Droit de réponse d’Antoine Poncet à propos de notre article sur Marmottan


Nous avons reçu ce droit de réponse de la part de Monsieur Antoine Poncet, à propos de notre article sur le legs de Paul Marmottan bafoué par l’Académie des Beaux-Arts. Bien qu’il ne nous soit pas parvenu dans les conditions légales, et qu’il soit beaucoup trop long par rapport au passage qui lui est consacré, nous tenons à le publier intégralement, par principe, et comme nous le faisons des réponses de toutes les personnes dont nous pouvons parler dans nos articles.
On trouvera notre propre réponse à la suite de ce courrier.

Monsieur Didier Rykner

Je me dois de répondre aux propos que vous tenez dans l’article publié le 1er février suite à la nomination de Patrick de Carolis au musée Marmottan-Monet. Si la question de l’inaliénabilité des collections de cette institution doit être posée et s’il convient en effet d’être particulièrement vigilant à la préservation du legs de Paul Marmottan à notre Académie, les insinuations et même les offenses dont vous émaillez votre texte sont inadmissibles. Si votre tribune est un lieu de libre expression et de débat, vous l’utilisez ici pour polémiquer allant même jusqu’à la diffamation. Vos propos à mon égard sont aussi insultants que mensongers, je me vois donc contraint d’exposer les raisons du maintien de ma candidature au poste de directeur de cette institution.

Pour reprendre vos mots : « En écartant la candidature d’Antoine Poncet, le pire a été évité. » Que savez-vous de ma candidature et des projets qui étaient les miens pour cette institution ? Les arguments que vous choisissez – mon « grand âge », ma prétendue « incompétence » et le récit fallacieux que l’on a pu vous faire de ma visite – ne sont-ils pas grossiers ?

Sachez que je félicite M. Patrick de Carolis pour son élection à la tête du musée Marmottan-Monet et que je lui apporterai tout mon soutien dans la lourde tâche qui l’attend. Je ne doute pas un instant de l’attention qu’il portera au bon fonctionnement du musée. Néanmoins, ma candidature était parfaitement légitime et elle m’a permis de faire valoir une vision fondamentalement différente de celle de M. de Carolis du rôle du directeur du musée Marmottan-Monet.

En effet, il me semble que si un musée est un lieu de préservation et d’exposition, il doit également être un lieu ouvert aux créateurs. Ces mots sont lourds de sens et j’ai la conviction que la mission première de notre Académie est la défense des formes artistiques, anciennes et actuelles, leur dialogue perpétuel. Du reste, à l’époque où Paul Marmottan faisait si généreusement don de ses collections à l’Académie des Beaux-Arts, les « défenseurs du patrimoine », auxquels semble-t-il vous appartenez, ne s’opposaient pas si farouchement aux artistes. Enfin, si d’autres donateurs ont légué leurs collections au musée Marmottan, c’est précisément qu’ils partageaient les principes fondateurs de notre institution.

Cela est certain, je ne suis pas un « gestionnaire » mais j’ai pleinement conscience des responsabilités qui incombent à un directeur de musée lorsque ses collections sont d’une telle richesse. De plus, le musée Marmottan-Monet n’est pas un musée comme un autre, je souhaiterais même qu’il soit un lieu de rencontre et de création. Proposant ma candidature à sa direction, j’imaginais la programmation de conférences, de projections et de concerts. Précisément, le pavillon aurait pu servir d’atelier ou de salon ouvert aux artistes. Contrairement à ce que votre texte insinue, je ne suis pas à la recherche d’un logement sur Paris et je n’aspire aucunement à une retraite dorée dans les jardin de ce magnifique Hôtel de Passy. Vous devriez certainement prendre avec plus de discernement les rumeurs calomnieuses. Enfin contrairement à ce que vous conjecturez, je connais les collections de ce musée et j’ai eu le plaisir d’y voir nombre d’expositions depuis mon entrée à l’académie, il y a vingt ans. Là est le privilège de mon âge que vous jugez trop grand.

Sachez, monsieur, que je déplore votre partialité et que je regrette sincèrement la manière dont vous traitez ces questions liées au fonctionnement du musée Marmottan-Monet.

Vous préférez manifestement les formules édifiantes et les révélations sensationnelles quitte à travestir la réalité. A vouloir faire justice, vous oubliez vos devoirs de journaliste. Cela est regrettable. Néanmoins, si vous souhaitez que nous parlions de tout cela, sachez que la porte de mon atelier vous sera ouverte.

Antoine Poncet

Notre réponse :

Dont acte : la visite que Monsieur Antoine Poncet a réservé au seul pavillon du Musée Marmottan (nous maintenons ce point) s’explique par le fait qu’il connaît les collections du musée et parce qu’il souhaitait y installer un « atelier ou [un] salon ouvert aux artistes », une destination qui n’a d’ailleurs jamais été prévue pour celui-ci par Paul Marmottan, pas davantage que celui de logement de fonction. Il n’aurait cependant pas dû échapper à Antoine Poncet que notre comparaison de Marmottan à une maison de retraite de luxe était une boutade ironique, évidemment pas à prendre au pied de la lettre.
Il est cependant regrettable que la lettre de candidature faisant office de programme envoyée aux académiciens ne mentionne pas la fonction qu’il voulait affecter au pavillon.

D’ailleurs, il se trouve que nous savons « de [s]a candidature et des projets qui étaient les [s]iens pour cette institution » exactement ce que savaient les académiciens qui ont voté, puisque nous connaissons le contenu de sa lettre de candidature. Après avoir fait l’éloge de son prédécesseur et assuré qu’il continuerait dans sa voie, il assure que l’impressionnisme sera « au cœur des activités du musée » mais il n’oublie pas « d’autres mouvances et d’autres manières ». Et il les cite : « symboliste, naturaliste, surréaliste, abstraite, ou expressionniste » sans oublier l’art contemporain. Rien de cela, à part l’impressionnisme ne fait partie des collections du musée. Antoine Poncet oublie seulement les maîtres anciens et l’époque napoléonienne, c’est-à-dire l’héritage de Paul Marmottan, justement, comme il oublie aussi les enluminures de la collection Wildenstein.
Nous maintenons donc notre opinion : le pire a été évité.

Nous n’avons pas mis en doute la compétence d’Antoine Poncet comme artiste (il est sur ce point à notre avis infiniment supérieur à Arnaud d’Hauterives) mais comme directeur de musée. Si le fait de ne pas être un gestionnaire (selon son propre aveu), et de n’avoir aucune compétence d’historien de l’art ne lui semble pas problématique pour cette fonction, cela nous semble inquiétant.
Quant à son âge (84 ans), il n’est évidemment un handicap que pour prendre la « lourde tâche » de la direction d’un musée, et il est regrettable que cela ne lui paraisse pas évident.

Il est, finalement, curieux qu’Antoine Poncet, membre de l’Académie des Beaux-Arts, ne prenne la plume que pour s’indigner de notre supposé mauvais traitement à son égard, et pas de ce que son institution, sous la direction d’Arnaud d’Hauterives, a fait subir aux collections de Paul Marmottan. S’il veut, comme il le dit, « être particulièrement vigilant à la préservation du legs de Paul Marmottan à [son] Académie », il peut le faire, en demandant officiellement des explications au secrétaire perpétuel sur les ventes du mobilier légué par Paul Marmottan, bradé aux enchères, et sur l’utilisation de l’argent récolté lors de ces ventes.

Didier Rykner


La Tribune de l’Art, vendredi 8 février 2013




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