Corinthe, de Jean-Léon Gérôme, préemptée par le Musée d’Orsay


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1. Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
Corinthe, 1903-1904
Plâtre polychrome, cire colorée et fil métallique -
47,5 x 33 x 30 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Sotheby’s

27/6/08 – Acquisition – Paris, Musée d’Orsay – C’est un chef-d’œuvre étrange et dérangeant (ill. 1) que vient d’acquérir le Musée d’Orsay dans la vente Sotheby’s Paris du 25 juin 2008 pour 456 750 € (avec les frais). La représentation de cette femme nue assise, les jambes croisées, ne portant en guise de vêtements que des bijoux, laisse une impression inoubliable. La peinture couleur chair et le canon classique donnent à cette personnification de la ville de Corinthe un aspect réaliste très fort, malgré sa taille réduite. Dans le même temps, la recherche de la pose, le regard perçant, le raffinement des bijoux, transforment cette figure en une image de la femme fatale, mystérieuse et vénéneuse, comme l’affectionnaient les artistes symbolistes.

Corinthe1 est une des dernières œuvres de Gérôme, réalisée en 1903-1904. Le plâtre polychrome acquis par Orsay provient directement des descendants du sculpteur. Le marbre, resté inachevé, fut terminé par son assistant Emile Decorchement et exposé au Salon de 1904, placé au sommet d’une colonne, corinthienne évidemment. Au moins une autre version en marbre et six exemplaires en bronze, forcément posthumes, sont conservés.
Gérôme s’était fait une spécialité des sculptures polychromes, grâce à l’utilisation de marbres teintés souvent mêlés au bronze ou à d’autres matériaux, précieux ou non (les bijoux de Corinthe sont en cire). Orsay possède ainsi le Buste de Sarah Bernhardt et une Figure Chryséléphantine, Vesoul une sculpture de Bellone et Caen une Joueuse de boules.

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2. Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
Deux paysannes italiennes et un enfant, 1849
Huile sur toile - 88,3 x 67,9 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay


Orsay avait acquis en 2004 deux peintures de Gérôme, La Réception du Grand Condé à Versailles (voir brève du 28/10/04) ainsi que le sublime Portrait de la baronne Nathaniel de Rothschild. Une autre toile, Deux paysannes italiennes et un enfant (ill. 2), a été acquise en 2007 auprès du marchand new yorkais Jack Kilgore qui venait de l’exposer à Maastricht. Œuvre de jeunesse - mais peinte tout de même trois ans après le célèbre Combat de coqs du Salon de 1846 - elle montre encore un autre aspect d’un artiste beaucoup plus complexe que ce que l’on pourrait penser. Orsay lui consacrera une rétrospective à l’automne 2010.

English version


Didier Rykner, vendredi 27 juin 2008


Notes

1Gerald M. Ackerman, Jean-Léon Gérôme, Paris, 2000, cat. S63, p. 402.





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