17/11/08 – Patrimoine – Dijon – La ville de Dijon s’apprête à vendre deux des plus importants hôtels particuliers de la ville. L’acheteur serait trouvé.
Le premier, l’hôtel Aubriot (ill. 1), a été légué à Dijon en 1926. Malgré ses évidentes qualités architecturales, visibles d’un simple coup d’œil, et de son ancienneté (il possède notamment une cave voûtée du XIIIe siècle), ce bâtiment ne bénéficie d’aucune protection au titre des Monuments Historiques en dehors de celle du secteur sauvegardé. Il abritait jadis le Musée Perrin de Puycousin, aujourd’hui situé rue Sainte-Anne sous le nom de Musée de la Vie Bourguignonne.
On imagine ce qui pourrait advenir d’un tel monument, non protégé, dans l’hypothèse, par exemple, d’une transformation en appartements (ce qui semble envisagé si l’on en croit l’Association pour le Renouveau du Vieux Dijon (ARVD).
Le second est l’hôtel Chambellan (et sa chapelle), qui date de la fin du XVe siècle. La ville l’a acheté en 1913 en raison de son grand intérêt architectural et historique avec l’aide de l’Etat (une subvention de 50%). Il est classé MH. Comme le signale l’ARVD, « Depuis [1913], l’hôtel a été rénové à plusieurs reprises, pour la dernière fois en 1991-1992, et les sommes consacrées à l’achat et à la rénovation du lieu, dépassent de loin le prix que Dijon obtiendra de l’acquéreur. La cour, le décor de l’escalier sont très célèbres, ils sont indiqués dans tous les guides comme des monuments majeurs de la ville. La vente risque, un jour ou l’autre, de priver les Dijonnais et les touristes de l’accès à ces merveilles. »
Alors que l’Etat cherche à se débarrasser au profit des collectivités territoriales de la gestion de nombreux monuments (voir brève du 27/7/06), et que dans un rapport récent le Conseil Economique et Social, par la voix de Jean-Jacques Aillagon, proposait d’amplifier ces transferts (voir article), cet épisode montre clairement les dangers d’une telle politique. L’Etat veut se désengager de son devoir de protection du patrimoine au profit de collectivités territoriales qui, souvent, n’en veulent pas, et qui chercheront à leur tour à vendre les fleurons de leurs Monuments Historiques sous prétexte de « bonne gestion financière ».
L’Association pour le Renouveau du Vieux Dijon a ouvert un blog sur ce sujet et lancé une pétition déjà signée à ce jour par 1700 personnes1 pour s’opposer à cette vente. On attend du ministère de la Culture qu’il prenne position à ce sujet et, surtout, qu’il lance de manière urgente une procédure de classement de l’intégralité de l’Hôtel Aubriot.


