D’autres acquisitions récentes du Musée d’Orsay


1. Edgar Degas (1836-1902)
Sémiramis construisant Babylone, vers 1861
Huile sur papier marouflé sur toile - 26,5 x 40,5 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

24/8/08 – Acquisitions – Paris, Musée d’Orsay – Nous avions, il y a quelques mois (voir brève du 30/4/08), présenté les dernières acquisitions Symbolistes du Musée d’Orsay. Nous terminons ici cette exploration des achats et des legs ou dons effectués ces deux dernières années pendant la fin du directorat de Serge Lemoine.

On connaît quelques tableaux mythologiques peints par Edgar Degas au début de sa carrière. Orsay conserve la plus célèbre d’entre elles, le Sémiramis construisant Babylone, que l’artiste garda toute sa vie dans son atelier, ainsi qu’un pastel préparatoire.
Le musée a acquis en 2007, à Londres chez Sotheby’s, pour 120 000 £ (frais inclus) une autre étude pour cette même composition, à l’huile sur papier (ill. 1) présentant de très nombreuses différences avec l’œuvre définitive.


2. James Tissot (1836-190
Portrait du Marquis et de la Marquise de Miramon, 1865
Huile sur toile - 177 x 217 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

Le Portrait du Marquis et de la Marquise de Miramon de James Tissot (ill. 1) est un grand chef-d’œuvre, qui aurait largement mérité une brève à lui tout seul lors de son entrée au musée en 2006, date jusqu’à laquelle il avait été conservé par la famille du modèle.
Commandé en 1865, ce tableau témoigne de la relativité des hiérarchies et des classifications. James Tissot a été longtemps sous-estimé, et s’il est aujourd’hui pleinement réhabilité par le marché comme par les amateurs, le grand public l’ignore encore largement. Ce tableau est pourtant digne des toiles de Claude Monet ou Frédéric Bazille peintes à la même époque. A Orsay, la comparaison est aisée, par exemple avec Femmes au jardin (vers 1866) ou Le Déjeuner sur l’herbe (1865-1866) du premier ou avec Réunion de famille (1867) du second. On trouve dans toutes ces œuvres la même lumière métallique, la même attention aux étoffes des vêtements, la même recherche de spontanéité. Si l’on distingue déjà chez Monet la dissolution de la touche que Tissot ne pratiquera jamais, on voit que les recherches de ce dernier, avant la guerre de 1870, sont proches de celles des futurs Impressionnistes. Il suivra par la suite une voie différente.

Un grand dessin au pastel, fusain et gouache de Dagnan-Bouveret a été acheté en 2006 (ill. 3) de la galerie Vincent Lécuyer à Paris [1]. Préparatoire à un tableau présenté au Salon National des Beaux-Arts en 1893 et déposé par Orsay au Musée des Beaux-Arts de Nancy, il représente des paysans interrompant un moment leur travail pour écouter l’un des leurs jouer du violon. L’artiste élève ainsi la scène de genre et lui insuffle un sentiment presque mystique.


3. Pascal-Adolphe-Jean
Dagnan-Bouveret (1852-1929)
Dans la forêt, 1892
Pastel, gouache, fusain et aquarelle - 48 x 39 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

4. Emile Friant (1863-1932)
Ombres portées, 1891
Huile sur toile - 117 x 67 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay


L’art naturaliste du peintre nancéien Emile Friant, élève de Cabanel, est proche de celui de Bastien-Lepage ou de Dagnan-Bouveret, comme en témoigne par exemple La Toussaint du Musée des Beaux-Arts de Nancy [2]. L’œuvre acquise en 2007 par Orsay auprès du marchand new yorkais French & Company [3], Ombres portées (ill. 4) a une étrangeté et une séduction tout de suite perceptible qui en font sans doute l’une des meilleures de l’artiste. La manière dont les ombres se découpent sur le mur, probablement une allusion à l’épisode de l’invention du dessin [4], dédouble la scène. Les couleurs sont quasiment absentes, limitées à un jeu de beige qui accentue l’aspect fantastique de cette scène pourtant banale. On sent ici de multiples influences, de Degas aux Nabis. Il s’agit encore d’un de ces tableaux qui contribuent à faire éclater les typologies traditionnelles.


5. Félix Vallotton (1864-1925)
Autoportrait, 1897
Huile sur carton - 59,2 x 48 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

Dans sa recension du catalogue raisonné de Félix Vallotton, Olivier Bonfait montrait un Autoportrait de 1897 (ill. 5) alors en collection privée. Ce tableau a été acquis par Orsay en 2007, venant accroître l’ensemble d’œuvre de cet artiste dont plusieurs sont entrées dans ses collections ces dernières années : Intérieur, femme en bleu fouillant dans une armoire en 1997, Misia à sa coiffeuse en 2004 (voir brève du 6/2/04) et Portrait de Natanson en 2005.

Signalons aussi parmi les acquisitions en 2006, le don du Portrait de Karin par Othon Friesz, de 1939, c’est-à-dire d’une date postérieure aux limites chronologiques théoriques du Musée d’Orsay (et aux confins de celles de La Tribune de l’Art), une extraordinaire peinture par André Devambez, datée de 1910 Le seul oiseau qui vole au dessus des nuages offerte par la Société des Amis du Musée et le legs du Portrait de la famille Halévy par Jacques-Emile Blanche. Pour des raisons de droit (ces œuvres ne sont pas dans le domaine public), nous nous contenterons de renvoyer à leurs photos sur le site du Musée d’Orsay ou celui de la RMN.


6. André-Adolphe-Eugène Disderi (1864-1925)
Portrait de femme et d’enfant, vers 1860
Epreuve sur papier albuminé - 8,6 x 5,3 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

Il est presque impossible de rendre compte de l’intégralité des œuvres acquises par Orsay car il faudrait, outre les peintures, dessins et sculptures dont nous parlons ici, compter avec les dizaines d’œuvres d’art décoratif et de photographies qui entrent chaque année dans ses collections. En 2006, le musée s’est notamment enrichi d’un important fonds d’épreuves sur papier albuminé d’André-Adolphe-Eugène Disdéri auprès du libraire parisien Serge Plantureux [5]. On y voit, outre des portraits de modèles connus (le Prince Impérial, Napoléon III, ...) ou inconnus (ill. 6) [6], de nombreuses photos de tableaux et sculptures prises lors du Salon de 1855. Outre leur qualité esthétique, ces photos ont un intérêt documentaire pour les historiens de l’art. On trouvera ce fonds largement reproduit sur le site du Musée d’Orsay [7], certaines œuvres pouvant d’ailleurs être aisément identifiées, telle cette Peinture représentant une scène de martyre chrétien qui n’est autre que le Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette sa mère de François-Joseph Heim (Paris, église Saint-Gervais-Saint-Protais).
Notons qu’un autre fonds photographique, dû au peintre Nabis Maurice Denis, est entré dans les collections d’Orsay en 2007, donné par les descendants du peintre tandis que vingt-sept carnets de dessins et de croquis du même étaient achetés par le musée.


7. Arnold Böcklin (1827-1901)
Bouclier avec le visage de Méduse, 1897
Papier mâché - Diamètre : 61 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay

8. Henri Cros (1840-1907)
Portrait de Jeanine Dumas,1872
Cire polychrome et dorée - 12 x 11,5 cm (médaillon)
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay


On terminera cet article avec deux œuvres en relief qui auraient pu prendre place dans le précédent article consacré au Symbolisme. La première est une sculpture en papier mâché d’Arnold Böcklin représentant le bouclier de Persée orné de la Tête de Méduse (ill. 7) acquis chez Sotheby’s Londres le 12 juin 2006 pour 62 000 £ (hors frais). L’artiste, qui se fit aider par son gendre Peter Bruckmann, en réalisa plusieurs exemplaires [8].
La seconde, également une figure en médaillon (ill. 8), mais en cire et de très petite taille, est due à Henri Cros, qui se fit une spécialité des sculptures colorées exécutées dans cette matière. Alexandre Dumas fils avait commandé directement à l’artiste ce portrait de sa fille Jeanine, alors âgée de cinq ans.

English version


Didier Rykner, dimanche 24 août 2008


Notes

[1] L’œuvre était passée en vente à Berlin (Reiner Dannenberg Auktionshaus) le 3 décembre 2005.

[2] Orsay en conserve une petite copie autographe ressemblant à une esquisse.

[3] Qui l’avait achetée le 25 octobre 2005 chez Sotheby’s New York.

[4] Comme le fait remarquer justement Dominique Lobstein dans sa notice sur le tableau parue dans 48/14 La Revue du Musée d’Orsay, Printemps 2008, p. 52-53 qui le rapproche de la toile de Suvée un siècle plus tôt.

[5] Orsay conservait déjà plusieurs milliers d’œuvres de ce photographe.

[6] On pourra utilement comparer ce type de portraits photographiques avec ceux de Tissot, Bazille ou Monet dont nous parlions au début de cet article et qu’y date de la même décennie.

[7] En allant dans la « recherche avancée », il suffit de taper Disdéri et 2006 dans le champ « année d’acquisition ».

[8] Sotheby’s Londres en avait vendu un autre le 12 juin 2006 pour un prix équivalent (65 000 £ hors frais).



Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Une toile de Jean-Baptiste Oudry acquise par Compiègne

Article suivant dans Brèves : Acquisition du Festin de Didon et Enée de François de Troy par Sceaux