Par chance, l’Institut Néerlandais n’a pas assez d’argent pour se payer un décorateur ou un architecte. En revanche, il possède des murs et des cadres anciens. Il a également des dessins, de sa collection ou prêtés par d’autres institutions, qu’il entoure des seconds et pose sur les premiers. Cela donne des expositions remarquables, où l’on regarde les œuvres sans s’encombrer d’une mise en scène aussi chic que toc.
Fidèle à sa vocation, il présente aujourd’hui des dessins français du XVIIIe siècle du Rijksmuseum. La limite chronologique est floue, puisqu’un portrait d’Ingres et un dessin ossianesque de Girodet terminent la démonstration. On ne s’en plaindra pas, au vu de la qualité des feuilles. Celles-ci sont assez peu connues : on ne s’attend jamais à trouver de l’art français dans les musées Hollandais, selon un préjugé tenace dont Pierre Rosenberg, dans la préface du catalogue d’une exposition - déjà à l’Institut Néerlandais - sur les peintures françaises dans les collections hollandaises, soulignait l’inconsistance.
La sélection proposée présente un panorama varié : du dessin décoratif ou d’architecture (impressionnant projet de plafond pour un hôtel de La Haye, par Daniel Marot, artiste huguenot expatrié aux Pays-Bas) aux paysages (une inattendue Vue du Parc et du château de Saint-Cloud par Trinquesse) en passant par des projets d’illustration d’Oudry pour les fables de La Fontaine ou des études pour des peintures d’Histoire (Jean Restout : Io métamorphosé en génisse rencontre son père Inachos et ses sœurs), tous les genres sont représentés. Watteau et Boucher, le premier avec huit feuilles, le second avec douze, se taillent la part du lion avec Fragonard (six dessins exposés). Ceci s’explique par le legs important effectué par le collectionneur Fritz Mannheimer. Celui-ci, comme nous l’apprend le catalogue, s’attachait aux grands noms. C’est à lui également que l’on doit le portrait de Lady Bentick d’Ingres, daté de 1815.
Si le catalogue est d’un format très pratique, et offre de bonnes reproductions en couleur de toutes les œuvres exposées, on peut regretter l’absence d’historique et la curieuse idée de rejeter les références bibliographiques à la fin, en mélangeant celles-ci avec des notes sans aucun renvoi à celles-ci dans les notices. Le texte lui-même, dû à Robert Jan te Rijdt, conservateur au Rijsprentenkabinet, aurait gagné à être plus concis.
