Chronique Semaine de l’Art n° 28 : Des DRAC impuissantes ?


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 28 du 2 octobre 2014. La retranscription est accessible seulement aux abonnés.

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La façade de l’hôtel de Salm défigurée par une verrière
Photo : Didier Rykner

On ne sait exactement où en est la loi sur le patrimoine que voulait faire passer Aurélie Filippetti et dont le vote s’est vu reporté de mois en mois. Nous avons souvent dit sur La Tribune de l’Art que ce projet nous paraissait dangereux car il détricotait des textes a priori très efficaces, pour reconstruire une loi un peu bancale et qui, surtout, risquait d’être amendée par le parlement d’une telle manière qu’il finisse par la vider de sa substance et aboutisse à un texte laissant le champ libre aux démolisseurs.
Nos lois patrimoniales ont en effet longtemps fait la preuve de leur efficacité, au moins pour ce qui concerne les monuments protégés. Elles servent d’ailleurs souvent d’exemples à l’étranger et beaucoup de pays, notamment en voie de développement, s’en sont inspirés lorsqu’il s’est agi pour eux de mettre en place une protection de leurs monuments.

Mais ces lois ne peuvent fonctionner que si ceux qui sont en charge de les faire appliquer en ont les moyens et possèdent une conscience aigüe de leurs responsabilités et de leurs devoirs. Peut-on vraiment dire qu’il en va toujours ainsi ? On peut réellement en douter.
Des affaires comme celles de la pergola du Musée Picasso (voir notre brève du 27/9/14), ou de la clôture vitrée que vient d’installer le palais de la Légion d’honneur (voir notre brève du 1/10/14) démontrent, venant après bien d’autres, qu’il ne sert à rien de classer ou d’inscrire les monuments historiques si n’importe qui peut s’affranchir de ces protections. Dans les deux cas, on a affaire à des monuments classés et se trouvant dans des secteurs sauvegardés. Leur dénaturation devrait donc être impossible. Il suffit pourtant que des organismes d’État, officiels, veuillent faire n’importe quoi pour qu’ils le puissent. Le Musée Picasso veut installer dans son jardin et devant sa façade une structure en fer aussi laide qu’inutile, il obtient toutes les autorisations. La grande chancellerie de la Légion d’honneur demande à cacher en partie son bâtiment derrière une barrière vitrée qui va le dénaturer, on s’empresse de lui accorder ce qu’elle demande. Cela vient après beaucoup d’autres exemples : la ville de Paris voulant construire un stade sur un site classé, les Serres d’Auteuil, ou la Samaritaine souhaitant détruire un ilot entier d’architectures anciennes dans le périmètre d’un monument classé, le Louvre, et au cœur de Paris… À bien y réfléchir, beaucoup de ces scandales récents se déroulent dans la capitale. On peut donc s’interroger sur la manière dont la DRAC Île-de-France gère son activité, et si elle n’est pas entièrement soumise aux diktats des politiques. Ceci est d’autant plus grave que ces derniers, une enquête du mensuel Beaux-Arts Magazine le montre bien, sont désormais incultes pour la plupart.

Le système semble à bout de souffle. Et s’il faut changer les choses, ce ne sont probablement pas les textes, mais la possibilité de passer outre, aussi facilement que s’ils n’existaient pas. Il faudrait donner une véritable indépendance du pouvoir politique à ceux qui prennent les décisions et qui sont chargés de faire appliquer la loi, tout en prenant soin que ceux-ci soient de véritables hommes de l’art, pas des fonctionnaires arrivés là pour on ne sait quelle bonne ou mauvaise raison. Est-il normal que les « conservateurs régionaux des monuments historiques », c’est leur titre, puissent assumer la responsabilité qui est la leur sans forcément avoir les compétences d’historien de l’art, nécessaires à une telle fonction ? Poser la question, c’est y répondre. Certains n’ont de conservateurs que le nom.


Didier Rykner, jeudi 2 octobre 2014





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