Dessins de Joseph Bernard (1866-1931)


Versailles, Orangerie du domaine de Madame Elisabeth, du 14 novembre 2007 au 27 janvier 2008

1. Joseph Bernard (1866-1931)
Deux danseuses, l’une tenant une
draperie
, vers 1912
Fusain et aquarelle - 48,2 x 32 cm
Saint-Rémy-les-Chevreuse,
Fondation de Coubertin

Les amateurs de sculpture moderne connaissent l’œuvre de Joseph Bernard, grand rénovateur de la taille directe dans les années vingt. Mais ils connaissent généralement moins sa production dessinée, intimiste et poétique. L’exposition qui se tient actuellement à l’Orangerie de Madame Elisabeth (Versailles) nous révèle cette facette secrète et intérieure de l’artiste. L’ensemble se compose d’une cinquantaine d’œuvres provenant de la donation des 1500 dessins faite par le fils de Bernard à la Fondation de Coubertin, dont il fut l’un des créateurs, en 1985. Le choix, opéré par Pascale Grémont Gervaise, commissaire de l’exposition et conservateur des collections de la Fondation, s’articule autour de quatre thèmes où la femme occupe une place centrale : les figures dansantes, les maternités, les victoires et les visions poétiques.

2. Joseph Bernard (1866-1931)
Groupe de cinq personnages, vers 1905
Crayon, plume et encre de Chine, lavis et
aquarelle - 40,9 x 31,6 cm
Saint-Rémy-les-Chevreuse,
Fondation de Coubertin

Dans une pénombre savamment orchestrée et protectrice, le parcours se développe sur trois salles. La mise en scène des feuillets, sobrement encadrés, est une belle réussite. Misant sur les jeux de lumière, l’accrochage joue avec les ombres portées de quelques sculptures qui accompagnent l’ensemble. La répartition des thèmes, assez libre, n’est pas chronologique en raison de l’absence de datation de ses dessins par le sculpteur. Bernard emprunte le plus souvent ses motifs à une vision de l’Antiquité douce et rêvée. Mais sa production d’avant-guerre a aussi été marquée par la découverte de Nijinski dans L’Après-midi d’un faune, rejoignant les préoccupations de Bourdelle et Rodin à la même époque. Sur des supports parfois inattendus et précieux, l’artiste a autant dessiné pour penser sa sculpture que pour s’évader dans un monde éthéré et imaginaire. Il a fait usage de techniques mixtes, d’aquarelle ainsi que d’encres de couleurs telles que les emploient les écoliers. Mais ses plus beaux dessins sont sans aucun doute ceux à l’encre noire, plus austères et graphiques. Equilibré et harmonieux, l’œuvre dessiné de Joseph Bernard demeure cependant contemplatif et d’une haute valeur décorative. Il ne faut pas y chercher un esprit d’expérimentation formelle mais une poétique juste charmante et parfois naïve.

3. Joseph Bernard (1866-1931)
Jeune couple dans un jardin, 1910-1913
Aquarelle sur crayon - 28,2 x 18,5 cm
Saint-Rémy-les-Chevreuse,
Fondation de Coubertin

L’exposition de l’Orangerie de Versailles permet de faire le point sur la biographie de Joseph Bernard et de rappeler l’importance de sa formation classique à l’Ecole des Beaux-Arts. On y constate également que la notoriété de Bernard de son vivant, au travers des expositions et des commandes, dépasse de loin sa postérité. Grâce à quelques documents photographiques, le visage de ce contemporain de Maillol et de Pompon se révèle dans une humanité touchante. Victime de graves troubles de santé à partir de 1913, il n’a dessiné et sculpté qu’au prix d’un dépassement de lui-même. Cela rend d’autant plus admirable son œuvre de statuaire, bien représentée au Musée d’Orsay à travers La Jeune fille à la Cruche et la frise de La Danse, une taille directe exposée avec succès à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925.

Le petit catalogue édité à l’occasion de l’exposition comporte plusieurs essais dont un texte de Paul-Louis Rinuy, professeur d’Histoire de l’art à l’Université Paris VIII et connaisseur de l’œuvre de Bernard. Cette publication, joliment mise en page et illustrée, est une bonne entrée en matière pour l’œuvre de ce sculpteur auquel la Fondation de Coubertin avait consacré un gros catalogue raisonné en 1989.

Catalogue : Pascale Grémont Gervaise et P.L. Rinuy, Dessins de joseph Bernard, 1866-1931, Conseil général des Yvelinen, 2007, 56 p. ISBN : 2-908309-23-8.

Informations pratiques : Versailles, Orangerie du domaine de Madame Elisabeth, 26, rue Champ Lagarde, 78000 Versailles. Tél : + 33 (0)1 30 83 14 67. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 13 h à 18 h. Entrée libre. Site de l’exposition


Claire Maingon, samedi 1er décembre 2007



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