Deux Fragonard qui en disent long sur les trésors nationaux


15/5/17 - Trésors nationaux - Fragonard - Mercredi 10 mai 2017, le journal officiel a publié le refus du certificat d’exportation de deux tableaux de Fragonard, Le Jeu de la palette et La Bascule (ill. 1 et 2). Vous avez sans doute pu lire dans la presse (voir notamment Le Figaro) l’histoire de ces deux toiles retrouvées dans un château normand par l’étude Tajan (qui a la main heureuse, ces derniers mois, après le dessin de Léonard de Vinci - voir la brève du 15/12/16). Incontestablement, ces deux tableaux sont des trésors nationaux. La composition d’un des deux (Le jeu de la palette - ill. 3) se retrouve dans un tableau du Musée de Chambéry exposé récemment au Luxembourg pour Fragonard amoureux (voir l’article), mais les formats sont différents et celui qui vient d’être retrouvé, ainsi que son pendant, accordent une place beaucoup plus importante aux paysages. La commission des trésors nationaux souligne que « ces deux toiles, depuis longtemps recherchées et récemment réapparues, par leur caractère unique, représentent un précieux chaînon manquant […] et constituent un complément déterminant dans la connaissance de l’œuvre de Fragonard ».


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1. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Le Jeu de la palette, vers 1761
Huile sur toile - 75 x 93 cm
Œuvre ayant fait l’objet d’un refus de certificat d’exportation
Photo : SVV Tajan
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2. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
La Bascule, vers 1761
Huile sur toile - 75 x 93 cm
Œuvre ayant fait l’objet d’un refus de certificat d’exportation
Photo : SVV Tajan
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3. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Le Jeu de la palette, vers 1757-1759
Huile sur toile - 67,5 x 114,5 cm
Chambéry, musées de Chambéry
Photo : RMN-GP/Gérard Blot
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Tout ceci est vrai et il faut espérer que les six millions d’euros (prix demandé pour leur acquisition) pourront être réunis grâce au mécénat. On se réjouit donc de ce classement, mais celui-ci démontre une fois de plus l’absence de politique cohérente des musées nationaux. On peut en effet se demander pourquoi le Lion de Fragonard, apparu il y a deux ans à Paris, et qui nous semblait également important, a obtenu sans coup férir son certificat d’exportation (voir l’article). L’œuvre était pourtant proposée à un prix beaucoup plus bas. On ne saura jamais ce qu’en aurait pensé la commission, puisqu’elle ne lui a jamais été soumise !

Cela confirme une fois de plus qu’il est nécessaire de pouvoir analyser complètement la politique des grands départements et du ministère de la Culture pour les trésors nationaux. Et pour cela d’avoir accès à toutes les demandes de certificat et aux comptes-rendus de la commission. Rappelons que nous en avons fait, avec l’association Sites et Monuments, la demande au ministère de la Culture, que celui-ci nous a répondu par la négative, que nous avons alors demandé son avis à la CADA (Commission d’Accès aux Documentes Administratifs) qui nous a donné raison (voir l’article).
Malgré cela, comme nous le disions, nous n’avons toujours aucune réponse du ministère à ce sujet. Nous avons d’ailleurs appris depuis que ce n’était pas forcément un blocage politique, mais simplement celui d’une fonctionnaire du ministère de la Culture qui estime que « la transparence est une maladie » et qui se fait un point d’honneur à refuser de communiquer ces documents, comme s’ils étaient sa propriété !

Nous attendons donc demain la nomination du ministre de la Culture pour lui envoyer un nouveau courrier recommandé demandant l’accès à ces documents. L’administration Macron se comportera-t-elle comme l’administration Hollande ? Cela constituera un test intéressant. Comme nous le disions déjà, et quoi qu’il en soit, nous finirons, si nous n’obtenons pas gain de cause, par aller devant le tribunal administratif, fort de l’avis de la CADA.


Didier Rykner, lundi 15 mai 2017





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