Deux nouveaux tableaux d’Ary Scheffer au Musée de la vie romantique à Paris


1. Ary Scheffer (1795-1868)
Portrait de la Princesse de Joinville
née Doña Francisca de Braganza

Huile sur toile - 144 x 94,5 cm
Paris, Musée de la Vie Romantique
© Musée de la Vie Romantique

16/6/05 - Acquisitions - Paris, Musée de la Vie Romantique - Méprisé par la critique moderniste du XXe siècle, Ary Scheffer a enfin repris la place que lui avaient accordée ses contemporains, celle d’un artiste de premier plan. On ne peut que se féliciter qu’un musée lui soit consacré, sur le lieu même de son atelier, et qu’il pratique une politique régulière d’acquisitions (voir brève du 7 avril 2003). Comme les autres grands peintres romantiques, Scheffer a pratiqué en parallèle l’Histoire et le portrait, profitant du succès de ses grandes compositions au Salon pour toucher une clientèle mondaine, aristocratique ou bourgeoise. On estime à plus de 300 le nombre de portraits qu’il a réalisés [1], plusieurs étant conservés dans les collections publiques françaises [2]. Celui que vient d’acquérir la ville de Paris représente Doña Francisca de Braganza, Princesse de Joinville (1824-1898) (ill.1) [3]. Sœur de l’empereur du Brésil Pedro II, elle épousa François d’Orléans, le troisième fils de Louis-Philippe à Rio de Janeiro en 1843. Ary Scheffer était très lié aux Orléans et il avait été nommé en 1822 professeur de dessin des enfants princiers (le Prince de Joinville a d’ailleurs fait preuve d’un certain talent dans les aquarelles et les gravures qu’il a rapportées de ses nombreux voyages).

2. Ary Scheffer (1795-1868)
Le Giaour
Huile sur toile - 32,5 x 24,5 cm
Paris, Musée de la Vie Romantique
© Musée de la Vie Romantique

Datée de 1844 [4], la toile est caractéristique des effigies féminines de Scheffer. Si l’on y perçoit l’influence de la manière lisse des portraits d’Ingres, l’élégance de la pose et la douceur des traits du visage ovale sont caractéristiques de l’artiste. Le rapport coloré entre la robe sombre et le fond incarnat rappelle le Portrait de Charlotte de Rothschild (collection particulière), exécuté la même année. En excellent état de conservation et ayant gardé son cadre d’origine sculpté, le nouveau tableau sera montré dès le 28 juin prochain, lors de l’inauguration de l’exposition La collection Brasiliana : Les peintres voyageurs romantiques au Brésil (1820-1870). À deux reprises, en 1844 et en 1846, Louis-Philippe commandait à Franz Xaver Winterhalter un portrait du même modèle, le premier à mi-corps, le second en pied, pour le musée historique de Versailles où ils sont toujours conservés. Un autre portrait de la jeune femme par Eugène Lamy peint en 1846 est au musée Condé de Chantilly.

En 2004, les amis du musée de la vie romantique ont offert une très intéressante petite toile représentant Le Giaour (ill.2), terme péjoratif désignant les Chrétiens en terre turque, suivant un sujet tiré de Byron et illustré par Delacroix et Horace Vernet. Réplique du grand format sur le même sujet de 1832, exposé au Salon de 1833 (Luxembourg, Galerie municipale J-P Pescatore), il permet d’évoquer dans les collections le philhellénisme d’Ary Scheffer, pan essentiel de son œuvre.


Didier Rykner, jeudi 16 juin 2005


Notes

[1] Voir Marthe Kolb, Ary Scheffer et son temps 1795-1858, Paris, 1937.

[2] À Paris au Louvre (Portrait de Félicie de Fauvau, Portrait de Lamennais), au Petit Palais, au Musée de la vie romantique (Portrait de Madame Marjolin-Scheffer), à Beauvais (Portrait de la Comtesse de Gaubineau), à Chantilly, Orléans, Versailles (18), à Dijon (Magnin)

[3] Ce tableau est passé du modèle à sa fille aînée, Françoise Marie-Amélie d’Orléans, puis à Marguerite d’Orléans. Ses héritiers le mettent en vente publique à Rouen le 29 octobre 1995, à l’étude Denesle, où il est adjugé 230 000 francs à Robert de Nicolaÿ, descendant de la famille d’Orléans par une autre branche. Sur le site internet des délibérations de la commission des affaires culturelle de Paris, on apprend que la ville vient de le négocier pour 200 000 euros...

Une réplique d’atelier est passée en vente publique à l’Hôtel Drouot, le 16 octobre 1997, étude Tajan, lot n° 15.

[4] Ce tableau n’a pas été exposé au Salon, Scheffer ayant boudé cette manifestation entre 1839 et 1846.



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