Courrier de Céline de Potter à propos du débat sur la restauration des monuments historiques


Il est bien difficile lorsque l’on n’est encore qu’une jeune étudiante en histoire de l’art, préparant par ailleurs le concours de conservateur du patrimoine, de prendre part à un débat dans lequel, je pense, il faudrait l’avis de personnes de terrain et/ou d’expérience pour avancer (celui de Monsieur Roland Recht en tout premier lieu, puisqu’il est à l’origine de l’assertion qui nous occupe).
Cependant, il est tout aussi difficile de se taire lorsque l’on touche à ce qui est, à mon avis, l’un des principaux enjeux de l’histoire et de la conservation de l’art aujourd’hui, à savoir la transmission d’un patrimoine dont nous sommes tous convaincus ici de l’importance et du bien-fondé. Tout d’abord je voudrais préciser que les conservateurs des monuments historiques, peut-être moins présents sur la place publique que les conservateurs de musée, sont, comme ces derniers, recrutés et formés à l’Institut national du patrimoine. Les monuments historiques constituent, au même titre que l’archéologie, les archives, l’inventaire, les musées et le patrimoine scientifique, une spécialité au concours qui donne lieu, ensuite, à la formation adéquate. D’autre part, il existe, au même titre que le Centre de recherche et de restauration des musées de France (www.c2rmf.fr), un Laboratoire de recherche des monuments historiques (www.lrmh.fr) destiné à encadrer les restaurations de monuments historiques et à les soutenir sur le plan scientifique. La restauration des monuments historiques ne me semble donc pas plus ou moins bien contrôlée que celle des œuvres de musée. Elle est au contraire, tout autant que cette dernière, sujette à l’empirisme des situations et surtout à la nécessité de faire des choix. C’est donc plutôt sur une éthique de la restauration qu’il faudrait se pencher.

Bien que placé sous l’égide de l’ICOM et de l’UNESCO, ce type de réflexion varie encore selon les pays et les écoles de pensée, et reste souvent soumis à une gestion au cas par cas. Il pose néanmoins de vraies questions, telles que le respect ou non de l’évolution historique de l’objet patrimonial (évidente en architecture certes, mais toute aussi présente dans le cas des repeints en peinture ou des restaurations des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sur la statuaire antique), l’information qu’il faudrait donner à ce sujet (je milite pour ma part pour la mise en place de cartels de restauration dans les musées) et, surtout, les priorités d’utilisation des budgets de plus en plus restreints accordés aux institutions patrimoniales au point d’avoir peut-être à choisir bientôt, comme ce fut le cas aux Pays-Bas et comme ça l’est aujourd’hui en Belgique, entre continuer d’augmenter les collections ou restaurer celles que l’on possède pour mieux les conserver. Monuments historiques et musées, mêmes nécessités.


Céline de Potter, vendredi 21 octobre 2005



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