A moins de s’y consacrer exclusivement, il est presque impossible de suivre l’abondance de publications sur la peinture florentine de l’âge baroque. Longtemps méprisés et méconnus, presque tous ses protagonistes possèdent désormais leurs catalogues raisonnés [1]. Sans compter ceux d’expositions à Florence (Fabrizio Boschi, actuellement à la Casa Buonarroti), ou hors d’Italie (Prague en 2002, ou Rouen, cet été 2006) et ceux de dessins (voir sur ce site, Catherine Monbeig Goguel, Musée du Louvre, Dessins toscans, XVIe-XVIIe siècles, tome II, 1620-1800). Deux livres, qui ne font pas double emploi, évoquent l’histoire de la peinture toscane des XVIIe et XVIIIe siècles, grâce à des œuvres inédites ou très peu connues.
La collezione Piero ed Elena Bigongiari : il Seicento fiorentino tra "favola" e dramma
Auteur : Francesca Baldassari

1. Alessandro Rosi (1627-1697)
Le jugement de Paris
Huile sur toile - 72,5 x 58,5 cm
Collection particulière
© D.R.
Dans la première partie de ce beau livre d’art, Francesca Baldassari retrace l’évolution de la peinture florentine baroque à travers les plus beaux tableaux de cette école découverts ces dernières années, soit sur le marché d’art (ill. 1), soit dans des collections privées [2]. Réactualisant les diverses monographies récentes, le texte élégant rend hommage à Piero Bigongiari, qui fut l’un des premiers à avoir aimé, défendu et collectionné des œuvres de Cecco Bravo, Dandini, Ficherelli (ill. 2), Fidani, Lorenzo Lippi, Martinelli, Livio Mehus ou Pignoni (francophile, Piero Bigongiari, ami de Morandi et de Balthus, ouvrait largement son appartement aux érudits de passage). Chaque acquisition était le début d’une enquête visant à reconstituer la carrière d’un artiste oublié.

2. Felice Ficherelli (1603-1660)
Sainte Catherine d’Alexandrie
Huile sur toile - 98 x 74 cm
Pistoia, Cassa di Risparmio
© D.R.
La seconde partie est consacrée au catalogue raisonné de cet ensemble. A la suite du décès de ce connaisseur passionné, une vingtaine de pièces furent cédées, mais sa femme Elena en racheta d’autres pour le compléter. Après sa disparition au début de 2006, cette collection de référence est devenue la propriété de la caisse d’Epargne de Pistoia (Cassa di Risparmio di Pistoia e Pescia)
Francesca Baldassari, la collezione Piero ed Elena Bigongiari : il Seicento fiorentino tra "favola" e dramma, en italien et en anglais, Milano, Frederico Motta Editore, 2004, 239 p, 59 €. ISBN : 88-7179-457-5
Viaggio nel Seicento Toscano
Auteur : Franco Moro

3. Cesare Dandini (1596-1657)
Portrait de jeune fille dite La Bettona
Huile sur toile - 57,5 x 45 cm
Localisation non précisée
© D.R.
Historien d’art reconnu pour ses recherches sur le XVIe siècle du nord de l’Italie, Franco Moro porte aussi une casquette de marchand (pudiquement, il se définit comme « conseiller en œuvres d’art ») [3]. Il a présenté une sélection de ses meilleures pièces à Paris du 12 au 25 septembre dernier, à la galerie Bresset, sur le quai Voltaire. Le livre qu’il publie à cette occasion étudie les toiles et dessins exposés, ainsi que d’autres apparus (ou réattribués) dans les ventes publiques ou chez des particuliers.
Comme aucune œuvre n’est localisée précisément, le lecteur français sera un peu déconcerté lorsque l’auteur juge « stupendo », « extraordinario » ou « splendido », un tableau qu’il possède peut-être, ou qu’il a recommandé à un client. Certaines méritent pourtant largement ces qualificatifs, de la Résurrection du Christ de Naldini, un chef d’œuvre digne des grands musées, au Portrait de Bettona par Cesare Dandini (ill. 3) D’autres sont de magnifiques tableaux d’amateur et de vraies redécouvertes, des esquisses de Casolani et Vignali (ill. 4) à la flamboyante Cène de Livio Mehus.

4. Jacopo Vignali (1592-1664)
Vierge à l’enfant apparaissant à plusieurs saints
Huile sur toile - 65,5 x 34 cm
Collection particulière
© D.R.
Le texte, émaillé de considérations personnelles et d’anecdotes, est plutôt destiné à un lecteur connaissant déjà le sujet [4]. Certains développements sur les rapports complexes à Florence entre lumière caravagesque et lumière nordique, ou un autre sur la représentation des scènes de magie, autour de Salvator Rosa, renouvellent ces questions. Un chapitre est consacré à des peintures inédites du Seicento à Sienne et à Lucques (Pietro Ricchi, Scaglia…).
Franco Moro, Viaggio nel Seicento Toscano, Dipinti e disegni inediti, Edité par Franco Moro, 2006, 256 p, 50 €. Pas d’ISBN précisé.
