Don au Louvre, par Guy et Alec Wildenstein, d’un important tableau de Jean Clouet


Jean Clouet (vers 1485-1540/1541)
François Ier en saint Jean-Baptiste, 1518
Huile sur panneau - 96,5 x 79 cm
Paris, Musée du Louvre
© Wildenstein

29/11/05 – Acquisition - Paris, Musée du Louvre - La galerie Wildenstein1, pour célébrer le centenaire de sa présence à New York, organise une exposition consacrée à l’art français du XVIe au début du XIXe siècle, domaine qui, avec les Impressionnistes, a fait sa renommée. 170 œuvres de qualité exceptionnelle, par les plus grands noms de la peinture et de la sculpture, sont présentées dans un somptueux catalogue vendu au profit des American Friends of the Louvre. Nous reviendrons par ailleurs sur cette importante publication.

Les relations entre le plus célèbre marchand d’art du monde et le Louvre ont été longtemps difficiles. Guy Wildenstein, président de la galerie, a joué la carte de la réconciliation comme l’a montré, après la disparition de son père Daniel, la dation qui a permis de faire entrer dans les collections nationales les bas-reliefs de Pierre Julien pour la laiterie de Rambouillet (voir l’article sur l’exposition Pierre Julien) et l’acquisition par le Louvre de la Vestale de Houdon (brève du 24/3/05) grâce au mécénat d’Axa (les panneaux décoratifs de l’ancien Hôtel de Lannoy, de Prud’hon, pour lesquels un appel à la générosité des entreprises a été lancé - voir brève du 29/8/05 - sont aussi la propriété de cette galerie).

Dernier signe, encore plus tangible, de ce nouveau climat de confiance entre les deux institutions que sont le Louvre et Wildenstein, le généreux don, par Guy et son frère Alec, du Portrait de François Ier en saint Jean-Baptiste de Jean Clouet, que signale Henri Loyrette dans la préface du catalogue. Ce panneau, signé et daté de 1518, est connu depuis les années 1970 et est passé en vente à Londres chez Christie’s en 1980. Il montre l’influence de Léonard sur le peintre de la Cour2. Si le musée Condé de Chantilly possède une centaine de dessins de cet artiste, le nombre de ses tableaux connus n’est pas supérieur à dix. Le Louvre ne possédait de lui que le Portrait de François Ier, daté vers 1525-1527, effigie d’apparat, terminée et largement reprise par son fils François Clouet.

Si la présence de l’agneau s’explique aisément comme attribut du Baptiste, celle du perroquet est plus complexe à interpréter. Selon la notice du catalogue, elle serait ici une métaphore de l’éloquence, l’une des qualités de François Ier. Le portrait de la sœur du roi, Marguerite de Navarre du même Jean Clouet ou de son frère Polet (Liverpool, Walker Art Gallery), présente exactement le même oiseau.
Ce tableau est une acquisition majeure pour le Louvre, à la fois par sa rareté, sa grande qualité plastique et son sujet, un portrait royal, genre dont de nombreux exemples sont déjà visibles dans le musée.

N.B. Nous avions écrit par erreur que le tableau avait été offert par la galerie Wildenstein, alors qu’il l’a été par Alec et Guy Wildenstein. Par ailleurs, Guy Wildenstein est président de la galerie Wildenstein depuis 1990.


Didier Rykner, mardi 29 novembre 2005


Notes

1. Créée à Paris dans les années 1870. Les 14 et 15 décembre 2005, Christie’s Londres dispersera le mobilier et les objets d’art de l’hôtel « historique » de la rue de la Boétie.

2. On sait que Jean Clouet a exécuté des œuvres religieuses dans sa jeunesse, mais il semble s’être exclusivement consacré au portrait à partir de son installation à Paris. C’est la seule œuvre de Jean Clouet de thème religieux (indirectement puisqu’il ici le modèle est travesti) qui nous soit parvenue, avec une représentation du même François Ier en Christ conservée au Columbus Museum of Art.



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