De Dampierre à Orsay, le triste destin de Pénélope endormie, de Jules Cavelier


15/7/16 - Acquisition - Paris, Musée d’Orsay - On pourrait penser à un enrichissement du patrimoine français, c’est en réalité de son appauvrissement dont témoigne l’acquisition par le Musée d’Orsay d’une sculpture de Jules Cavelier représentant Pénélope endormie (ill. 1 et 2).


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1. Jules Cavelier (1814-1894)
Pénélope endormie, 1849
Marbre - 147 x 80,5 x 128 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay - Patrick Schmidt
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2. Jules Cavelier (1814-1894)
Pénélope endormie, 1849
Marbre - 147 x 80,5 x 128 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay - Patrick Schmidt

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3. Pierre-Charles Simart (1806-1857)
Athéna
Devant la peinture murale L’Âge d’or
d’Ingres
Photo ancienne

Si le musée n’est pas vraiment en cause (mieux vaut, à tout prendre, que ce soit lui qui l’ait acquis qu’un musée étranger), c’est une fois de plus le ministère de la Culture qui doit être pointé du doigt car il aurait dû être alerté au moins dès 2013 par la vente de la bibliothèque. Depuis cette vente (et même bien avant, voir notre article), on assiste en effet à un dépouillement en règle de cette demeure ô combien historique (château de Jules-Hardouin Mansart, remanié intérieurement par Félix Duban et décoré par Ingres), qui n’est d’ailleurs qu’inscrite monument historique alors qu’il faudrait évidemment le classer de manière urgente, fût-ce contre l’avis de ses propriétaires. Car ceux-ci, outre la mise à l’encan de la bibliothèque (soi-disant pour mener des restaurations), de la Pénélope (un achat du duc de Luynes qui se trouvait depuis toujours en bas de l’escalier du château), vont sans doute décider (si ce n’est déjà fait) de vendre également l’Athéna de Simart, grande statue chryséléphantine qui se trouve devant L’Âge d’or d’Ingres et forme un ensemble avec lui (ill. 3). Plus grave encore, des rumeurs persistantes circulent sur une demande d’autorisation faite au ministère de la Culture de détacher la peinture murale d’Ingres pour la vendre également (!). Nous avons interrogé la DRAC en janvier 2016 sur tous ces points, et aucune réponse ne nous a été fournie, comme si ce dossier ne devait pas être prioritaire.
L’acquisition a été faite par l’intermédiaire d’une maison de vente aux enchères dont le musée s’est curieusement refusé de nous donner le nom. Nous n’avons pas pu confirmer s’il s’agit de Sotheby’s, qui avait dispersé la bibliothèque.

La Pénélope endormie, bien qu’elle fût exposée à l’École des Beaux-Arts en 1848 avec les travaux des pensionnaires de la Villa Médicis, n’est pas au sens strict un envoi de Rome. Jules Cavelier, élève de David d’Angers, obtint en effet le Prix de Rome en 1842, mais il avait déjà présenté au Salon de cette même année un plâtre sous le nom de Femme grecque endormie qui n’était autre que le modèle pour cette sculpture dont il changea ensuite le nom, en même temps qu’il la transcrivait en marbre.
Souvent très critique envers les travaux des pensionnaires (et notamment avec ceux de Cavelier), le jury de l’Académie est pour cette œuvre élogieux : « l’Académie s’est trouvée bien heureuse de la seconde statue de M. Cavelier, qu’il a intitulée Pénélope. C’est une figure très bien conçue. Le sommeil est rendu avec une vérité et un abandon plein de charme. Le mouvement de la tête est parfaitement senti. D’un caractère bien d’accord avec le sujet. Enfin, la draperie est disposée avec une élégance et un goût remarquable. C’est donc une figure qui mérite beaucoup d’éloges » (rapport du Jury de l’Académie, 18481). La sculpture fut ensuite présentée au Salon de 1849 où elle connut également un grand succès, l’artiste obtenant une médaille de 1ère classe et une médaille d’honneur.


Didier Rykner, vendredi 15 juillet 2016


Notes

1Cette citation est tirée du dossier de presse fourni par le Musée d’Orsay.





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