des propos malveillants de personnes non informées. Que ces pseudos scientifiques commentent à tort ce qu’ils veulent mais en aucun cas le musée du quai Branly s’ils n’y connaissent absolument rien. ». Je lui rétorquerai qu’effectivement, comme je le disais en introduction de cet article, c’est assez étonnant, comme il est assez étonnant de voir la directrice de la communication d’un établissement public traiter les conservateurs d’un autre établissement public de « pseudo scientifiques ».

On peut cependant, s’interroger : pourquoi le Musée du Quai Branly, qui n’est qu’évoqué dans ces interviews, est-il tout d’un coup devenu si chatouilleux sur cette question des réserves, alors qu’il s’agit au premier chef du Louvre ? On doit peut-être y voir le premier effet de la nomination comme administrateur général du Musée du Louvre, en remplacement d’Hervé Barbaret (nommé à la tête du Mobilier National), de Karim Mouttalib, qui était jusqu’à aujourd’hui directeur général du Musée du Quai Branly1.
Et nous nous ferons une joie d’accorder un droit de réponse au Musée du Quai Branly pour cet éditorial !


Didier Rykner, mardi 16 juin 2015


Notes

1Il semble d’ailleurs que nous soyons les premiers à annoncer cette nomination, qui a fait l’objet d’un courriel interne au Louvre.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Le degré zéro du débat

Article suivant dans Éditorial : Hidalgo lance une attaque simultanée sur sept places parisiennes