10/01/12 - Acquisitions - Amsterdam, Rijksmuseum - Le Rijksmuseum avait en dépôt depuis 1970 deux coupes en argent du XVIIe siècle qu’il a finalement réussi à acheter avec la participation de différents mécènes1.
Ces deux pièces (ill. 1 et 2), passées par la collection des Rothschild au XIXe siècle, sont dues au sculpteur et orfèvre allemand Christoph III Ritter dont elles firent la renommée ; elles se composent d’un globe, terrestre et céleste, chacun porté par une figure masculine agenouillée. En général, Hercule supporte la terre et Atlas la voûte céleste ; or ici, Hercule plie sous le poids du ciel et c’est l’empereur Jules César qui soutient la terre, suggérant ainsi que Rome domine les autres grands empires de l’Antiquité que sont l’Assyrie, la Perse et la Grèce, dont les noms sont inscrits dans des cartouches sur le pied de la coupe. L’artiste a collaboré avec le graveur et cartographe flamand Jodocus Hondius l’Ancien (1563-1612) et semble s’être inspiré, pour les ornements des socles, du travail de l’orfèvre néerlandais Paulus van Vianen.

1. Christoph Ritter III (1610-1676)
Coupe, globe terrestre soutenu
par Jules César, vers 1645-1651
Argent, plaqué or
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum

2. Christoph Ritter III (1610-1676)
Coupe, globe céleste soutenu
par Hercule, vers 1645-1651
Argent, plaqué or
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum
La production de ces sphères répondait à l’engouement de l’époque pour la science et le développement des explorations au cours desquelles les marins et les astronomes hollandais jouèrent d’ailleurs un rôle important. Ainsi, outre le travail de Jodocus Hondius, la cartographie progressa vers 1600 grâce à des explorateurs comme Willem Barentsz et Cornelis de Houtman. Les constellations furent par ailleurs décrites par Johannes Bayer qui publia en 1603 Uranometria.
Nuremberg était un centre d’orfèvrerie renommé. Déjà le père de Christoph, Jeremias Ritter (maître en 1605 et mort en 1646), avait réalisé vers 1620 deux globes qui furent gravés par John Hauer (aujourd’hui dans les collections royale de Suède), et à la même époque l’un des plus beaux exemples de ce genre d’objet est celui de Christoph Jamnitzer (1563-1618) qui s’inspira probablement d’un bronze de Jacopo Sansovino. Autre orfèvre de la ville, Andreas Bergmann conçut vers 1655 une paire de coupes très comparable à celle du Rijksmuseum, passée en vente à New York en 1996 (Sotheby’s, 16 octobre 1996, lot 158). Un autre centre allemand, Augsbourg, était réputé au XVIIe siècle : en témoigne l’œuvre de Johannes Schmidt, réalisée avant 1629 (conservée à la Grüne Gewölbe de Dresde) ou encore les deux globes créés par Abraham II Drentwett vers 1697-1699, proposés aux enchères par Christie’s le 13 avril 2010.

3. Anonyme
Notre Dame des douleurs, vers 1500-1510
Terre cuite,
Amsterdam, Rijksmuseum
Photo : Rijksmuseum
Autre œuvre récemment entrée dans les collections du musée : un buste en terre cuite, d’un artiste anonyme, sans doute flamand, représentant de manière très réaliste Notre Dame des douleurs (vers 1500-1510) (ill. 3). Cette acquisition a été possible grâce au BankGiro lottery. Le musée conserve d’autres bustes en terre cuite polychrome, tel cet homme élégant (vers 1570-1590). L’un des plus fameux bustes en terre cuite est celui du futur Charles Quint datant de 1520 et conservé à Bruges au musée Gruuthuse, attribué au sculpteur Konrad Meit. La comparaison de la Vierge à ces deux figures masculines très hiératiques, voire statiques, met en valeur la souplesse du drapé et le mouvement de la tête de Marie. Cette pièce a été intégrée dans l’exposition A divine gift, présentée dans l’aile Philips du musée jusqu’au 5 mars, qui montre, en attendant sa prochaine réouverture, une sélection de peintures et de sculptures du musée parmi lesquelles on peut admirer de belles pièces issues d’une collection privée d’art médiéval des Pays-Bas.
