Disparition de Jacques Thuillier


18/10/11 – Disparition – Avec Jacques Thuillier, décédé dans la nuit de lundi à mardi, c’est l’un des plus grands historiens de l’art français qui disparaît. Notre connaissance de la peinture française du XVIIe siècle, sans ses travaux, ne serait certainement pas ce qu’elle est aujourd’hui alors que tant de ses livres, de ses articles et de ses expositions ont permis de découvrir ou de redécouvrir nombre d’artistes méconnus et de tableaux dont on avait perdu la trace.

Jacques Thuillier est né en 1928 à Vaucouleurs dans la Meuse, il fit ses études secondaires au Lycée de Nevers, puis fut élève à l’Ecole normale supérieure, agrégé des lettres classiques et docteur ès lettres. Il enseigna l’histoire de l’art à Dijon et à la Sorbonne, et fut élu en 1977 au Collège de France.

Il est impossible ne serait-ce que d’esquisser ici une bibliographie tant ses écrits furent nombreux1. On se contentera de rappeler, de manière forcément non exhaustive, les principaux peintres, grands et moins grands, qu’il étudia, parfois d’une manière pionnière, lors de ses différents travaux : Georges de la Tour et Nicolas Poussin, Simon Vouet, Jacques Bellange, les frères Le Nain, Jean Boucher, Laurent de la Hyre, Jacques Blanchard, Lubin Baugin, Sébastien Bourdon, Jacques Stella, Charles Le Brun, Charles-Alphonse Du Fresnoy... Parler de Jacques Thuillier, c’est parler de la peinture française du XVIIe siècle tout entière, sans oublier ses travaux sur la peinture lorraine, une région chère à son coeur, qui aboutirent à deux expositions à Nancy en 1982 (sur les peintres lorrains en Italie) et en 1992.
Mais s’il consacra l’essentiel de ses recherches au Siècle d’or français, il ne négligea pas pour autant le XVIIIe siècle (avec notamment Fragonard), ni le XIXe siècle. On citera seulement ici un catalogue peu connu d’une exposition ayant eu lieu au Japon en 1989, Delacroix et le Romantisme français.

Jacques Thuillier fut également collectionneur, et un grand donateur des musées français. Même si les importants dons effectués à deux musées l’ont été, théoriquement, sous condition d’anonymat, tous les amateurs d’art qui connaissaient Jacques Thuillier savent qu’il était à l’origine non seulement d’une très importante donation d’estampes et de dessins au Musée des Beaux-Arts de Nancy, mais aussi de la création, autour du Saint Jean-Baptiste de Georges de la Tour, du Musée portant le nom de ce peintre à Vic-sur-Seille. Ceci est désormais de notoriété publique et il ne nous semble donc pas que l’on trahisse sa mémoire en le rappelant pour lui rendre hommage. Car Jacques Thuillier était de ceux qui pensaient que l’histoire de l’art ne peut se désintéresser du devenir de son objet d’étude. Il se montrait, dans ses écrits, toujours soucieux de la sauvegarde des tableaux, de l’importance de la mission des musées et de l’inaliénabilité indispensable des collections.

Malade depuis longtemps, Jacques Thuillier avait très fortement ralenti ses activités et ne publiait plus depuis quelque temps. Il avait certainement été marqué par le relatif échec de son Histoire de l’art publiée chez Flammarion en 2002 qui avait été assez mal reçue pour son traitement de l’art contemporain. Qu’importe. L’essentiel reste que l’on se rappellera de lui pour sa contribution essentielle à la connaissance de la peinture française du XVIIe siècle.


Didier Rykner, mardi 18 octobre 2011


Notes

1. On pourra consulter sa biographie sur le site du Collège de France.



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