Après la publication des dessins français du XVIIe siècle (voir l’article), le Musée Fabre poursuit son nouveau chantier de catalogage de ses collections avec un volume consacré aux peintures françaises « de la Renaissance à la Régence ». Le découpage chronologique curieux, qui se continuera avec les peintures françaises de 1730 à 1830, s’explique probablement par le nombre d’œuvres : un tome des peintures anciennes aurait sans doute été trop volumineux, ou un autre sur les peintures antérieures au XVIIIe siècle, pas assez épais.
A cette exception près, ce livre est conforme à ce que l’on peut attendre d’un catalogue de musée : chaque peinture est soigneusement analysée en faisant le point sur les différentes attributions, les notices comportent classiquement une bibliographie et un historique, les œuvres sont toutes illustrées en couleur...
Sans doute est-ce la contrepartie d’une collection déjà largement publiée : le seul regret vient de la rareté des découvertes, que l’on ne peut reprocher à l’auteur qui ne peut pas trouver d’inédit là où il n’y en a pas. Un tableau date du XVe siècle, La Résurrection du Christ avec trois donatrices présentées par sainte Catherine du Maître de Dreux-Budé, peut-être identifiable avec André d’Ypres, et le XVIe siècle n’est représenté que par sept œuvres. Les nouvelles attributions sont rares et malheureusement les quelques très beaux anonymes le sont restés.

1. Ecole française ou italienne, vers 1621-1623
Le Martyre de sainte Cécile
Huile sur toile - 100 x 135 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes

2. Ecole de Nicolas Poussin
Le Baptême du Christ, après 1630
Huile sur toile - 97 x 129 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes
Parmi eux, on retiendra notamment un tableau, Le Martyre de sainte Cécile (ill. 1), qui résiste toujours à l’attribution puisqu’on n’arrive même pas à déterminer s’il s’agit d’une école française ou italienne. Le nom de Poussin qu’il a longtemps porté n’est évidemment plus tenable et la tentative de le donner à Rémy Vuibert a été abandonnée. Olivier Zeder rappelle à raison l’influence du classicisme du Dominiquin sans que cela permette d’aller plus loin.
Une autre toile, beaucoup moins connue, est mise à l’honneur judicieusement. Il s’agit d’un beau Baptême du Christ (ill. 2) qui, là encore, portait une attribution, d’ailleurs beaucoup plus compréhensible, à Nicolas Poussin, et qui reste catalogué comme « Ecole de Nicolas Poussin ».

3. Sébastien Bourdon (1616-1671)
La Déploration du Christ, vers 1665-1671
Huile sur toile - 55,5 x 46 cm
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes

4. Attribué à Samuel Boissière (1620-1703)
Alexandre sacrifiant au tombeau d’Achille, après 1655
Huile sur papier marouflé sur bois - 36,5 x 50 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes
Pour le XVIIe siècle, la politique d’acquisition de ces dernières années a porté ses fruits. Ainsi, le musée a pu s’enrichir depuis le début du siècle d’un Jacques Stella sur ardoise, Sainte Famille avec saint Jean-Baptiste et un très beau Jacques Blanchard, une Madeleine, qui manquait à ses collections (2005) tandis que le fonds de Sébastien Bourdon, déjà conséquent puisqu’il s’agit d’un enfant du pays, s’est enrichi en 2000 d’une Déploration du Christ (ill. 3). A côté des Poussin et des deux Dughet, on pourrait espérer que Montpellier puisse un jour acheter un Claude Lorrain tandis qu’un autre grand peintre français manque à la collection : Philippe de Champaigne.
Notons aussi, en 2002, le legs par Jean-Pierre Rouayroux de deux tableaux : une rare esquisse attribuée à un artiste montpelliérain très peu connu, Samuel Boissière (ill. 4) qu’Olivier Zeder rapproche à raison de l’exemple de Bourdon, et une vue d’architecture donnée à une vague « école de Jean Lemaire ».

5. Pierre Dulin (1669-1748)
Jésus-Christ guérissant des malades
au bord du lac de Génézareth, vers 1705
Huile sur toile - 12,9 x 16,1 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes

6. Jean Raoux (1677-1734)
Offrande à Priape, 1720
Huile sur toile - 89,3 x 73 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Debureaux
Du début du XVIIIe siècle, on signalera deux jolis tableaux de petits maîtres : La Traversée de la Mer Rouge dont l’attribution à François Caumette (dont nous avions vu récemment à Blois l’un des autres rares tableaux connus – voir l’article), un élève montpelliérain de Jean de Troy, est donnée par une inscription au verso, et un Jésus-Christ guérissant des malades au bord du lac de Génésareth (ill. 5), très proche de Jean Jouvenet, de Pierre Dulin dont une Annonciation a récemment été acquise par le Musée d’Evreux (voir la brève du 21/12/07).
Après l’exposition Jean Raoux (voir l’article), signalons le dépôt par le Louvre (non catalogué, car trop récent) que nous appelions d’ailleurs de notre vœu du Portrait de Philippe de Vendôme, et l’acquisition que nous n‘avions pas encore mentionnée, le 7 avril 2010 à Drouot1 pour la somme de 45 000 € (prix marteau), d’un tableau représentant L’Offrande à Priape (ill. 6) qui n’était jusque là connue que par une gravure de Jacques-Firmin Beauvarlet.
Enfin, nous apporterons des précisions à deux notices du catalogue :
46. Atelier d’Eustache Le Sueur, [La Nuit de noces de Tobie : curieusement, le tableau de la collection Milgrom publié par Alain Mérot dans l’exposition au Musée de l’Ile-de-France à Sceaux (voir l’article), et qui a toutes les chances d’être le second peint par Le Sueur pour l’hôtel de la comtesse de Tonnay-Charente, ne semble pas connu de l’auteur. La copie d’atelier de Montpellier (qui, sur photo, semble de qualité moyenne) est d’une composition très différente des deux versions connues (attitude de Tobie et absence de l’archange Raphaël) mais la figure de Sarah se rapproche davantage de la version Paribas que de celle appartenant à la collection Milgrom.

7. Maître de l’Hérodiade de Montpellier
ou Claude Mellan (1598-1688)
Hérodiade portant la tête de saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 116,5 x 95,5 cm
Montpellier, Musée Fabre
Photo : Musée Fabre/F. Jaulmes
47. Maître de l’Hérodiade de Montpellier ou Claude Mellan, Hérodiade portant la tête de saint Jean-Baptiste (ill. 7) : signalons, contrairement à ce qu’écrit Olivier Zeder, qu’il y a bien désormais un tableau attribué avec une quasi certitude à Claude Mellan : Le Christ mené au supplice (Lyon, Musée des Beaux-Arts), identifié par Gilles Chomer, présenté en 2008 à Nantes par Sylvain Laveissière au colloque Simon Vouet en Italie dans une communication sur Claude Mellan peintre (les actes vont bientôt paraître) et publié par lui en 2010 dans L’Estampe au Grand Siècle. Etudes offertes à Maxime Préaud. Il est vrai cependant que cette œuvre, qui a été gravée en sens inverse par Mellan lui-même, est tardive (l’estampe est datée de 1659). Elle n’est donc guère comparable avec l’Hérodiade des années 1620, peinte à Rome que Claude Mellan quittera en 1636.
Pour conclure, il faut signaler que la base de données des collections du musée, dont nous avions signalé la mise en ligne en 2008 (voir la brève du 25/1/08) est maintenant dotée d’images de grandes dimensions et de très bonne qualité. En outre, le Musée Fabre est désormais également le seul, à notre connaissance, à mettre en ligne avec sa base de données les dossiers des œuvres de sa documentation2.
