Dessins français aux XVIIe et XVIIIe siècles


Auteur : Sous la direction de Nicolas Sainte Fare Garnot

IMG/jpg/Colloque_dessins_francais_17e_et_18e.jpgCe colloque avait été organisé en 1999 à l’occasion de l’exposition de dessins de Jeffrey E. Horvitz au Musée Jacquemart-André. Presque quatre ans plus tard, les actes sont enfin publiés. Cela valait la peine d’attendre. Les textes sont de grande qualité, et apportent beaucoup de nouveautés, tant pour les artistes célèbres que pour ceux qui le sont moins.

Parmi ces derniers, notons l’article sur Horace Le Blanc où Jean-Christophe Baudequin publie plusieurs dessins dont une Mise au tombeau, brillamment rendue au peintre lyonnais alors qu’elle se cachait sous une attribution à Palma le Jeune. Il s’agit d’une étude préparatoire à un tableau conservé à l’église Saint-André à Grenoble. L’erreur d’attribution est en elle-même significative des influences que put subir l’artiste, qui vécut un certain temps à Venise. Autre méconnu, Louis Testelin : David Simonneau tente de reconstituer le corpus d’un artiste dont l’œuvre graphique avait disparu dans l’anonymat ou se cachait sous les noms de Charles Lebrun ou de Grégoire Huret. Ces derniers sont également à l’honneur dans cet ouvrage, en particulier Grégoire Huret dont Alvin L. Clark Jr publie plus de trente dessins préparatoires à une suite gravée de la Passion du Christ, complétant ainsi fort utilement l’article récent d’Emmanuelle Brugerolle dans la Revue de l’Art (n°117, 1997).
Comme pour Huret, les rapports entre les dessins et les gravures sont au cœur de deux autres contributions, l’une sur Raymond Lafage (par Véronique Meyer), l’autre sur Fragonard (par Marianne Roland-Michel). Maxime Préaud, pour sa part, publie une trentaine de dessins préparatoires à des almanachs de l’époque de Louis XIV, complétant ainsi l’exposition de 1995.
Si le style de Charles Mellin est aujourd’hui bien connu, aucun dessin à la sanguine n’avait été identifié. Philippe Malgouyres propose, de manière convaincante, de reconnaître la main de l’artiste dans une feuille de cette technique conservée à Venise (Accademia). Dans le même article, l’auteur insiste sur les ressemblances évidentes entre les dessins de Mellin et ceux de Guillaume Courtois. Le dessin reproduit en figure 14 (Enée recevant ses armes de Vénus) était en effet passé en vente sous le nom, très plausible, du premier, alors qu’il s’agit d’une esquisse pour un tableau du second. Le problème devient encore plus complexe lorsque Courtois copie Mellin, ce qui est le cas pour trois dessins ici publiés.

A côté des articles s’attachant à un dessinateur précis, d’autres études sont l’occasion de butiner parmi des dessins d’artistes variés. La richesse - et la méconnaissance - des cabinets de dessin des musées de province est ainsi confirmée par l’étude de Dominique Brême qui révèle nombre d’inédits, principalement conservés à Orléans et Dijon. Une tête de femme attribuée jusqu’ici à Antoine Coypel (Rennes, Musée des Beaux-Arts) est ici rendue à François Marot. Il s’agit d’une étude pour son morceau de réception à l’Académie conservé à Tours. Une autre tête féminine (marché de l’art en 2000), à la physionomie quasiment identique quoique inversée, prépare le même tableau.
Le colloque fut également l’occasion de compléter des monographies déjà publiées (François-Guillaume Ménageot, Jean-Baptiste de Champaigne, Claude Vignon,...). En revanche, sa publication tardive est dommageable à l’étude de Heinz Widauer sur les dessins de Sébastien Bourdon. Cet article et le catalogue de l’exposition de Montpellier et Strasbourg s’ignorent mutuellement : ainsi, plusieurs dessins révélés par le colloque (L’enfant qui boit, ill. n° 1 ; le Baptême du Christ, ill. n° 3 ; La charité de Saint-Martin, ill. n° 12 ; le Festin d’Esther, ill. n° 15 et 16) ne sont pas, sauf erreur, commentés dans l’ouvrage de Jacques Thuillier. Inversement, l’article nouvellement paru ne cite le catalogue que dans l’introduction, et aucune note ne renvoie à ce dernier.
Quant à Jacques Stella, dont le regretté Gilles Chomer publie plusieurs inédits dans une étude sur la place du dessin dans l’œuvre du peintre, souhaitons que le projet de Jacques Thuillier de reprendre les recherches entreprises par ce dernier puissent aboutir à la publication du catalogue complet de son œuvre.

Sous la direction de Nicolas Sainte Fare Garnot, Dessins français au XVIIe et XVIIIe siècles. Actes du colloque Ecole du Louvre 24 et 25 juin 1999, Ecole du Louvre, Paris, 2003. 62 €.

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Didier Rykner, lundi 21 avril 2003



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