Disparition de Jeannine Baticle


12/1/15 - Disparition - Jeannine Baticle est décédée le 24 décembre dernier, à l’âge de 94 ans. Sa carrière s’est entièrement déroulée au musée du Louvre avec de nombreux liens en Espagne.
Après des études à l’Ecole du Louvre elle est entrée au Musée en 1945 dans le « grand » département des peintures, des dessins et de la collection Rothschild, dirigé alors par René Huyghe. Jeannine Baticle a travaillé avec Gabriel Rouchès « mon maître » dont elle a toujours gardé un souvenir ému et filial. En 1947, elle a soutenu sa thèse sur « Le dessin espagnol au XVIIème siècle. Ecole de Madrid ».
Nommée assistante titulaire en 1952 elle a poursuivi ses travaux dans ce même département avec le titre de conservateur de 1ère classe en 1962 puis celui de conservateur de classe exceptionnelle en 1977 avant de terminer comme inspecteur général.

L’une de ses premières publications a été une Histoire de la peinture espagnole écrite en collaboration avec Paul Guinard en 1950. Puis elle a participé ou organisé plusieurs expositions tant en France qu’à l’étranger. En 1963, elle a collaboré avec Michel Laclotte et Robert Mesuret à la présentation des Trésors de la peinture espagnole dans les églises et musées de France au musée des Arts Décoratifs de Paris . En 1970, elle fut commissaire de l’exposition Goya au Mauristhuis de La Haye puis à L’Orangerie des Tuileries à Paris et l’année suivante, Eugenio Lucas et les satellites de Goya au musée des Beaux Arts de Lille et au musée Goya de Castres. Dès lors elle a participé à l’élaboration de grandes manifestations internationales, tel que l’Art européen à la cour d’Espagne au XVIIIème siècle présenté à Bordeaux, Paris et Madrid en 1979 et 1980. L’année suivante elle a publié, en collaboration avec Cristina Marinas, le catalogue de La Galerie espagnole de Louis-Philippe, collection fabuleuse de quatre cent cinquante tableaux, acquis en Espagne par la baron Taylor, qui suivirent le roi dans son exil à Londres en 1848 et furent dispersés en vente publique chez Christie en 1853. Rappelons sur ce sujet les mots de Jacques Thuillier dans son introduction au catalogue : « Vint enfin le crime. Il prit les dehors de la vertu. Il y avait bien des arguments pour prouver que cette collection, même acquise sur la liste civile, faisait partie du domaine public ; il y avait surtout d’autres solutions possibles et Louis-Philippe se fût sans doute volontiers contenter d’une indemnité ». En 1987, elle fut commissaire de l’importante exposition Zurbarán présentée au Metropolitan Museum de New York et l’année suivante au Grand Palais à Paris.

Parmi ses nombreux articles scientifiques parus principalement dans la « Revue du Louvre » nous citerons : « Les relations artistiques entre la France et l’Espagne » (1963) ; « La fondation de l’ordre des Trinitaires par Carreño de Miranda » (1965) ; « Le portrait de la marquise de Santa Cruz par Goya » (1977) ; « Goya et la Junte des Philippines » (1984). La monographie « Goya », publiée en 1992 chez Fayard est un livre très important où l’érudition la plus scrupuleuse sur l’artiste et ses commanditaires est animée par la clarté et l’aisance de la narration. On retrouve ce ton dans des livres qui s’adressent à des lecteurs moins spécialisés, Goya d’or et de sang (1986) et Velázquez, peintre hidalgo (1989) parus dans la collection Découvertes Gallimard.

Jeannine Baticle a également participé aux travaux muséographiques du département des peintures : elle s’est intéressée aux problèmes délicats de l’éclairage des tableaux dans les salles en particulier celui de la verrière de la Grande Galerie dite du Bord de l’eau collaborant avec les ingénieurs pour obtenir ce subtil mélange de lumière du jour et d’éclairage artificiel. Avec l’aide du Laboratoire des Musées de France elle a été responsable de la présentation de la Joconde dans une vitrine climatisée au retour de son périple lointain.

Hors du Louvre, elle a assuré la direction du musée Goya de Castres entre 1980 et 1986. A cette époque la salle Goya et les salles des XVII-XVIIIème ont été rénovées, l’inventaire général des collections entrepris et, parmi les acquisitions importantes nous retiendrons les trois grands tableaux d’Alonso Cano provenant du couvent de l’Ange gardien de Grenade puis de la collection de J. T. Arrighi de Casanova au château de Courson. Puis en 2005 elle a fait don à la ville et au musée de Castres de sa documentation et de sa bibliothèque qui comprenait plus de 2.000 ouvrages.
Son petit livre sur Velázquez sera réédité à l’occasion de la rétrospective inaugurée le 25 mars prochain au Grand Palais. Celle-ci sera dédiée à sa mémoire.


Claudie Ressort, lundi 12 janvier 2015





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