17/12/10 - Disparition - C’est avec tristesse que La Tribune de l’art a appris la disparition avant-hier 15 décembre 2010 à Bruxelles d’Adrienne Fontainas à l’âge de 81 ans. Personnalité bien connue des musées et des milieux universitaires à la croisée des disciplines (arts, littérature, musique), Adrienne Fontainas, qui était à la fois érudite, collectionneur et éminente bibliophile, ne refusait jamais son aide, et ses prêts, à ceux qui faisaient appel à elle.
Fille de l’auteur dramatique Armand Thibaut de Maizières, apparentée à Fernand Khnopff et, plus lointainement à Ferdinand Rops, mais aussi, par son mariage, à Emile Verhaeren et au poète symboliste André Fontainas, elle possédait une connaissance approfondie et sensible de la fin du XIXe siècle et de toutes ses manifestations artistiques. Auteur de nombreux essais (parmi lesquels on peut citer « Odilon Redon et ses amis belges » paru dans l’ouvrage collectif Belgium, the Golden Decades 1880-1910, dirigé par Jane Block à New York en 1997), ainsi que de remarquables traductions vers le français de nombreux catalogues d’expositions, Adrienne Fontainas était surtout l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l’histoire du livre et de ses relations avec les arts plastiques en Belgique. On lui doit en particulier, en collaboration avec son époux Luc Fontainas, l’indispensable monographie consacrée au libraire et éditeur de Mallarmé à Bruxelles Edmond Deman, Art et édition au tournant du siècle, préfacée par Alan Raitt (Bruxelles, Labor, 1997, primé par la Communauté française de Belgique), le catalogue raisonné des ornements typographiques de Theo van Rysselberghe (Pandora, 1997) et, en 1999, préfacé par François Chapon, le catalogue des Publications de la librairie Deman publié par les Archives et Musée de la littérature.
Dépositaire du fonds André Fontainas après la disparition d’Anne-Romaine, fille du poète, c’est aux efforts d’Adrienne Fontainas que l’on doit l’entrée de ces riches archives et la reconstitution du « Cabinet Fontainas » à la réserve précieuse de l’Université Libre de Bruxelles il y a quelques années. Mélomane avertie, Adrienne Fontainas s’intéressait aussi aux partitions illustrées et enrichies d’envois ; elle avait conçu en 2002 une passionnante exposition en collaboration avec Malou Haine à la Bibliotheca Wittockiana (Quelques notes de musique et d’amitié…), montrant des pièces majeures de sa propre collection mais réunissant aussi de nombreux prêts prestigieux. Vice-présidente de l’Association Internationale de Bibliophilie, dont elle venait d’organiser courageusement et avec grand succès le congrès annuel en Belgique, historienne du livre unanimement reconnue, Adrienne Fontainas ne laissait personne indifférent ; à son savoir, son professionnalisme et son exquise gentillesse s’ajoutaient un enthousiasme, une fantaisie (ne volait-elle pas en parapente à 75 ans passés ?), une jeunesse d’esprit et une joie de vivre communicative que la maladie elle-même n’était pas parvenue à entamer. Avec elle s’efface un peu plus une certaine idée de la recherche dont les exigences et la rigueur intellectuelles n’excluent pas la dimension sensible et la relation vraie avec les couleurs de la vie. Cette disparition ne bouleversera donc pas seulement ses proches mais aussi tous les chercheurs, bibliophiles et collectionneurs qui avaient la chance de la connaître. La cérémonie religieuse sera célébrée lundi 20 décembre à l’église Notre-Dame-du-Rosaire à Uccle.
