Découverte du peintre Miquel Bestard (1592-1633) à Palma de Majorque


1. Miquel Bestard (1592-1633)
Saint Antoine abbé
Huile sur toile - 176 x 136 cm
Majorque, collection particulière
Photo : Jaume Gual-Sa Nostra

30/3/07 – Exposition– Palma de Majorque, Centre de Cultura « Sa Nostra » – Après les monographies sur les artistes majorquins Guillem Mesquida et Miquel Pont Cantallops (voir l’article), Marià Carbonnel Buades approfondit à nouveau son investigation de la période baroque aux Baléares en ressuscitant la carrière du principal peintre actif dans le premier tiers du XVIIe siècle, Miquel Bestard i Cirer (1592-1633)1, mort prématurément. Il est l’auteur de deux groupes d’œuvres bien distinctes, conservées dans les églises et monuments de la région. Des peintures religieuses déjà répertoriées sous son nom, mais aussi un important corpus profane qui était tombé dans l’anonymat et qu’on attribuait jusqu’ici au « pintor loco », non pas à cause d’une quelconque démence de cet inconnu, mais en raison de leur style échevelé et extravagant.


2. Miquel Bestard (1592-1633)
L’Immaculée Conception
Dimensions et technique non précisées
Palma, église de Monti-sion
Photo : Jaume Gual-Sa Nostra

3. Miquel Bestard (1592-1633)
Vue de la ville de Majorque depuis la mer
Huile sur toile - 176 x 136 cm
Majorque, collection particulière
Photo : Jaume Gual-Sa Nostra


Les premières, réalisées dans la décennie 1620-1630, témoignent de l’influence du réalisme moderne de l’école valencienne où se mêlent encore des souvenirs maniéristes. L’apport des gravures flamandes est notamment sensible dans les représentations de saints au milieu de vastes paysages (ill.1), l’iconographie tridentine du courant « senza tempo » italien2 transparaissant dans d’autres retables, comme l’Immaculée Conception (ill. 2). Le renouveau de la dévotion à Ramon Llul, à la suite de sa canonisation, lui fournit diverses commandes. Contrairement à ses collègues et malgré l’époque dévote, Miquel Bestard travaille beaucoup pour des particuliers. Sa spécificité réside dans de très grandes toiles à sujets profanes relatant des batailles navales, des naufrages, des assauts de turcs contre les maures, des paysages avec des ermites, ou encore des vues maritimes de la baie de Palma (ill. 3). La plupart comprennent des descriptions de navires et de galères qui réjouiront les spécialistes.
Plusieurs grands formats spectaculaires illustrant des Incendies de Troie (ill. 4), et autre destruction de Sodome , ne sont pas sans rappeler les effets lumineux et les minces personnages évanescents de Donducci-Mastelleta, ou les visions de Monsù Désiderio, du portugais Diogo Pereira3 ou du castillan Juan de la Corte.

4. Miquel Bestard (1592-1633)
L’Incendie de troie
Huile sur toile - 180 x 230 cm
Majorque, collection particulière
Photo : Jaume Gual-Sa Nostra

L’auteur, comme dans ses précédentes publications, reconstitue la vie de l’artiste, dresse un catalogue le plus complet possible, reproduit en couleur les œuvres exposées mais aussi d’autres non déplacées (par exemple les tableaux conservés à Valence) et, surtout, les met en rapport à la fois avec le contexte européen ainsi qu’avec de nombreuses illustrations de peintres contemporains locaux encore moins connus4. Les essais introductifs constituent un panorama de la première moitié du XVIIe siècle aux Baléares, restituant tout un milieu culturel ignoré, humaniste, achetant des peintures mythologiques, et étudient les conditions économiques de la création. Le texte est écrit de façon suffisamment limpide pour qu’il soit intelligible à ceux qui ne maîtrisent pas le catalan.

Exposition : Cendres de Troia El pintor Miquel Bestard (1592-1633), Palma de Majorque, Centre de Cultura « Sa Nostra » Caixa de Balears, du 23 février au 20 avril 2007.

Site internet de l’exposition

IMG/jpg/Couverture_Bestard.jpgCatalogue par Marià Carbonell Buades Cendres de Troia El pintor Miquel Bestard (1592-1633), Fundació « Sa Nostra », 2007, 188 p., en catalan, 20 €. ISBN 13 : 978-84-96031-91-3


Michel de Piles, vendredi 30 mars 2007


Notes

1. L’auteur avait déjà donné un article pionnier en 1996 dans la Revue Locus Amoenus, téléchargeable en pdf sur internet. L’exposition comprend cependant de nouvelles découvertes d’archives et des œuvres inédites, reproduit les autres en couleur, ce qui change tout.

2. Suivant la définition donnée par Federico Zeri, Pittura e controriforma : l’art senza tempo di Scipione da Gaeta, Einaudi, 1957 (réédition Neri Pozza, 1997)

3. Voir le catalogue de l’exposition Rouge et or : trésors du Portugal baroque, Musée Jacquemart-André, Paris, 25 septembre 2001 - 25 février 2002, GRI Musée Jacquemart-André-Institut de France, 2001 .

4. Gaspard Oms, Josep Onofre Borràs, Gregori Bauçà, Antoni Reus…



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