Découverte de la signature de Jan van Haensbergen sur un tableau hollandais du Louvre


Jan van Haensbergen (1642-1705)
Intérieur avec une mère allaitant son enfant

11/10/03 - Découverte - Paris, Musée du Louvre - En réserve au musée du Louvre depuis de nombreuses années, un tableau représentant un Intérieur avec une mère allaitant son enfant (ill.) vient d’être raccroché (Aile Richelieu, second étage, salle 35, Inv 1549). Lors de la saisie Vialard de Saint-Maurice, il fut inscrit sur les inventaires comme une copie d’après Frans Van Mieris le vieux, ce qui était assez bien situé. Au début du XXe siècle, il était considéré comme un original de cet artiste1 avant d’être relégué dans l’anonymat2 . Le nettoyage récent de cette peinture et la technologie actuelle ont permis de lire correctement la signature un peu inattendue de Jan van Haensbergen (1642-1705), dans le fond sombre au-dessus du meuble, et la date de 1675. Plus connu aujourd’hui pour ses pastiches de Poelenburgh et ses portraits à la Netscher, Haensbergen s’est surpassé dans cette scène de genre, typique de la manière fine hollandaise. Arrivé à La Haye en 1669, il était considéré de son vivant comme un artiste important de cette ville. Il y devint directeur de la Guilde des artistes et de l’Académie de dessin, et eut droit à une biographie par Houbraken.
Il arrive de temps en temps que la redécouverte d’une signature étonne les spécialistes qui ne l’attendaient pas et viennent changer les hiérarchies établies. Pour rester au Louvre, celle de Caroto sur un portrait italien a modifié, il y a 20 ans, la perception de ce peintre et de la peinture à Vérone vers 1500 ; ou celle sur le tableau de Jacob Bunel acquis récemment, qui a révélé chez ce décorateur bellifontain une tendance nordique et vénitienne documentée dans les textes de l’époque mais dont on n’avait pas encore d’exemple. De la même façon, au Musée d’art ancien de Bruxelles, un tableau représentant un Orfèvre et sa famille vient d’être rendu au peintre Jan De Herdt (1610/30 - 1668/88) dont l’activité était jusqu’à présent mal connue3.
Il y a quinze ans paraissait le catalogue illustré des peintures des écoles du nord du Louvre et il y a dix ans exactement, celles-ci étaient redéployées dans l’aile Richelieu. La recherche en histoire de l’art, des découvertes fortuites aussi, des campagnes systématiques de nettoyages et de réencadrements, font qu’une quinzaine de tableaux ont depuis changé d’attribution, pas toujours dans le sens d’un déclassement d’un maître vers son école4 . Plusieurs peintures, au contraire, ont été réhabilitées et sont exposées : un portrait de Jean Ier duc de Clèves par van der Weyden ; Clélie passant le Tibre de Rubens ; la Jeune Femme jouant du luth jusqu’ici anonyme, désormais “attribuée” à Jan Van den Hoecke ; le Portrait d’Homme maintenant de Cornelis de Vos ; l’Orphée à l’entrée de l’Enfer passé de Poelenburg à Linsen grâce, là encore à la redécouverte de la signature ; le Petit dessinateur classé comme Vaillant devenu un Lievens, le Vieillard en méditation rendu à Gottfried Kneller...


Michel de Piles, samedi 11 octobre 2003


Notes

1. Hofstede de Groot, Beschreibendes und kritisches verzeichnis der werke des hervorragendsten holländischen Maler des XVII. Jahrhunderts, 1928.

2. Catalogue sommaire illustré des peintures du Musée du Louvre, tome 1, 1979, page 162. On l’a aussi donné à un peintre obscur, Jan Van Hoogzaat (1664-vers 1730).

3. Voir sur le site des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

4. C’est cependant le cas du Portrait de Femme âgée de Frans Hals, du Portrait de Titus de Rembrandt et de deux portraits de Aert de Gelder qui sont contestés par certains historiens.



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