Deux tableaux de Fulchran-Jean Harriet offerts au Musée des Beaux-Arts de Rouen


22/12/14 - Acquisition - Rouen, Musée des Beaux-Arts - Privé cette année (et la prochaine) de budget d’acquisition, le Musée des Beaux-Arts de Rouen peut heureusement compter sur la générosité de donateurs (voir aussi la brève du 1/4/14). C’est ainsi que deux tableaux de Fulchran-Jean Harriet, représentant l’histoire de Héro et Léandre et exposés au Salon de 1796, viennent de lui être offert par un donateur souhaitant rester anonyme.


JPEG - 202.9 ko
1. Fulchran-Jean Harriet (1776-1805)
Les Amours de Héro et Léandre, 1796
Huile sur toile - 62 x 79 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.
JPEG - 191.2 ko
2. Fulchran-Jean Harriet (1776-1805)
Héro découvrant le corps de Léandre, 1796
Huile sur toile - 62 x 79 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.

Léandre, pour rejoindre Héro, traversait chaque soir à la nage l’Hellespont (c’est-à-dire le détroit des Dardanelles), guidé par la lampe qu’elle allume pour lui. Mais une nuit, la lampe s’éteint et Léandre, perdu dans la tempête, se noie. Son cadavre est rejeté par la mer. Héro se suicide en se jetant du haut de la tour qu’elle habite.
Le premier tableau montre les amoureux enlacés, sur le point de se quitter, alors que l’aube pointe1. Dans le second, le drame est consommé : Léandre découvre avec effroi le corps de Léandre.

Harriet fut l’élève de Jacques-Louis David dans l’atelier duquel il entra à l’âge de seulement douze ans. Il obtint le prix de Rome en 1798 avec Le Combat des Horaces et des Curiaces (Paris, Ensba), deux ans après avoir peint ces deux toiles, et la même année que son chef-d’œuvre, Œdipe à Colonne, aujourd’hui conservé à Cleveland. Il a fait l’objet d’une étude par Udolpho van de Sandt dans la Revue de l’Art2 où ces tableaux sont publiés.
Si ses figures sont d’un style néoclassique, son art montre ici une tendance déjà romantique. Le tableau représentant la macabre découverte, avec son atmosphère nocturne et la lune apparaissant au milieu des nuages, évoque les romans gothiques anglais davantage que la mythologie grecque. Cette œuvre peut être comparée à un tableau de même sujet du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, peint par Jean-Jacques Taillasson deux ans plus tard et présenté au Salon de 1798, assez proche dans sa composition mais qui se déroule de jour.
La carrière de Harriet fut courte. Malade depuis l’enfance de la tuberculose, il succomba à cette maladie à Rome, âgé de 29 ans, dans sa dernière année de pensionnat, alors qu’il travaillait sur son envoi de dernière année : Horatius Coclès défendant le pont sublicien contre l’armée entière de Porsenna, qu’il laissa inachevé et qui est aujourd’hui perdu.


Didier Rykner, mardi 23 décembre 2014


Notes

1Léandre habitait à Abydos sur la côte asiatique du détroit et rejoignait Héro à Sestos. On regarde ici vers l’est, et le soleil qui se lève : la scène représente donc vraisemblablement la séparation des amants plutôt que leurs retrouvailles comme l’avait envisagé le musée.

2Udolpho van de Sandt, « Fulchran-Jean Harriet », Revue de l’Art, mars 2008, n° 159/2008-1, pp. 21-34.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Quelques tableaux de Paul Carpentier

Article suivant dans Brèves : L’Inconsolable de Greuze offerte au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux