Courrier reçu de Nicolas Bru, CAOA du Lot


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Retable baroque de l’église de Gigouzac
après restauration
Photo : Conseil général du Lot

Monsieur Rykner,

Encore une réaction, non pas à votre article concernant l’initiative de la Junior entreprise de l’École du Louvre et la Sauvegarde de l’Art Français, mais à celui publié suite aux messages des conservateurs des Monuments Historiques et des Antiquités et Objets d’Art. Je souscris pleinement à vos propos sur la tête et le corps, le ministère de la Culture n’a jamais fait grand cas du volet meuble du Code du Patrimoine.
Cela se vérifie autant par les niveaux d’investissement consacrés à la restauration des objets mobiliers classés ou inscrits parmi les Monuments historiques (si je ne me trompe, on doit péniblement avoisiner les 10% des programmations annuelles de subventions allouées par les DRAC en faveur des collectivités et particuliers propriétaires de MH), que le sort réservé aux conservateurs en charge de ces questions.

Si les conservateurs des MH disposent d’un statut, ils se retrouvent souvent bien seuls au sein des DRAC pour gérer des milliers d’objets classés dispersés dans leurs régions, et en sont souvent réduits à se contenter de surveiller les cathédrales (ce qui n’est déjà pas si mal).
Quant aux conservateurs des Antiquités et Objets d’Art (dont je fais partie, bénéficiant je précise d’une situation privilégiée au sein de mon conseil général) vous connaissez leur grande difficulté à obtenir un statut que l’État leur refuse depuis 1908. Nous espérions grandement de l’ex-directeur du patrimoine Michel Clément en 2008 lors de la commémoration de notre « centenaire » : mais cela a fait flop. Aujourd’hui, nous sommes dubitatifs sur les capacités d’obtenir une fonction, en lieu et place de notre titre, dans le cadre du débat sur l’acte III de la décentralisation, sans parler de l’échelon qui va nous récupérer (région ou département ?) : l’association nationale des CAOA a réussi in extremis à faire connaître notre existence auprès de la ministre de la fonction publique en charge du dossier, mais quelles seront les exigences de l’État vis-à-vis de collectivités de plus en plus exsangues ?

Bref, coupons court sur ce débat, je souscris avec votre avis sur l’incapacité de l’État à faire savoir ce qu’il fait et, malgré leur relativité, les sommes qu’il investit en faveur des objets mobiliers, que ce soit par des subventions directes ou le temps de travail que ses agents passent sur le territoire à convaincre élus locaux et représentants du clergé de la richesse de leur patrimoine.
Avec un peu de communication, l’initiative de l’École du Louvre donne l’impression d’aborder une « terra incognita ». Elle est pourtant louable et c’est aussi une opportunité pour nous, travailleurs de l’ombre, de continuer à œuvrer localement. J’accompagne personnellement une étudiante de l’École du Louvre dans ses démarches de recherche de projets : peut-être cela ne débouchera-t-il sur aucun projet dans « mon » département, mais les maires vers qui je l’oriente seront peut-être sensibilisés un peu plus.

Enfin, à bon entendeur salut, je vous invite à consulter le lien suivant et ceux en relation : (il n’y a pas tous les jours des chefs-d’œuvre, mais le patrimoine se vit aussi souvent au plus près du territoire).
Continuez ce que vous faites : la Tribune de l’Art est passionnante ! Il faudrait bien plus d’agitateurs d’idées comme vous dans nos régions ...

Sincères salutations,

Nicolas Bru
Conservateur des Antiquités et Objets d’Art du Lot
Cahors


La Tribune de l’Art, mercredi 27 février 2013




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