David d’Angers, les visages du romantisme


Paris, Cabinet des Médailles, Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, du 22 novembre 2011 au 25 mars 2012.

1. Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856)
Albert de Luynes, 1840
Plâtre - D. 17 cm
Paris, Cabinet des médailles
Photo : BnF

En 1844, David d’Angers offrait au Cabinet des médailles l’ensemble des plâtres originaux de ses médaillons, qui y entrèrent définitivement après sa mort en 1856. Ces œuvres, étapes indispensables dans le processus de création, furent comme tout un pan de la sculpture en plâtre du XIXe siècle victimes du désintérêt pour ce matériau au cours du XXe siècle, jusqu’à la fin des années 70, qui aboutit à une vague de destructions d’autant plus invraisemblable qu’elle eut lieu dans des musées. On ne pouvait pourtant même pas invoquer dans leur cas l’encombrement qui fut souvent le prétexte avoué de ce vandalisme.
Les médaillons en plâtre de la Bibliothèque nationale, dont le souvenir n’était pas tout à fait perdu1 furent donc progressivement délaissés puis oubliés dans les combles, ce qui aboutit finalement à une destruction partielle. Redécouverts récemment par Inès Villela-Petit et Thierry Laugée, ils en reste aujourd’hui à peine plus de 150 sur 358...

2. Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856)
Jules Michelet, 1834
Plâtre - D. 15,3 cm
Paris, Cabinet des médailles
Photo : BnF

L’exposition qu’organise jusqu’au 25 mars 2012 le Cabinet des Médailles présente 45 de ces objets (ill. 1 et 2), accompagnés de quelques moules de même provenance (ill. 3), ainsi que de 62 bronzes (ill. 4) faisant partie de l’ancienne collection d’Achille Devéria. Ces plâtres restaurés, comme cela est bien expliqué dans le catalogue, sont d’une finesse d’exécution extrême puisqu’ils sont les premiers exemplaires directement tirés, par l’intermédiaire d’un moule en plâtre, des cires modelées par David d’Angers. Ils étaient utilisés ensuite pour faire un nouveau moule qui servait à créer le chef-modèle en bronze permettant la production des médaillons définitifs par le fondeur. Une cire représentant Jean-Baptiste Kleber vient d’être offerte au Cabinet des Médailles (voir la brève du 31/12/11).
L’exposition est présentée très sobrement puisque les sculptures sont installées dans les vitrines de la mezzanine du musée. Certains exemplaires sont représentés à la fois par le moule, le plâtre et le bronze.


3. Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856)
Augustin Dupré, 1833
Moule en plâtre huilé - D. 18,5 cm
Paris, Cabinet des médailles
Photo : BnF

4. Pierre-Jean David d’Angers (1788-1856)
Augustin Dupré, 1833
Bronze - D. 17,2 cm
Paris, Cabinet des médailles
Photo : BnF


Si la muséographie est donc réduite à sa plus simple expression, qui suffit d’ailleurs parfaitement à mettre les œuvres en valeur, le catalogue est une vraie réussite, et à notre connaissance l’ouvrage le plus complet publié à ce jour sur les médaillons de David d’Angers. Chacun de ceux exposés fait l’objet d’une excellente notice expliquant les liens de l’artiste avec la personnalité portraiturée ainsi que les conditions dans lesquelles l’œuvre a été exécutée. On regrettera seulement (outre l’absence d’un index et celle plus inexplicable d’une bibliographie) que la question des différents fondeurs ne soit pas davantage étudiée.
On trouve en annexe un utile inventaire des médaillons existants. Il ne remplace cependant pas un catalogue raisonné et exhaustif qui reste encore à faire. Celui-ci permettrait notamment de faire le point sur les fondeurs à l’origine de tel ou tel modèle.

Que va devenir le Cabinet des Médailles ? Le projet de la BnF à son sujet, à notre connaissance, n’a pas évolué (voir l’article). David d’Angers avait offert ces œuvres pour qu’elles soient montrées au public en permanence et pas seulement dans le cadre d’une exposition temporaire2. La commission dirigée par Valéry Giscard d’Estaing sur l’Hôtel de la Marine citait expressément le Cabinet des Médailles comme pouvant faire partie des collections qui rejoindraient le bâtiment de la place de la Concorde (voir la brève du 12/7/11). Il s’agit certainement de ce qui pourrait lui arriver de mieux, alors que la BnF veut transformer ce musée en « Galerie des Trésors » qui exclura de facto les médaillons de David d’Angers et des milliers d’autres objets.
Enfin, les rumeurs les plus pessimistes courent hélas à nouveau à propos de l’escalier menant au Cabinet, dont le projet de destruction semble toujours à l’ordre du jour, contrairement à ce qui semblait avoir été décidé (voir la brève du 22/4/10). Nous reviendrons bientôt sur cette affaire.

Commissariat : Inès Villela-Petit et Thierry Laugée

Thierry Laugée et Inès Villela-Petit, David d’Angers, les visages du romantisme, Editions Gourcuff-Gradenigo, 2011, 180 p., 29 €. ISBN : 978-2-35340-113-0.

Informations pratiques : Cabinet des médailles, BnF Richelieu, 5, rue Vivienne, 75002 Paris. Tél : + 33 (0)1 53 79 37 29. Ouvert du lundi au vendredi de 13 h à 17 h 45, le samedi de 13 h à 16 h 45 et le dimanche de 12 h à 19 h. Tarif : entrée libre.


Didier Rykner, dimanche 1er janvier 2012


Notes

1. En 1990, dans le catalogue de l’exposition Aux grands hommes, David d’Angers, Fondation de Coubertin, Viviane Huchard écrit (p. 68) : « Mme David fit don, en avril 1856, de tous les plâtres de médaillons de son mari (beaucoup ont disparu depuis) ».

2. Comme en témoigne une lettre à l’artiste de Joseph Naudet, directeur de la Bibliothèque royale (citée dans le catalogue, p. 8, note 17).



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