Dieu se rit


Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. (Bossuet)

Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de critiquer sévèrement l’exposition Picasso et les maîtres et la vacuité de son propos (voir notamment notre recension). Celle-ci n’aura, somme toute, qu’un avantage : être rentable et même très largement bénéficiaire. Nul doute par ailleurs que les foules qui se pressent au Grand Palais ont découragé plus d’un visiteur, qui se seront ainsi reportés sur l’exposition Nolde, nettement plus réussie (voir notre recension), assurant à cette dernière un excellent résultat. La manne financière de Picasso (près d’un million d’euros) devrait être redistribuée – du moins on l’espère, et c’est ce qu’affirme vouloir l’administrateur général Thomas Grenon – aux petits musées.

La réclamation par le Louvre, le Musée Picasso et le Musée d’Orsay, révélée par Libération, d’une part de cette cagnotte est à la fois compréhensible et en même temps très discutable [1]. D’abord parce que cela n’a jamais été la règle et qu’il est peu probable que ces musées auraient participé à un éventuel déficit, principe lié lorsqu’il s’agit d’une philosophie d’actionnariat (dividendes ou pertes). Ensuite parce qu’alors, tous les musées prêteurs (dont le Prado, particulièrement généreux) devraient être rémunérés. On imagine aisément les risques d’une telle logique, qui irait tout à fait dans le sens de ce que nous dénonçons depuis longtemps.

Puisqu’avec Abou Dhabi, Atlanta et les autres projets du même genre, a été mise en place une marchandisation des collections des musées, pourquoi les bénéfices d’une exposition organisée en France même, n’entraineraient-ils pas des royalties aux établissements publics qui l’ont organisée en fournissant la majorité des œuvres, et en la concevant sur le plan du contenu (hors l’aspect technique qui revient à la RMN) ? En poussant la logique plus loin, on pourrait ainsi chaque année lister l’ensemble des prêts de musées à musées en France même (comme dans le sketch de l’addition de fin de repas entre « amis » de Muriel Robin) pour savoir qui doit quoi, qui a prêté à qui ou pas, pour faire des balances, des bilans....et régler les comptes... Nantes - Lille 1-1 = 0 ; Quimper - Orsay 0-5 = -5 ; etc. Un Rubens vaut un Delacroix, une huile vaut cinq dessins, trois mois d’un dessin valent une semaine d’une huile..... Enfin bref..... Bourgoin-Jallieu doit au Louvre 500.000 euros ! Et Orsay doit à la maison de Mallarmé de Valvins 36,50 euros.

La réaction du ministère de la Culture [2] n’est donc pas moins ambiguë. Il semble prendre le parti de la RMN contre les grands musées parisiens, dont la démarche n’est qu’une réponse du berger à la bergère, sans voir que c’est bien sa politique, en donnant leur autonomie à ces derniers et en organisant la location des collections, qui est à l’origine de cette dérive. Nous avons souvent utilisé l’analogie avec la boite de Pandore. En voici une nouvelle illustration.


Didier Rykner, lundi 22 décembre 2008


Notes

[1] Voir l’article de Vincent Noce, « Picasso et les Rapetous », dans Libération du 19 décembre 2008, qui a révélé le premier cette querelle.

[2] Voir l’article de Michel Guerrin dans Le Monde daté du 21 décembre 2008 qui cite « un proche de la ministre, Christine Albanel ».



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