Deux préemptions du Musée des Beaux-Arts de Besançon


27/10/14 - Acquisitions - Besançon, Musée des Beaux-Arts - Le 18 octobre dernier, dans une vente aux enchères à Lorient, une esquisse de Nicolas-René Jollain (ill. 1) a été préemptée par le Musée des Beaux-Arts de Besançon pour 6000 € (hors frais).


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1. Nicolas-René Jollain (1732-1804)
L’Intercession à la Vierge ou Le Refuge
Toile marouflée sur carton - 50 x 31 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Cabinet Turquin
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Nicolas-René Jollain (1732-1804)
L’Intercession à la Vierge ou Le Refuge
Huile sur toile
Besançon, Chapelle Notre-Dame du Refuge
Photo : Philippe Bedin

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3. Vue du chœur de la chapelle Notre-Dame du Refuge
Besançon
Photo : Philippe Bedin

Représentant L’Intercession à la Vierge, cette œuvre d’abord donnée à Lagrenée (et qui portait une ancienne attribution à Fragonard) avait été reconnue par Jérôme Montcouquiol1 comme une étude préparatoire pour un tableau exposé par Jollain au Salon de 1769. Celui-ci fut remarqué par Diderot qui écrit d’abord ces propos pourtant peu flatteurs sur le peintre : « Des tableaux mythologiques, ou plutôt historiques de Jollain, tous mauvais, mais si mauvais que je ne croirai pas qu’il soit l’auteur du Refuge, à moins qu’accompagné de deux témoins, il ne m’en fasse le serment sur le saint Évangile, s’il y croit ». Le philosophe-critique a donc aimé ce dernier tableau dont il loue à la fois la composition et les figures (à l’exception de la Vierge) et sur lequel il conclut : « c’est une grande machine dont je ne connais guère que Vien qui se fût mieux tiré ».
L’œuvre est aujourd’hui conservée dans la chapelle de l’Hôpital de Besançon. On trouve sur le site internet patrimoine-histoire une intéressante couverture photographique de cet édifice religieux. Le tableau définitif se trouve sur le maître-autel, enchâssé dans un fort beau décor baroque. Il représente exactement « Madame de Ranfaing, fondatrice de la congrégation Notre-Dame du Refuge en 1629, accompagnée de ses trois filles, confie à la Vierge et à Dieu le Père les jeunes pénitentes qu’elle accueille dans son couvent ». Jollain, qui fut un élève de Jean-Baptiste Marie Pierre, a peint plusieurs autres toiles pour cette chapelle dont aucune, étrangement, ne figure dans la base Palissy (mais que l’on peut voir sur la page du site patrimoine-histoire).


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4. Nicolas-René Jollain (1732-1804)
L’Intercession à la Vierge ou Le Refuge
Huile sur toile - 55 x 32 cm
Ancienne collection Ciechanowiecki
Vente Paris, 28 juin 2002
Photo : Beaussant Lefèvre

L’esquisse acquise par Besançon montre de nombreuses variantes avec le tableau achevé, même si l’artiste a d’ores et déjà trouvé les grandes lignes de sa composition. Une autre petite peinture préparatoire (où les positions de la Vierge et de Madame de Ranfaing sont inversées2) est passée en vente à Paris chez Beaussant-Lefèvre le 28 juin 2002 avec la collection Ciechanowiecki (ill. 4).


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5. Jean-Simon Berthélémy (1743-1811)
Vue des jardins de la villa Doria Pamphili à Rome, vers 1770-1774
Sanguine - 30 x 46 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : MBAA de Besançon

Le Musée des Beaux-Arts de Besançon a également acquis par préemption, le 26 mars dernier dans une vente Artcurial, une Vue des jardins de la villa Doria Pamphili à Rome (ill. 5) par Jean-Simon Berthélémy, datée vers 1770-1774, pour un montant (frais inclus) de 5850 €. Cette sanguine vient enrichir la collection Pierre-Adrien Pâris que se partagent le musée et la bibliothèque municipale. Si le premier possédait déjà deux dessins de Berthélémy (Alexandre le Grand et le médecin Philippe et La nourrice de Néron verse les cendres de ce prince dans le tombeau de ses ancêtres), il n’avait aucun paysage, alors que la bibliothèque en conserve deux (Le Temple de Sibylle à Tivoli et La Villa Adriana). Nathalie Volle, dans son catalogue raisonné sur l’artiste3, rappelle que selon son biographe Duchange (1853), Berthélémy manifestait « un attrait certain pour le paysage ce dont témoignent les nombreuses "études d’Italie" qu’il a dessinées lors de son séjour à Rome comme pensionnaire de l’Académie de France de 1770 à 1774 ». Elle caractérise ainsi ses dessins de paysage : « un trait gras et appuyé, de grands effets d’ombre et de lumière et une mise en page monumentale », des qualités que l’on retrouve aisément dans cette feuille.

Le Musée des Beaux-Arts de Besançon, actuellement fermé pour travaux, s’enrichit ainsi de deux œuvres importantes du XVIIIe siècle pour des prix extrêmement raisonnables.


Didier Rykner, lundi 27 octobre 2014


Notes

1Jérôme Montcouquiol et Jean-Christophe Beaudequin, qui a confirmé l’attribution, préparent une publication sur les deux frères Pierre et Nicolas-René Jollain.

2Signalons que dans le catalogue de la vente, l’œuvre définitive est reproduite à l’envers. Rien n’indique cependant que ce soit aussi le cas pour l’esquisse puisque la position de Dieu le père est en revanche dans le même sens que dans l’esquisse de Besançon et dans le grand tableau.

3Nathalie Volle, Jean-Simon Berthélémy 1743-1811, Arthéna, Paris, 1979.





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