Dantan exposé à la galerie Talabardon & Gautier


7/12/09 – Marché de l’art – Paris – La traditionnelle exposition Le XIXe siècle qu’organise chaque année la galerie Talabardon & Gautier est cette année d’une qualité particulière puisqu’il s’agit de son dixième anniversaire. Elle donne lieu pour l’occasion à la publication d’un catalogue double, l’un classiquement consacré aux objets exposés, l’autre à un ensemble exceptionnel de trente portraits-charges de Dantan, acquis le jour même de l’inauguration par un collectionneur privé français.


1. Adrien-Louis-Marie Cavelier (1785-1867)
Carton à grandeur de la psyché de
l’impératrice Marie-Louise
, 1810
Plume, aquarelle, lavis et rehauts de
gouache - 305 x 173,5 cm
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier

2. Pierre-Jean David, dit David d’Angers (1788-1856)
L’Architecture, 1838
Terre crue - Diamètre : 26,1 cm
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier


On signalera notamment le carton à grandeur d’exécution de la psyché de l’impératrice Marie-Louise (ill. 1), un dessin décoratif étonnant de plus de 3 mètres de haut, dû à Adrien-Louis-Marie Cavelier qui travaillait dans l’atelier de l’orfèvre Jean-Baptiste-Claude Odiot. L’œuvre définitive, exécutée par Odiot et Pierre-Philippe Thomire fut emportée en Autriche par Marie-Louise à la chute de l’Empire. Elle fut malheureusement fondue en 1836 avec d’autres objets de même provenance pour venir en aide aux victimes du choléra.

Autre objet particulièrement important et séduisant, le grand médaillon en terre crue de David d’Angers représentant L’Architecture (ill. 2) réalisé à la mémoire de Charles Percier après son décès en 1838, à la demande de ses amis et élèves1. Outre cette terre crue inédite, on ne connaît de cette composition que la fonte définitive en bronze conservée dans une collection particulière. S’il faut remarquer, parmi beaucoup d’œuvres notables, un dessin d’Edgar Degas représentant son frère René, on s’attardera aussi sur un grand tableau troubadour de Pierre Revoil représentant La Donation de la Provence à la France, qui fut exposé au Salon de 1840.


3. Jean-Pierre Dantan (1800-1869)
Louis-Hector Berlioz, 1833
26 x 6,6 x 5,6 cm
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier

4. Jean-Pierre Dantan (1800-1869)
Louis-Thomas-Jérôme Auzoux, 1836
17,5 x 26,5 x 12 cm
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier


Mais il faut revenir pour conclure à l’ensemble de petites caricatures de Dantan. Ces trente sculptures, chacune placées sur des socles néo-gothiques, proviennent très probablement de la collection du prince Maximilien en Bavière, le père de Sissi. Le prince était un mélomane averti, ce qui explique sans doute que presque toutes ces charges représentent des personnalités de la scène musicale de l’époque. On y voit ainsi des instrumentistes et compositeurs connus (Liszt, Berlioz - ill. 3, Paganini, Strauss,...) ou aujourd’hui oubliés (Domenico Dragonetti, Adrien-François Servais, Auguste-Joseph Franchomme,...), des chanteurs (Louis Lablache, Adolphe Nourrit, Paul-Bernard Barroilhet...), un danseur (Auguste Vestris)... Seules exceptions, l’Autoportrait de Dantan, deux portraits de lords anglais, celui de Maximilien en Bavière et enfin le fameux anatomiste, le Dr Auzoux, représenté en train de se disséquer lui-même (ill. 4) !


5. Jules Sohn
Console représentant le duc
Max en général de l’armée bavaroise,
armant un canon
prêt à tirer une
chope de bière
, 1844
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier

6. Jean-Pierre Dantan (1800-1869)
Théodore Haumann, 1839
25 x 8,5 x 5,3 cm
Paris, Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier


Ces sculptures, remarquables sur le plan artistique, ne le sont pas moins sur celui de la technique. Il s’agit de tirages d’une précision inégalée, réalisés en composition plastique, un plâtre stéarique inventée par le sculpteur Jules Sohn en 1839. Celui-ci les exécuta en collaboration avec Dantan, et fut aussi l’auteur des socles néo-gothiques (ill. 5) . On ne connaît pas d’autres exemples d’œuvres de Dantan exécutées dans cette matière.
Une autre caractéristique frappante de ces œuvres est, bien entendu, leur humour. Plusieurs de ces portraits peuvent d’ailleurs être identifiés grâce à un rébus placé sur la base. Le pianiste Sigismond Thalberg est représenté avec dix doigts à chaque main, traduisant ainsi son extraordinaire talent souligné par ses contemporains, dont Berlioz qui écrivait que sa manière de jouer autorisait « presque à dire que Monsieur Thalberg a trois mains au lieu de deux ». Le corps de Théodore Haumann, violoniste, est constitué de son instrument (ill. 6). On n’en finirait pas de décrire tous les détails amusants qui parsèment cette galerie de sculpture. Le catalogue qui accompagne cette présentation étudie précisément tant leur histoire que leur iconographie et deviendra une référence essentielle pour l’artiste aux côtés du catalogue du Musée Carnavalet dû à Philippe Sorel.

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Didier Rykner, lundi 7 décembre 2009


Notes

1. Cette terre crue a finalement été acquise par le Musée du Louvre (voir brève du 20/7/10.



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