Delacroix et la photographie


Paris, musée Eugène Delacroix, du 28 novembre 2008 au 2 mars 2009.

1. Eugène Delacroix (1798-1863)
L’Odalisque, 1857
Huile sur toile - 35,5 x 30,5 cm
Collection particulière
Photo : D.R

Dès sa naissance, la photographie fut étroitement liée à la peinture. D’ailleurs, ses premiers adeptes étaient souvent des peintres. Qui, mieux que le Musée Eugène Delacroix, pouvait présenter les rapports complexes que cet artiste entretint avec ce média ? Ceux qui n’auront pu voir l’exposition (qui se termine dans quelques jours) se référeront à son catalogue qui fait le point sur une question déjà plusieurs fois étudiée, tout en proposant quelques découvertes. A l’exception d’une Odalisque à l’huile sur toile (collection particulière ; ill. 1), qui constitue un rare exemple de peinture inspirée (très librement) d’un cliché, et de portraits de Delacroix par Nadar ou Carjat, les dessins et photographies présentés sont des œuvres mineures en elles-mêmes, presque des documents. L’important ici est de comprendre quel rôle la photographie jouait pour Delacroix. Il était pour une fois justifié de ne pas consacrer des notices à chaque dessin ou à chaque photo, la démonstration passant davantage par le texte et par l’illustration que par l’étude individuelle des croquis.

Le discours s’articule autour d’un album de photographies dues à Eugène Durieu. Ce personnage insolite, à la fois fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, nègre d’Alexandre Dumas et photographe amateur, fut, avec Delacroix l’un des fondateurs de la Société héliographique en 1851. L’album contient 32 photos qui se décomposent en quatre séquences. On mettra de côté la première (une photo) et la dernière (trois photos), qui sont probablement par Eugène Durieu sans l’intervention de Delacroix..

2. Eugène Durieu (1800-1874)
Nu masculin assis de face sur une peau
de panthère, jambes croisées

Papier salé d’après négatif papier -
17,5 x 12,8 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF

3. Eugène Delacroix (1798-1863)
Deux études de nus masculins, l’un debout,
l’autre assis
, 8 août 1855
Mine de plomb - 23 x 21,9 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Michèle Bellot


Les deux séances de pose qui se déroulèrent en novembre1853 et juin 1854, témoignent d’une véritable collaboration entre les deux artistes. Durieu réalisa, sur les indications de Delacroix, des clichés montrant un homme et une femme, des modèles professionnels, dans des attitudes variées avec quelques rares accessoires : une peau de panthère, une perche, une caisse (ill. 2)... Ces photos diffèrent de celles prises par Durieu seul ; elles sont moins composées et surtout plus floues, d’une imprécision volontaire souhaitée par le peintre pour laisser toute latitude à l’imagination. A partir de ces photos, Delacroix réalisa toute une série de dessins, dont plusieurs ont été retrouvés et identifiés, et qui sont placés en regard de leur modèle (ill. 3). Sauf pour l’Odalisque, dont nous parlions plus haut, il ne semble pas avoir réutilisé ces poses dans des tableaux. Ces croquis, qu’il griffonnait en toutes circonstances (l’un d’entre eux est exécuté alors que l’artiste assiste à une cérémonie à Notre-Dame), sont comparables à ce que seraient des gammes pour un musicien. Si leur valeur esthétique est inférieure à ce que l’on est en droit d’attendre de Delacroix, leur intérêt réside dans ce qu’ils nous apprennent de ses méthodes de travail.

4. Gaspar-Félix Tournachon, dit Nadar (1820-1910)
Eugène Delacroix assis de trois-quarts face, la main
dans le gilet
, 1858
Papier salé - 24,5 x 18 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
Photo : BnF

L’exposition aborde tous les aspects des rapports entre le peintre et la photographie. On verra ainsi quelques exemples de reproductions d’œuvres d’autres artistes dont il put ensuite s’inspirer, comme l’Elévation de la Croix de Rubens, ou de ses propres tableaux et dessins, qui furent parfois commercialisés ou utilisés pour illustrer des livres. Ses rares portraits photographiés sont tous montrés, notamment celui de Nadar, incontestablement le plus beau (ill. 4). Delacroix détestait son image (il n’exécuta que peu d’autoportraits) à tel point qu’il exigea la destruction du cliché. Requête que Nadar se garda bien, heureusement, de satisfaire.

Commissaire : Christophe Leribault.

local/cache-vignettes/L115xH145/Couverture_Delacroix_Photographie-b5603.jpgSous la direction de Christophe Leribault, Delacroix et la photographie, Editions Le Passage, 157 p., 28 €. ISBN : 9782847421248.


Informations pratiques  : Musée national Eugène , 6, rue de Furstenberg, 75006, Paris. Tél : 01 44 41 86 50. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 17 h. Tarif : 5 €


Didier Rykner, jeudi 26 février 2009



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