Deux expositions sur Canaletto à Paris


Canaletto à Venise, Musée Maillol, du 19 septembre 2012 au 10 février 2013.

Canaletto et Guardi, les deux maîtres de Venise, Musée Jacquemart-André, du 14 septembre 2012 au 14 janvier 2013.

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1. Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768)
L’Escalier des Géants du Palazzo Ducale, 1755-1756
Huile sur toile - 174 x 136 cm
Alnwick, Collection of the Duke of
Northumberland
Photo : Collection of the Duke of Northumberland

Les promeneurs parisiens, les amateurs de peinture italienne et quelques quidams auront sans doute remarqué que Canaletto fait l’objet de deux expositions, organisées en même temps en des lieux différents, l’une au Musée Jacquemart-André, l’autre au Musée Maillol. Les plus philosophes en déduiront que seuls les morts ont le don d’ubiquité, les plus innocents penseront que ces deux événements sont liés et qu’un billet commun est forcément prévu. Que nenni, et si les dates de ces expositions sont sensiblement les mêmes, ce n’est pas le fruit d’une collaboration, mais davantage celui d’une rivalité.

Le Musée Maillol décline les différents visages de Venise traduits par Canaletto, selon un parcours chronologique et thématique (les îles de la lagune, le Grand Canal, la place Saint-Marc…). Il montre ainsi l’évolution stylistique du peintre et rappelle le changement de regard qu’on porta sur la ville ; de puissance politique et commerciale, progressivement affaiblie, elle devint une destination pour les touristes, qui souhaitaient emporter des images souvenirs de leur séjour.
Pièce phare de l’exposition, le carnet de dessins de l’artiste, exceptionnellement prêté par le Gabinetto dei Disegni e Stampe delle Gallerie dell’Accademia, que l’on peut aussi feuilleter virtuellement sur un écran tactile, permet de mieux comprendre la manière de travailler du maître ; de même, une reconstitution de sa chambre optique est plus éloquente que toutes les explications. L’exposition aborde en outre la place de l’artiste dans les collections anglaises et russes (ill. 1 et 2).

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2. Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768)
Les Îles San Cristoforo, San Michele et Murano
vues des Fondamenta Nuove
, 1724-1725 environ
Huile sur toile - 67x 127 cm
Saint-Pétersbourg, Musée d’Etat de l’Ermitage
Photo : The State Ermitage Museum
Vladimir Terebenin, Ltonard Kheifets, Yuri Molodkovets

Cependant, La Croix et Libération ont émis quelques doutes quant à l’attribution de certaines toiles exposées au Musée Maillol. Le succès de Canaletto fut tel que de nombreuses copies voire des faux circulèrent sur le marché dès le XVIIIe et jusqu’à aujourd’hui. Dans ce contexte, il est surprenant que la commissaire ait choisi d’intégrer plusieurs tableaux inédits issus de collections privées, sans donner aucune précision sur leur provenance ; c’était prêter le flanc aux critiques, d’autant que ni la notice ni le cartel de ces œuvres n’adoptent la prudence de la formulation « attribué à », mais indiquent simplement « Canaletto ». Sans forcément remettre en cause l’attribution de ces tableaux, on peut s’étonner du flou de la frontière entre certitudes et suppositions.
Parmi ces peintures inédites, La Basilique San Marco et le campo San Basso est signalée comme un unicum, justement, dans l’ensemble des vedute peintes par Canaletto, montrant une vue rapprochée de l’espace entre le côté gauche de la basilique Saint-Marc et les bâtiments adjacents ; elle est comparée à un dessin de Windsor.

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3. Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768)
La Piazzetta vers la tour de l’Horloge, vers 1727-1728
Huile sur toile - 135,5 x 137,5 cm
Brest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Brest

La Vue d’une île de la lagune avec un pont est récemment apparue sur le marché de l’art avant d’être acquise par un particulier ; dans le catalogue, l’auteur de la notice se contente de dire que son attribution à Canaletto est « bien argumentée et donc plausible », et propose de la situer dans « le noyau d’œuvres - entre capriccio et veduta - qu’André Croboz définit comme des « crypto-capricci », où les éléments sont recomposés et arrangés selon un nouvel ordre imaginaire. »
La Vue de la Piazza San Marco vers la Basilique et le Palazzo Ducale, avec la Loggetta sur la droite est aussi donnée au maître et rapprochée de La Basilique San Marco et le Palazzo Ducale vus des Procuratie Vecchie de la National Gallery de Washington.
Enfin, conservé dans une collection publique cette fois-ci, un tableau du Musée des Beaux-Arts de Brest (ill. 3) acquis en 1976 « semble être » une version autographe de la Piazetta vers la tour de l’Horloge qui fut achetée par Georges III d’Angleterre en 1762.


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4. Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768)
La Place Saint-Marc, vers l’est, 1723
Huile sur toile - 141,5 x 204,5 cm
Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza
Photo : Museo Thyssen-Bornemisza
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5. Francesco Guardi (1712-1793)
La Place Saint-Marc vers l’est, vers 1785
Huile sur toile - 35 x 45 cm
Aix-en-Provence, Musée Granet
Photo : Musée Granet

Le Musée Jacquemart-André propose quant à lui une confrontation éloquente des peintures de Canaletto avec celles de Guardi (ill. 4 et 5) ; éloquente et didactique grâce au petit livret que le visiteur se voit remettre à l’entrée, où il peut trouver une explication détaillée de certains tableaux. L’accrochage tend à montrer les filiations - certaines peintures de jeunesse de Canaletto furent attribuées à Guardi - et les différences entre l’un et l’autre en confrontant leurs œuvres, la minutie du premier, l’émotion du second. La commissaire se targue d’avoir obtenu le prêt de huit dessins et peintures de la collection de la couronne britannique, qui possède l’un des fonds les plus importants d’Antonio Canal.

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6. Francesco Guardi (1712-1793)
Le Canal de Cannaregio avec le palais Surian-Bellotto,
siège de l’ambassade de France
, vers 1778-1780
Huile sur toile - 48,9 x 77,5 cm
New York, The Frick Collection
Photo : The Frick Collection

Le titre de l’exposition est quelque peu trompeur cependant, car ce ne sont pas uniquement des toiles des deux plus fameux vedutistes qui sont réunies. Le parcours s’ouvre ainsi sur une présentation des maîtres vénitiens que connut Antonio Canal à ses débuts et sur la tradition picturale dans laquelle il s’inscrit : Gaspar van Wittel (1652/3-1736), Luca Carlevarijs (1663-1730). Puis la confrontation de Canal et de Guardi se fait par thème : la place Saint-Marc, le Grand Canal, les campi, les canaux. Deux autres vedutistes sont convoqués dans les salles : Michele Marieschi (1710-1743) et Bernardo Bellotto (1722-1780), neveu et disciple de Canaletto. Au Musée Jacquemart-André aussi on découvre les différentes facettes de Venise dans des sections qui présentent aussi bien le faste des cérémonies que la vision rêvée qu’en offrent les caprices. Malgré le trois-centième anniversaire de naissance de Guardi, le musée est arrivé à obtenir quelques chefs-d’œuvre du peintre comme L’Ambassade de France (ill. 6) et L’Ambassade du Saint Empire romain. C’est peut-être un ambassadeur qu’il aurait fallu envoyer auprès des deux musées dont les expositions se complètent, involontairement.

Commissaires :
Musée Maillol : Annalisa Scarpa.
Musée Jacquemart-André : Bożena Anna Kowalczyk, Nicolas Sainte Fare Garnot.


Sous la direction de Annalisa Scarpa, Canaletto à Venise, 2012, Coédition Gallimard/Musée Maillol, 224 p., 39 €. ISBN : 9782070138654.


Sous la direction de Bozena Anna Kowalczyk, Canaletto-Guardi. Les deux maîtres de Venise, 2012, Editions Fonds Mercator, 207 p., 45 €. ISBN : 9789061538448.


Informations pratiques :
Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, 75007 Paris. Tél. : 01 42 22 59 58. Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h, jusqu’à 21h30 le vendredi. Tarif : 11 € (réduit : 9 €).
Musée Jacquemart-André, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris.
Tel. + 33 (0)1 45 62 11 59. Ouvert tous les jours de 10h à 18h, jusqu’à 21h le lundi et le samedi. Tarif : 11 € (réduit : 9,50 €).

English Version


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 6 novembre 2012




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