De Roelandt Savery à Théodore Rousseau : quatre nouveaux paysages au Getty


1. Roelandt Savery (1840-1917)
Paysage avec la Tentation de saint Antoine, 1617
Huile sur panneau - 49,1 x 94 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum

29/12/08 – Acquisitions – Los Angeles, The J. Paul Getty Museum – Le 10 décembre dernier, le musée Getty a annoncé l’achat du Paysage avec la Tentation de saint Antoine de Roelandt Savery (ill. 1), daté de 1617. Caractéristique du passage de la conception maniériste du paysage à celle naturaliste du XVIIe siècle, il témoigne également d’une demande, nouvelle à cette époque, des amateurs pour de grand formats représentant la nature.
Savery, au service de l’Empereur Rodolphe II à Prague, avait longuement voyagé en 1606 dans le Tyrol et exécuté des dessins et des petits formats représentant des forêts. De retour à Amsterdam et à Utrecht, il les utilisa pour concevoir de vastes paysages, avec plusieurs points de fuite, striés de coups de lumière, de cascades et de montagnes, très étrangers à la géographie des Pays-Bas. L’aspect grandiose et héroïque des éléments évoque certains tableaux de Kerstiaen de Keuninck. Au premier plan, l’artiste rappelle ses talents reconnus de peintre animalier et se sert de l’anecdote du saint dans sa retraite, à gauche, comme réflexion sur la place de l’homme dans la nature, thématique fréquente chez les peintres contemporains, de Bril à Jan Brueghel l’ancien, et qui se perpétuera à l’époque baroque (Poussin, Claude, …)


2. Auguste Rodin (1840-1917)
Sphinx, vers 1898-1900
Lavis brun et crayon - 48,3 x 31,7 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum

En dépit de ses qualités bien réelles, le ton dithyrambique du communiqué de presse du musée est un peu exagéré. Il s’agit d’une acquisition importante certes, mais pas aussi fondamentale qu’ils le prétendent (au point de parler d’ « une des plus importantes œuvres disponible depuis plusieurs décennies ») l’artiste étant régulièrement présent sur le marché de l’art [1]. Le communiqué péche par omission en de se gardant bien d’indiquer la provenance récente du panneau. Il appartenait à Brian et Esther Pilkington qui le prêtaient à la National Gallery de Londres. Le Getty a pu l’acheter, suite à deux années de négociations, le ministère anglais de la Culture l’ayant jugé non patrimonial et laissé sortir du pays, confronté à d’autres problèmes bien plus importants (voir brève du 28/8/08) et à une baisse des crédits, que la récente crise financière ne va faire qu’aggraver [2]. Ce n’est pas la première fois que le Getty convoite des peintures en prêt à Londres (par exemple la Madone aux œillets de Raphaël) ou du patrimoine anglais (voir brève du 8/9/04), des Trois Grâces de Canova aux bronzes de Cipriani (voir brève du 22/10/08). Cela ne fait que confirmer son penchant pour les œuvres provenant de musées européens (voir la brève du 19/7/05). On comprend mal que cette institution ne soit pas capable de mener sa propre politique d’acquisitions sur le marché de l’art, au lieu de ne chercher pour ses achats que la caution muséale des autres établissements Le temps où les musées du monde entier tremblaient devant la puissance d’achat du Getty et les choix opportuns de son directeur Burton Fredericksen semble bien terminé, et la baisse de 25 % de son fonds d’endowment que révélait récemment l’Associated Press va encore diminuer ses ressources. A l’époque, le Getty évitait les doublons avec les autres collections de Los Angeles. Dans le cas précis du Savery, le Norton Simon Museum en possède un, depuis 1972, tout aussi beau et important que le nouveau du Getty.

Le même communiqué de presse annonce aussi l’achat d’un dessin de Rodin, Sphinx (ill. 2), montrant un nu féminin dans un paysage avec un palmier, daté 1898-1900, très caractéristique de l’érotisme des œuvres graphiques du grand sculpteur, mais bien en deçà du Nu dans l’eau montré par Jean-Luc Baroni au Salon du dessin d’avril dernier. Autre témoignage de ce goût très classique, l’acquisition dans les deux dernières années de trois beaux paysages, particulièrement conventionnels :

3. Hubert Robert (1733-1808)
Démolition du château de Meudon, 1806
Huile sur toile - 113 x 146 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum



- Hubert Robert, Démolition du château de Meudon (ill. 3), acquis en 2007 grâce au fonds récolté par la vente des œuvres données par Peter and Iselin Moller, Dr. Walter S. Udin, et Howard Young [3]

4. Jean-Victor Bertin (1775-1842)
Paysage d’Ile-de-France, vers 1810-1813
Huile sur toile - 35,6 x 47,5 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum


- Jean-Victor Bertin, Paysage d’Ile-de-France acquis en 2008 (ill. 4).

5. Théodore Rousseau (1812-1867)
Trois arbres à Bas Bréau
(forêt de Fontainebleau), vers 1849-1855
Huile sur toile - 90 x 116 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum
Photo : J. Paul Getty Museum



- Théodore Rousseau, Trois arbres à Bas Bréau (forêt de Fontainebleau), acquis en 2007 (ill. 5).

English version


Michel de Piles, lundi 29 décembre 2008


Notes

[1] Le J. Paul Getty possédait déjà trois dessins de Roelandt Savery. Plusieurs musées américains possède des tableaux de Savery, par exemple, le Detroit Museum a acquis en 2001 un Paysage avec l’entrée d’une mine.

[2] La National Gallery expose par ailleurs deux autres peintures de Savery, Orphée et un Vase de fleurs (ce dernier prêté par un collectionneur privé).

[3] Le J. Paul Getty possédait déjà une autre peinture d’Hubert Robert, Un ermite priant dans les ruines d’un temple romain.



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