
1. Orazio Gentileschi (1563-1639)
L’Annonciation, 1623
Huile sur toile - 289 x 198 cm
Turin, Galleria Sabauda
Photo : Wikipedia
Une exposition qui consiste uniquement à déplacer les œuvres d’un musée pour les présenter dans un autre peut se justifier dans quelques cas bien précis, par exemple lorsqu’il s’agit de dessins, que l’on ne peut montrer en permanence dans leur lieu de conservation, ou lorsque le musée d’origine est fermé pour travaux, ou encore lorsque l’événement ne se contente pas de juxtaposer les principaux chefs-d’œuvre mais organise un véritable discours d’histoire de l’art…
Celle présentée au Palais des Beaux-Arts rentre principalement dans la deuxième catégorie, même si quelques œuvres proviennent d’autres musées piémontais. La Galerie Sabauda vient de fermer ses portes et rouvrira en 2011 dans une aile du Palais Royal, dans de plus grands espaces. Il s’agit ici d’évoquer le destin des collections des ducs de Savoie. Le catalogue qui l’accompagne, malgré des photographies parfois de mauvaise qualité, bénéficie d’essais utiles sur l’histoire du musée et sur l’art à la cour de Turin. Les notices, très factuelles, sont assez complètes.
Cette exposition, possède bien des qualités : un parcours clair, de beaux tableaux, des cimaises aux coloris bien choisis... Elle souffre néanmoins de deux défauts majeurs de présentation. Une fois encore, on sacrifie à la mode pénible de la dramatisation par la lumière. Les salles sont plongées dans la pénombre et les œuvres sont éclairées par des spots lumineux. Même si l’on finit par s’habituer à cette obscurité et si le problème s’atténue au fur et à mesure de la visite, il faudra un jour qu’on nous explique la raison d’une telle mise en scène qui nuit à la contemplation des objets. L’autre souci vient de l’accrochage : certains tableaux sont placés trop hauts, d’autres trop bas et les livres d’heures, posés à plat, sont quasiment invisibles.

2. Anton Van Dyck (1599-1641)
Les enfants de Charles Ier d’Angleterre, 1635
Huile sur toile - 151 x 154 cm
Turin, Galleria Sabauda
Photo : Service de presse
L’exposition commence par une salle consacrée aux grands portraits de la cour de Savoie. On y admirera un Portrait équestre de Christine de France en Minerve de Charles Dauphin, cet élève de Simon Vouet d’origine lorraine qui fit sa carrière à Turin et dont on verra plus loin un grand Massacre des enfants de Niobé. La deuxième section, consacrée aux primitifs, est la plus faible malgré la présence d’un Mantegna « et atelier », la part de ce dernier semblant prééminente. Le XVIIe siècle, au contraire, est de premier ordre. Cette section, riche d’un grand Cerano et d’un Christ au Mont des Oliviers de Francesco del Cairo, est surtout illuminée par un chef-d’œuvre fort connu, l’extraordinaire Annonciation d’Orazio Gentileschi (ill. 1). Pour les flamands, on retiendra le charmant tableau de Van Dyck représentant les enfants de Charles Ier (ill. 2).
Un joli cuivre de Guglielmo Caccia, dit le Moncalvo, représentant Abraham et les trois anges, est entré dans les collections turinoises en 1992 seulement. Le musée turinois s’enrichit ainsi régulièrement, et l’histoire récente de ses collections est également abordé. On verra ainsi un panneau d’Isidore Bianchi, Amédée VIII duc de Savoie avec le roi de France Charles VI, acquis chez Christie’s en juin 2007 (ill. 3) par la Compagnia di San Paolo.

3. Isidore Bianchi (1581-1662)
Amédée VIII, duc de Savoie avec
le roi de France Charles VI
Huile sur panneau - 17 x 12 cm
Turin, Galleria Sabauda
Photo : D. R.

4. Bernardo Bellotto (1722-1780)
Vue de Turin depuis le jardin royal, 1745
Huile sur panneau - 128,5 x 174 cm
Turin, Galleria Sabauda
Photo : Service de presse
Pour le Settecento, on retiendra particulièrement une Vue de Turin de Bernardo Bellotto (ill. 4). Les grandes esquisses de plafond de Claudio-Francesco Beaumont sont de belle qualité, mais moins séduisantes que celles des artistes romains ou napolitains. Giuseppe Maria Crespi est représenté par un de ses meilleurs tableaux, Saint Jean Népomucène confessant la reine de Bohème, qui aurait mérité une meilleure place dans l’accrochage. Un impressionnant Saint Pierre sur sa cathèdre, que l’on pensait une copie, vient d’être réattribuée avec certitude à Anton Raphaël Mengs. Elle conclut l’exposition, au moins pour les peintures, puisque la dernière salle est dédiée à quatre tapisseries, acquises en 1946, représentant Les parties du monde. Si l’auteur des cartons est inconnu, plusieurs tentures comparables ont été répertoriées. Celle-ci a été tissée à Bruxelles vers 1750-1756 par l’atelier de Frans van der Borght.
Sous la direction de Carla Enrica Spantigati, De Van Dyck à Bellotto. Splendeurs à la cour de Savoie, Bozar Books by Umberto Allemandi & C., 2009, 254 p., 35 €. ISBN : 978-88-422-1677-3.
Informations pratiques : Palais des Beaux-Arst, Rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Tél : + 32 (0)2 507 82 00. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h 00 à 18 h 00, le jeudi jusqu’à 21 h 00. Tarif : 9 € (tarif pleins, plusieurs tarifs réduits).
