Disparition de Sir Michael Levey


12/1/09 – Disparition – Né en 1927 de la rencontre improbable, pendant la Première Guerre mondiale, d’un père irlandais catholique et d’une anglaise agnostique et dépressive, Michael Levey s’est éteint le 28 décembre dernier, au terme d’une vie palpitante, romanesque, marquée de coups d’audace et de contradictions, tant mystiques que d’ordre privé. Comme seuls les historiens d’art anglais savent le faire, il a pu être à la fois un érudit respecté de ses pairs et un auteur de livres de vulgarisation d’une limpidité telle qu’ils ont rencontré un réel succès populaire.

Agé de 24 ans, il entra à la National Gallery de Londres en 1951, en tant que conservateur-adjoint. Ses mentors étaient Cecil Gould, Martin Davies et Anthony Blunt. C’est l’époque où les livres avec de nombreuses reproductions en couleur devenaient possibles à éditer pour des prix abordables. Levey rédigea alors deux synthèses qui seront traduites dans de nombreuses langues et connaitront d’innombrables rééditions : Painting in Eighteenth century Venice pour Phaidon Press (La peinture du 18ème siècle à Venise, 1959), A Concise History of Painting : De Giotto à Cézanne (1962) pour les éditions Thames & Hudson, désormais considérés comme des classiques. Dans un seul paragraphe, l’auteur parvient à évoquer une toile ou un peintre par quelques adjectifs et le relier à un réseau de correspondances tant historiques que géographiques, artistiques que littéraires. Un exemple : les scènes d’acrobates de Gian Domenico Tiepolo sous sa plume annoncent Goya, sont comparées à Picasso et replacées dans leur contexte : « Le père et le fils offrent vraiment deux aspects de leur époque : la grande peinture portée au plus haut sommet et le peinture de genre dans ce qu’elle a de plus amusant et de plus séduisant. Tout à la fin du siècle, Mozart réunit les deux mondes dans la Flûte enchantée et tandis que Tamino et Panina pourraient avoir été créés par Tiepolo l’aîné, Papageno est un personnage de Domenico ».

Professeur à l’université de Cambridge en 1963/64, brillant conférencier, Michael Levey a écrit sur le XVIIIe siècle (Rococo to Revolution. Major trends in eighteenth-century painting , 1966). Suivront des catalogues, ceux des collections de peinture italienne de la National Gallery ou de la Reine, et bien d’autres pour des expositions temporaires. Sa curiosité le portait aussi vers des sujets hors du champ pictural : Le Monde de l’art ottoman (1976) ou un livre sur Mozart (1971). En 1967, il reçut le prix littéraire Hawthornden pour son ouvrage Early Renaissance et il entra à la British Academy en 1983.
Nommé directeur de la National Gallery en 1973, il transforma le musée grâce à l’adjonction de l’aile Sainsbury, dont ne voulait pas le gouvernement de Margaret Thatcher. Il y créa également des services pédagogiques. Ses partis-pris d’accrochage ou le choix des couleurs des salles a parfois déconcerté. Pourtant, vingt ans après, le parcours de ce musée apparait comme exemplaire. On y ressent plus qu’ailleurs la passion pour la peinture qui donne un sens à la visite. La Tribune de l’Art a plusieurs fois souligné l’importance de confier la décoration des salles à des tapissiers, pas à des architectes dont le principal objectif est souvent de se mettre en valeur au détriment des œuvres.
Sous sa direction, 52 peintures de premier plan ont pu être acquises, des Adieux du Christ à sa mère d’Altdorfer à la Gare Saint-Lazare de Monet, du Samson et Dalila de Rubens au Portrait de Jacobus Blauw de David, même si, par coquetterie, il déclarait que son achat préféré était la Nature Morte aux oranges et aux noix de Mélendez. En 1985, il quitta la direction de l’établissement pour se consacrer à sa femme atteinte d’une grave maladie. Il n’en cessa pas pour autant de publier, notamment des monographies de Giambattista Tiepolo (1986) ou de Thomas Lawrence (2003).

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Michel de Piles, lundi 12 janvier 2009




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