Découverte d’un tableau disparu de Léon Bénouville


1. Léon Bénouville (1821-1859)
Le Départ de Protésilas, 1851
Huile sur toile - 297 x 229 cm
Hermes (Oise), Mairie
Photo : D. R.

25/01/12 - Découverte - Hermes (Oise), Mairie - Les églises, mais aussi les mairies et autres lieux publics, nous réservent encore de belles surprises. Ainsi, grâce à la perspicacité d’un jeune conseiller municipal1, vient d’être « découvert » dans la commune de Hermes, à proximité de Beauvais, un tableau important de Léon Bénouville, disparu pratiquement depuis sa création. Il s’agit du Départ de Protésilas, envoi de Rome de 1851, grande toile de 297 x 229 cm. Le sujet, peu fréquent en peinture, s’inspire de la mythologie grecque : Protésilas, héros thessalien, à peine marié à Laodamie, part pour la guerre de Troie où il est tué par Hector conformément à un oracle qui prédisait la mort au premier grec qui foulerait le sol troyen. Inconsolable de la perte de son époux, Laodamie fait fabriquer un mannequin de cire à son effigie. Son père, désolé de la voir se complaire ainsi dans le malheur, jette le mannequin au feu, la jeune femme le suit et périt brûlée vive.

Comme souvent chez Léon Bénouville, la composition du Protésilas a fait l’objet de nombreux dessins préparatoires. Marie-Madeleine Aubrun, auteur d’une monographie sur l’artiste2, avait pu rassembler un certain nombre de feuilles autour du sujet. Toutefois, n’ayant qu’une idée imprécise de l’œuvre, d’après les descriptions qui en avaient été faites à l’époque de sa présentation, elle avait écarté quelques dessins qui à présent viennent renforcer le corpus des études préparatoires au tableau.
Présenté au Salon de 1852 sous le n° 81, Le Départ de Protésilas ne suscite guère l’enthousiasme et s’attire des critiques portant essentiellement sur le côté trop académique et convenu du héros et de son compagnon au premier plan3. Le tableau est rapidement oublié et occulté par le succès du « Saint François d’Assise transporté mourant à Sainte-Marie-des-Anges, bénit la ville d’Assise » exposé l’année suivante.


2. Signature de Léon Bénouville
sur Le Départ de Protésilas
Hermes (Oise), Mairie
Photo : D. R.

3. Léon Bénouville (1821-1859)
Le Départ de Protésilas, 1851, détail
Huile sur toile - 297 x 229 cm
Hermes (Oise), Mairie
Photo : D. R.


4. Léon Bénouville (1821-1859)
Le Départ de Protésilas, 1851, détail
Huile sur toile - 297 x 229 cm
Hermes (Oise), Mairie
Photo : D. R.

Il est toujours intéressant de savoir comment un tableau de cette importance est arrivé dans une petite commune de l’Oise. Le procès-verbal de la vente après décès de Léon Bénouville en mai 1859 mentionne un Protésilas vendu pour la somme de 400F à un certain Moric (?). Ce personnage pourrait correspondre à Théodore Gaitas dit « Morin » (1807-1882), fabricant de passementeries à Saint-Just-des-Marais près de Beauvais, maire de Hermes de 1870 à 1876, propriétaire du château de Marguerie dans ladite commune. A sa mort, sa veuve, Aline Leclère, vend le château avec ses meubles à Louis-Jacques Legendre, homme de lettres, poète, metteur en scène de théâtre. C’est ce dernier qui fait don du tableau de Bénouville à la municipalité en 1886. Depuis cette date, le Départ de Protésilas est exposé dans une salle de la mairie de Hermes, dans une belle indifférence !

Le tableau, qui est dans un état moyen, devra subir une restauration. Il a d’ores et déjà été Inscrit Monument historique et devrait passer prochainement en Commission nationale pour un classement.

English Version


Richard Schuler, mercredi 25 janvier 2012


Notes

1. Monsieur David Jehanne.

2. Marie-Madeleine Aubrun, Léon Bénouville, Paris, 1981.

3. Les frères Goncourt écrivent à propos du tableau : « On n’a pas à reprocher à M. Benouville, comme à je ne sais quel artiste de 1810, d’avoir mis dans une scène qui se passe à l’époque de la guerre de Troie, l’Apollon du Belvédère. Les colonnes, les fresques, les dieux domestiques, les lauriers-roses même, sont d’un homme qui n’ignore pas sa couleur locale grecque. C’est quelque chose, mais ce n’est pas tout. Le Protésilas de M. Benouville, partant de la jambe gauche, le bras droit en arrière, indécis s’il tournera la tête, est dans la pose de toutes les académies qui partent pour un voyage ».



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