De David à Courbet. Chefs-d’œuvres du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon


Rennes, Musée des Beaux-Arts, du 4 juin au 28 août 2016.
Dole, Musée des Beaux-Arts, du 14 octobre 2016 au 19 février 2017.
Clermont-Ferrand, Musée d’Art Roger-Quilliot, du 16 mars au 3 septembre 2017.

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1. Vue de l’exposition De David à Courbet
au Musée des Beaux-Arts de Rennes
Photo : Didier Rykner

Fermé pour travaux, le Musée des Beaux-Arts de Besançon en profite pour montrer une partie de sa collection à Rennes, puis à Dole et à Clermont-Ferrand. Le commissariat de cette exposition est assuré par Yohan Rimaud, jeune et brillant conservateur à Besançon, et par Guillaume Kazerouni que l’on ne présente plus aux lecteurs de La Tribune de l’Art. Que celui-ci soit aux commandes suffit à comprendre qu’il ne s’agit pas ici seulement d’exposer des œuvres du musée en cours de travaux, mais bien de profiter de cette occasion pour réaliser un vrai travail scientifique qui apporte son lot de découvertes. Le musée bisontin consacre par ailleurs actuellement d’importants moyens à sa collection ce qui a permis de restaurer et d’encadrer beaucoup d’œuvres.

Plutôt que de montrer une sélection de chefs-d’œuvre de toutes époques, ce qui aurait été la solution de facilité - on découvre donc une étude des peintures de la première moitié du XIXe siècle, accompagnée d’une sélection de dessins. Chaque œuvre exposée fait l’objet d’une notice complète, et le catalogue est enrichi d’un inventaire exhaustif de l’intégralité des tableaux de cette époque que conserve le musée. La présentation, comme habituellement à Rennes, est excellente et sans tape-à-l’œil (ill. 1), entièrement dédiée à la mise en valeur des œuvres. Dans cet article, nous examinerons les nouveautés que proposent les deux commissaires, en suivant le parcours logiquement organisé par thèmes et périodes. Sauf exception, nous ne nous attarderons pas sur les dessins, pour la plupart bien connus comme la série exceptionnelle de feuilles de Jacques-Louis David

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2. Suiveur de Francisco Goya
Femme lisant avec un enfant, vers 1850 ?
Huile sur fer-blanc - 22 x 32,8 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner

L’exposition commence avec l’Espagne et Goya. De ce dernier, le musée conserve deux petits panneaux, des scènes de cannibalisme dont l’attribution n’a jamais été remise en question. Ce n’est pas le cas de quatre autres petits tableaux peints sur fer-blanc (ill. 2). Ils ont été désattribués en faveur de Lucas Velázquez ou de son fils Lucas y Villamil, mais Yohan Rimaud se veut désormais plus prudent et les donne à un suiveur, imitateur de la période tardive de Goya qui reste à identifier. Toutes ces œuvres espagnoles viennent du legs du peintre Jean Gigoux qui forme une partie essentielle de la collection XIXe du musée.

Dans la deuxième section intitulée « David et les mutations de la peinture d’histoire (1790-1810) », nous signalerons Pyrame sauvé par les Mégirions, une esquisse de Gros peu connue (ill. 3) puisqu’elle n’a jamais fait l’objet d’une appréciation critique dans les publications récentes sur cet artiste, bien qu’elle soit entrée sous ce nom.
L’exposition du Musée Magnin sur le thème du Déluge (voir l’article) avait sorti pour la première fois des réserves de Besançon en grand tableau du peintre brugeois Jean-Bernard Duvivier, également présenté à Rennes et qui devrait reprendre sa place sur les murs du musée rénové.


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3. Antoine-Jean Gros (1771-1835)
Pyrrhus sauvé par les Mégariens
Huile sur papier marouflé sur toile - 25,5 x 35,7 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner
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4. Théodore Géricault (1791-1824)
Étude de toit éclairé par le soleil, vers 1817
Huile sur toile - 60 x 50,5 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner

Géricault est, grâce à Jean Gigoux, admirablement représenté à Besançon, que ce soit par de nombreux dessins ou par la Tête de naufragé et le Portrait d’un oriental. Si la Nature morte : trois pièces de gibier, bien que moins fameuse, a identifiée depuis les années 1950, une petite étude de toits constitue presque une redécouverte (ill. 4). Elle n’avait en effet été reproduite qu’une seule fois, par Philippe Grunchec, dès 1978, mais n’a depuis jamais été publiée ni même montrée dans une exposition consacrée à l’artiste. Bien que provenant du legs Jean Gigoux, elle était entrée comme anonyme, même si son attribution ne semble plus devoir faire de doutes.


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5. Étienne Bouhot (1780-1862)
Vue intérieure de cour d’immeuble
à Paris, dite la Balayeuse
, 1819
Huile sur toile - 45,6 x 52,3 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner
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6. Luigi Rubio (vers 1800-1882)
Le Mariage in extremis du peintre Salvator Rosa, 1836
Huile sur toile - 99 x 130 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner

La section dédiée à Delacroix, Chassériau et Gigoux (qui aurait peut-être mérité d’être représenté par plus d’une œuvre) ne présente pas d’inédits, au contraire de la suivante dédiée aux « Souvenirs d’Italie et goût du pittoresque ». On y voit notamment une jolie scène de genre traitée comme un tableau troubadour (ill. 5) par Étienne Bouhot (en mauvais état, elle a été restaurée à cette occasion), ainsi qu’un beau dessin de François-Marius Granet, Vieil homme assis dans un intérieur, seulement cité dans un catalogue du musée de 1902. D’autres tableaux peu connus sont inclus dans cette section, tel que Le Mariage in extremis du peintre Salvator Rosa de l’italien Luigi Rubio (ill. 6), exposé au Salon de 1836, ou Le Premier Pas de l’enfant ; campagne de Rome par Sébastien Melchior Cornu.


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7. Sébastien Cornu (1804-1870)
Quatre traits de la vie de la
Bienheureuse Marie de l’Incarnation

Huile sur toile - 50 x 60,8 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner
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8. Sébastien Cornu (1804-1870)
Décor de la chapelle Marie de l’Incarnation
Peinture murale
Paris, église Saint-Merry
Photo : Parisienne de photos

Profitons-en pour dire un mot ici de ce dernier peintre. Nous le rencontrerons aussi dans notre recension à venir dans les prochains jours de la rétrospective Gleyre du Musée d’Orsay dont il fut un ami proche. Son épouse Hortense, légua en effet au musée le fonds d’atelier accompagné d’autres œuvres. Élève d’Ingres, Cornu est un des bons peintres religieux de l’époque et l’on voit dans la section suivante quelques exemples de sa production, dont une esquisse pour un Jésus au milieu des docteurs, quatre têtes d’expression pour un tableau de même sujet1, assez proches de Paul Delaroche et de ses têtes de moines camaldules ou encore une belle étude préparatoire pour les compositions peintes sur les murs de l’église Saint-Merri (ill. 7). Nous illustrons ici cette huile sur toile, aux côtés des peintures définitives également reproduites dans le catalogue (ill. 8). On verra ainsi une fois de plus l’état lamentable dans lequel Anne Hidalgo et la mairie de Paris laissent le patrimoine parisien. Ces deux peintures murales dont une est en partie perdue dans sa partie supérieure ne sont pas loin de devenir irrécupérables…

L’une des découvertes les plus spectaculaires est sans aucun doute la Scène de massacre par François Gérard (ill. 9), grande composition inachevée qui vient d’être restaurée spécialement à l’occasion de l’exposition et qui n’avait jamais été montrée au public depuis 1913. Ayant l’apparence d’une grande grisaille, l’œuvre impressionne par sa qualité et par la violence qu’elle dégage. Son sujet reste difficile à identifier exactement mais Guillaume Kazerouni le compare de façon convaincante, sur le plan du style, avec le tableau de Marseille Monseigneur de Belsunce pendant la peste 1720.


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9. François Gérard (1770-1837)
Scène de massacre, vers 1820-1825
Huile sur toile - 262 x 191 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner
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10. Jean-Léon Gérôme (1824-1904-
Portrait de jeune femme, vers 1850
Huile sur toile - 81,2 x 65,4 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner

Portraits et paysages forment les deux dernières parties de l’exposition. Parmi les premiers, de nombreux chefs-d’œuvre (notamment un superbe Gérôme - ill. 10), mais aucune nouveauté. Pour les paysages, en revanche, on notera un très joli Bidault (ill. 11) inédit et jamais exposé car on pensait qu’il s’agissait d’un « à la manière de Corot », un tableau également publié ici pour la première fois, attribué au genevois François Diday mais aussi deux toiles d’artistes franc-comtois : Christian Brune et Antonin Fanart (ill. 12), élève de Diday et suiveur d’un autre artiste originaire de cette région, beaucoup plus célèbre, Gustave Courbet : sa présentation de sa version du Puits noir à côté de celle de ce dernier montre tout ce qu’il lui doit.


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11. Jean-Joseph-Xavier Bidault (1758-1846)
Vue du Monte Cavo, vers 1785-1790
Huile sur toile - 17,5 x 32,6 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : J-M. Salingue/MBA de Rennes
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12. Antonin Fanart (1831-1903)
Le Puits Noir
Huile sur toile - 72,4 x 110 cm
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie
Photo : Didier Rykner

Le catalogue final, en annexe, pour sommaire qu’il soit, sera très utile. Il permet de parcourir entièrement la collection de peintures d’artistes nés entre 1765 à 1815 (à quelques exceptions près pour ceux nés aux alentours de ces deux dates). Le choix effectué donne une bonne idée de ce fonds, et on regrettera l’absence de peu de tableaux, à part sans doute Les Exilés, de Richard-Cavaro, dont on espère qu’il trouvera sa place sur les cimaises du musée lors de sa réouverture.


Commissaires scientifiques :Guillaume Kazerouni et Yohan Rimaud.


Sous la direction de Guillaume Kazerouni et Yohan Rimaud, De David à Courbet. Chefs-d’œuvre du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, 2016, Snoeck, 256 p., 29 €. ISBN : 9789461613004.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20, quai Émile Zola, 35000 Rennes. Tel : +33 (0)2 23 62 17 45. Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 17 h et le samedi et dimanche de 10 h à 18 h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).


Didier Rykner, mercredi 10 août 2016


Notes

1Nous ne pensons pas, contrairement à ce que dit la notice du catalogue, que celle-ci soit une étude pour le tableau définitif de l’église de Verlinghem (aujourd’hui détruit mais connu par une lithographie) tant les deux compositions sont différentes, sans aucun point commun, même pas de format, hors le sujet.





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