D’Hercule à Dark Vador (ou du Louvre à l’ersatz ?)


Paris, Musée du Louvre, du 17 octobre au 2015 au 4 juillet 2016.

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1. Vue de l’exposition de la « Petite Galerie »
Section consacrée au jour et à la nuit
Photo : Didier Rykner

Il y a peu encore, nous pensions bêtement que la Petite Galerie du Louvre était celle qui relie la cour Carrée à la Grande Galerie, là où se trouve, au premier étage, la Galerie d’Apollon.
Nous avions tout faux : il faut réécrire l’histoire du Louvre, et rayer plus de quatre siècles d’un trait de plume, puisque la « Petite Galerie » est désormais un nouvel espace d’exposition temporaire - pardon, de présentation permanente temporaire puisqu’il ne s’agit pas, paraît-il, d’une exposition, même si celle-ci changera chaque année - consacré à l’éducation artistique. Il s’agit, nous dit-on, d’accueillir « tous les publics », et on insiste bien sur « tous les publics ». Car « tous les publics », manifestement, ne peuvent accéder au musée lui même, certainement trop grand, trop riche, trop savant, trop intimidant. En revanche, la Petite Galerie représente le Louvre « plus accueillant, plus accessible et plus généreux »...

Il s’agit donc d’habituer « tous les publics », et notamment ici les enfants, au Louvre. En les amenant voir quelque chose qui n’est pas le Louvre mais, n’en déplaise à ses concepteurs, une exposition temporaire d’une durée un peu plus longue que la moyenne. Mauvaise méthode selon nous, car comment expliquer aux enfants que le Louvre c’est formidable si on s’empresse de les amener vers ce qui n’est pas le Louvre ? Doit-on en conclure que la « médiation », le terme à la mode, est désormais incapable de rendre le Louvre attrayant, alors qu’il s’agit d’un livre d’images extraordinaire qui accueille des classes d’enfants depuis des décennies ?

Avant de dire ce que nous pensons de cette première exposition de la « Petite Galerie », il convient de préciser que nous ne sommes absolument pas hostile à La Guerre des Étoiles, qui pour nous, et sans démagogie - ce n’est pas notre style, est incontestablement une œuvre majeure de la fin du XXe et du début du XXIe siècle dont nous avons vu au cinéma tous les épisodes, et dont nous irons certainement voir le prochain qui sort d’ailleurs le 16 décembre prochain, sans qu’il y ait, nous dit-on, aucun rapport entre ceci et cela...
Remarquons d’abord que son titre est faux : Dark Vador est certainement devenu un mythe, il n’est en aucune façon, en tout cas pas encore, un mythe « fondateur ». Ensuite, et malgré tout l’intérêt que nous portons à Dark Vador, ce n’est pas un héros, mais un anti-héros. Enfin, celui-ci n’a guère sa place au Louvre, pas seulement parce qu’il représente la culture contemporaine, mais aussi parce qu’il s’agit d’art cinématographique, pas d’art plastique. Le thème des influences de la mythologie et des mythes anciens sur Star Wars constitue un véritable sujet - d’ailleurs à peine traité ici, et fort mal selon nous, nous y reviendrons - qui aurait eu toute sa place, par exemple, à la Cinémathèque qui présente souvent des expositions passionnantes, ou pourquoi pas au Grand Palais. Mais à notre avis pas au Louvre.

Quelques points positifs néanmoins : la scénographie de l’exposition (ill. 1) est plutôt réussie (à l’exception de la présentation dans une boite de plexiglass de l’Hercule de François Lemoyne), il y a certaines initiatives intéressantes comme la possibilité pour des sculptures antiques de bénéficier, selon le choix du visiteur, d’éclairages différents qui modifient la perception de l’œuvre, il y a effectivement un accompagnement ludique pour les enfants qui peut les intéresser aux histoires que racontent les objets - mais ces outils devraient être utilisés dans les vraies salles d’exposition - , et il y a, ici ou là, quelques bonnes idées ou rapprochements pertinents. En réalité, cette exposition aurait eu tout son intérêt si on l’avait limitée à devenir un livre pour enfants (ce qu’elle est d’ailleurs aussi).

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2. Vue de l’exposition de la « Petite Galerie »
Section consacrée à Dark Vador
Photo : Didier Rykner

Quant à Dark Vador, car il faut y revenir, il est extrêmement présent à la fin de l’exposition : un extrait des films, un dessin provenant apparemment d’un story-board, le « vrai casque » utilisé sur l’un des tournages (ill. 2), on en oublie. Mais même le lien avec le reste est très ténu, et la comparaison avec Hercule (il paraît qu’elle est évoquée par George Lucas, ce qui n’est certainement pas un critère suffisant) plus que problématique. Une phrase citée entre guillemets par le Journal du Dimanche - et provenant donc du Louvre, explique doctement que « Dark Vador, c’est ­Hercule qui n’aurait pas su se maîtriser, qui n’aurait pas eu les douze travaux comme catharsis. », une interprétation plus que contestable, et qui en tout cas n’est jamais étayée par aucune comparaison précise (probablement parce qu’il n’y en a pas).

Bref, nous conclurons par un conseil au jeune public et à leurs professeurs : allez au Louvre, dans les vraies salles. Cela vaut bien mieux que cet ersatz de musée.

Commissaire : Dominique de Font-Réaulx


Dominique de Font-Réaulx et Frédérique Leseur, Mythes fondateurs. D’Hercule à Dark Vador, Éditions du Seuil/Musée du Louvre, 2015, 168 p., 25 €. ISBN : 9782352901525.


Dominique de Font-Réaulx, Le Grand Livre de la Petite Galerie du Louvre. Mythes fondateurs. D’Hercule à Dark Vador, Éditions Courtes et Longues/Musée du Louvre, 2015, 56 p., 19,90 €. ISBN : 9782021244007.


Informations pratiques : Musée du Louvre, hall Napoléon, sous la pyramide. Tél : +33 (0)1 40 20 53 17. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h, jusqu’à 21h45 les mercredi et vendredi. Tarifs : 15€ (exposition et musée).



Didier Rykner, vendredi 16 octobre 2015





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