Ne "sauvons" pas l’Hôtel de la Marine !
Les cris d’alarme des bien-pensants-qui-rêvent-du-passé ne sont plus d’actualité dans un pays qui frise la faillite, et de surcroît ne correspondent pas à la réalité car il s’agit de location, pas de vente.
Le gestion confiée au au Groupe Allard serait une vraie chance pour l’art, valorisant l’Hôtel sans que le contribuable ne paie de fastueux bureaux aux fonctionnaires... ; il prévoit de le transformer en hôtel de luxe, en place d’exposition, de vitrine d’artisanat d’art, et d’un Hôtel des Ventes concurrent haut de gamme du si mal en point Hôtel Drouot, ceci pour - enfin - contrebalancer les places de Londres, New York et Hong Kong qui nous ont presqu’enterré, la France n’étant plus qu’un fournisseur de matière première sans retour financier.
Assez de rêver à ce qui n’est plus et de recharger encore nos enfants d’un fardeau financier rédhibitoire.
Notre réponse :
1) Si notre pays frise la faillite (ce qui reste à démontrer), peut-être n’était-il pas nécessaire de construire le "pentagone à la française" voulu par le président de la République, extrêmement coûteux et qui est la seule justification avancée de l’aliénation de l’Hôtel de la Marine.
Quoiqu’il en soit, prétendre qu’on ne peut entretenir le patrimoine français sous prétexte que la France serait ruinée est une politique de gribouille. Le patrimoine est l’une des principales sources de revenus de notre pays. Même ceux qui ne comprennent pas la nécessité de le sauvegarder parce qu’il s’agit tout simplement de notre devoir devraient prendre connaissance des multiples études prouvant que l’argent dépensé dans ce domaine est un investissement extrêmement rentable au plan macro-économique.
2) Dire qu’un bail emphytéotique, accordant des droits réels sur le bâtiment, pendant 60 à 80 ans, est une location et non une vente, est une vue de l’esprit. Engager l’avenir sur trois générations, ce qui suppose que les acteurs de cette opération seront tous morts lorsque le bail viendra à terme, est une action bien plus proche d’une vente que d’une location. Après nous le déluge...
3) Dire que le contribuable paie de fastueux bureaux aux fonctionnaires prouve seulement que l’auteur de ces lignes n’a pas visité l’Hôtel de la Marine. La plupart des fonctionnaires qui y travaillent ont des bureaux de petite taille, qui n’ont rien de luxueux (ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont pas d’intérêt historique).
4) Alexandre Allard propose effectivement plusieurs équipements dans cet hôtel :
une salle des ventes : il est absurde de penser que les ventes françaises ont besoin d’une salle de prestige de plus, alors que Christie’s et Sotheby’s (ou Artcurial) ont déjà des locaux parfaitement opérationnels et que Drouot peut organiser ses quelques ventes importantes à Drouot-Montaigne. Quiconque connaît l’actuel Hôtel des Ventes sait qu’il est parfaitement opérationnel pour les ventes courantes qui constituent l’essentiel des vacations. Imaginer que créer un Hôtel des Ventes luxueux au sein de ce monument va attirer d’un seul coup à Paris des ventes du type de celle de la collection Berger-Saint-Laurent, c’est tout simplement ignorer complètement la réalité du marché de l’art à Paris.
Surtout, l’installation d’une salle des ventes impliquera la couverture de la cour principale, totalement désapprouvée par l’étude patrimoniale établie par Christian Poncelet. Nous l’avons montré dans l’un de nos articles, et Alexandre Allard lui-même évite soigneusement de répondre à la question de la dénaturation de cette cour (et il reste parfaitement muet sur le devenir du mobilier) dans l’interview qu’il a accordé aujourd’hui au Figaro).
une vitrine d’artisanat d’art : qui peut croire un seul instant à ce projet fumeux qui nécessitera par ailleurs des modifications du bâtiment peu compatibles avec son caractère historique. Les artisans d’art ont suffisamment de difficultés à vivre pour qu’on ne comprenne pas bien comment ils pourraient se payer un loyer dans un endroit pareil. On nous parle de fondation, de mécènes... qui restent à trouver. Il est évident que si ce projet était mis en place, rien n’empêcherait, après avoir constaté qu’il n’est pas viable, de le remplacer rapidement par d’autres opérations bien plus lucratives.
un hôtel de luxe : voilà bien la seule utilisation dont on peut attendre qu’elle soit mise en œuvre. Transformer l’un des symboles de l’Etat français, un exemple à peu près unique de palais ayant conservé son mobilier depuis l’origine, en palace pour millionnaires, voilà en réalité l’ambition d’Alexandre Allard et de Renaud Donnedieu de Vabres.
Nous renvoyons le lecteur à nos nombreux autre articles sur l’Hôtel de la Marine.
