Dictionnaire de la critique d’art à Paris 1890-1969


Auteur : sous la direction de Claude Schvalberg.

Semaine après semaine, les Presses universitaires de Rennes poursuivent leur impressionnante politique de publication tous azimuts. Au moment où de « bons esprits » nous annoncent la fin du livre et du papier, non sans une gourmandise technologique suspecte, cette avalanche de travaux de haute qualité réconforte. Dernier opus en date de grand intérêt, et, semble-t-il, première pour les PUR dans le domaine qui nous concerne, la parution d’un dictionnaire, genre un peu miraculeux (ou miraculé) au temps d’internet et de certain site, au contenu aléatoire, dont le nom commence par W.

Ici, on ne se posera pas la question de la validité ou de la « sûreté » des informations : plusieurs dizaines d’années de travail et la collaboration d’une cinquantaine de contributeurs témoignent du sérieux de l’entreprise. Claude Schvalberg, librairie bien connu du Paris érudit à l’enseigne savoureuse et « parlante » de « La Porte étroite », auquel revient l’initiative et la direction de l’ouvrage, en est, disons-le, l’âme et l’un des principaux auteurs. S’il fallait encore rassurer les lecteurs, le fait que ce volume soit préfacé par le professeur Jean-Paul Bouillon constitue une éminente et délectable cerise sur ce gâteau. Avec son habituelle rigueur et concision, l’auteur du Journal de l’art nouveau et de la Promenade du critique influent, met en perspective l’ouvrage. Rappelant l’historiographie, assez récente, et qui lui doit tant (tout ?), de la critique d’art, Jean-Paul Bouillon synthétise l’évolution des écrits sur l’art depuis le milieu du XIXe siècle et leurs nouvelles destinées. D’une histoire de l’art qui se résumait souvent du point de vue des sources au « Catalogue raisonné » et à la « fortune critique », on est heureusement passé à une prise en compte globale de la vie des œuvres au-delà d’elles-mêmes, non seulement dans ce que l’on appelle désormais leur « réception », mais aussi en replaçant les textes critiques dans une vision globale. Système « marchand-critique », histoire des idées et du goût, interactions entre les différentes formes de critique, de « l’amateur » inspiré au professionnel (parfois moins inspiré d’ailleurs) : rôle et vie des organes de publications, liens avec les artistes eux-mêmes et les galeries ou musées. Le champ est vaste dont de nombreux travaux universitaires récents attestent de la richesse. Les quelque six cents « notices » du dictionnaire dirigé par Claude Schvalberg couvrent une longue séquence : son début est marqué par la floraison des nombreuses revues de la fin du XIXe siècle, au moment du symbolisme littéraire et pictural, sa fin coïncide avec la disparition de critiques éminents ayant joué un rôle dans l’entre-deux guerres. Limites toutes théoriques cependant puisqu’on trouvera dans le volume des institutions et des personnes bien vivantes. Ce dictionnaire ne se limite en effet pas à des entrées nominales mais inclut les revues, galeries d’art, éditeurs et des notices comme « photographie et critique d’art » ou « Salons et critique d’art ». Chaque notice comprend une bibliographie très complète et l’ouvrage se termine par une précieuse chronologie de plus de deux cents pages, un index des « séries » et des collections monographiques, et, évidemment, un index des noms cités. Autant dire que la matière est considérable, faisant d’emblée de ce fort volume un outil de travail irremplaçable. On serait bien exigeant en regrettant l’absence de tel ou tel nom ou sujet pour un travail aussi imposant dans lequel, inévitablement, chaque spécialiste trouvera des « manques » qui ressortissent plutôt à des choix nécessaires, ou des petites erreurs. Ainsi, à titre d’exemple, il y eut bien six Salons de la Rose+Croix et non pas quatre : détail !

Le « Schvalberg », ainsi que le désigne Jean-Paul Bouillon, sera sans aucun doute rapidement un manuel. Alors que la tendance générale est à la publication d’ouvrages réalisés en quelques mois dont l’utilité n’est pas toujours évidente, un tel travail suscite l’admiration.

Dictionnaire de la critique d’art à Paris 1890-1969, sous la direction de Claude Schvalberg, Rennes, PUR, 2014, 640 p., 39 €. ISBN 978-2-7535-3487-2.


Jean-David Jumeau-Lafond, lundi 24 novembre 2014





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