Constant Moyaux (1835-1911). Du compas au pinceau : l’architecture révélée


Valenciennes, Musée des Beaux-Arts, du 6 décembre 2013 au 23 mars 2014.

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1. Constant Moyaux (1835-1911)
Établissement d’eaux thermales, coupe
Grand Prix de Rome d’architecture, 1861
Plume et aquarelle - 61 x 287 cm
Paris, École nationale supérieure des beaux-arts
Photo : ENSBA

Qui connaît l’architecte de la cour des Comptes ? Qui, même, pourrait dire qu’il connaît le bâtiment, engoncé dans une rue étroite à proximité de la place de la Concorde et qui se réduit pour le passant à une grande façade ? Ce fut pourtant l’œuvre principale de Constant Moyaux, prix de Rome en 1861, qui eut une carrière administrative bien remplie même s’il ne laissa pas beaucoup de traces dans l’histoire de son art.
Destinataire d’un fonds important donné par l’artiste et quelques-uns de ses amis, essentiellement constitué d’aquarelles réalisées pendant le séjour à la Villa Médicis, le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes lui consacre une exposition qui n’est pas une rétrospective complète même si elle s’attache à présenter l’intégralité de son parcours. Elle se base essentiellement sur ses collections, complétées de quelques prêts extérieurs, notamment de l’École nationale supérieure des beaux-arts.


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2. Constant Moyaux (1835-1911)
Vue de Rome depuis la fenêtre
de la chambre de l’artiste
, 1863
Aquarelle - 29,3 x 22,7 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/T. Le Mage
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3. Constant Moyaux (1835-1911)
Vue de la façade de la Villa Médicis côté jardin
depuis la fenêtre de la chambre de l’artiste

Aquarelle - 37,7 x 25,7 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/M. Urtado

Sa ville natale, Anzin, supporta l’artiste pendant toute sa scolarité à l’École des Beaux-Arts, lui accordant une pension annuelle qui lui permit de patienter jusqu’à ce qu’il obtint enfin, après plusieurs essais, le prix de Rome en 1861. Le catalogue, très riche, nous fait entrer dans les arcanes du concours pour le prix de Rome et de toutes les petites intrigues qu’il entrainait. Dès son deuxième essai, Moyaux obtint le second prix. Une réussite qui augurait du mieux pour l’avenir. Hélas, l’année suivante, c’est le fils du peintre et membre de l’Institut, François-Joseph Heim, qui est couronné, semble-t-il grâce au soutien de son père. En 1858, le prix échoit à Coquard qui, selon les mots même de Moyaux, présente un projet meilleur que le sien. L’année suivante, deux prix sont attribués pour compenser le renoncement de Heim au voyage de Rome. Mais ce sont deux architectes qui vont avoir 30 ans, et pour lesquels il s’agit de la dernière chance, qui sont lauréats. Moyaux l’avait prévu exactement comme cela s’est déroulé. En 1860, le prix lui échappe à nouveau et va à Achille Joyau. Enfin, en 1861, les portes de Rome s’ouvrent à lui. Moyaux a 26 ans.
Le sujet de ce concours était : un établissement d’eaux thermales (ill. 1). De l’aveu de tous les observateurs, c’était un coup de maître dont la qualité ne souffrait pas de discussion. Et il est vrai que le projet exposé ici est remarquable, l’aquarelle rehaussant avec bonheur ce que le dessin strictement architectural pourrait avoir d’un peu sec. On admirera aussi, récemment restauré, un superbe projet de façade d’église exécuté à l’occasion d’un autre concours organisé par l’école.


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4. Constant Moyaux (1835-1911)
Vue de l’Acropole d’Athènes, le Parthénon côté sud, 1864
Aquarelle - 33,4 x 50,4 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/T. Le Mage
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5. Constant Moyaux (1835-1911)
La Vasque de la villa Médicis
Aquarelle - 11,7 x 21,6 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/M. Beck-Coppola

Moyaux profita de son séjour à la Villa Médicis pour beaucoup voyager comme le lui permettait – et même l’encourageait - le règlement de l’Académie. Il parcourut en tous sens l’Italie, se rendit en Grèce et même à Constantinople.
De ces périples, il rapporta un très grand nombre d’aquarelles qu’il conserva toute sa vie, qu’il exposa fréquemment mais qu’il se refusa toujours à vendre. Leur présentation est une véritable révélation. Toujours précises dans les représentations d’architecture, elles témoignent d’une grande liberté dans les paysages et le goût de la lumière.
L’une d’elle, qui fait la couverture du catalogue, est particulièrement marquante et atteint au chef-d’œuvre absolu (ill. 2). On y voit la chambre de Moyaux ouvrant par une fenêtre sur une vue de Rome. Ayant changé de logement pendant son séjour, il réalise à nouveau une vue de sa fenêtre qui donne cette fois sur la façade de la Villa, moins spectaculaire mais tout aussi belle (ill. 3).


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6. Constant Moyaux (1835-1911)
Vue de l’intérieur de Saint-Sophie
de Constantinople
, 1864
Aquarelle - 19,8 x 17,6 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/T. Le Mage

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7. Constant Moyaux (1835-1911)
Vue de Pompéi. La Maison de Méléagre, 1863
Aquarelle - 26 x 20 cm
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN-GP/C. Chavan

Ces aquarelles forment le cœur de l’exposition. Qu’elles représentent l’Acropole (ill. 4) ou Rome (ill. 5), Capri ou Constantinople (ill. 6), ou encore Pompéi dans une œuvre acquise en 2013 (ill. 7) on devine que cet exercice est sans doute celui où Moyaux révèle le mieux ses qualités artistiques. L’usage qu’il fit de cette technique sur son projet pour le prix de Rome entra sans doute en ligne de compte dans son succès.
Revenu à Paris, Moyaux semble avoir ralenti sa production d’aquarelles. Tout au moins le Musée de Valenciennes n’en conserve que très peu datant d’après l’Italie, et celles-ci ont perdu une partie de la fraîcheur d’inspiration qui était la sienne. Elles sont plus appliquées, moins spontanées. Moyaux multiplie les activités, mais construit peu, si ce n’est de nombreux monuments sculptés et des tombeaux. C’est à lui qu’on confie la transformation du château de Meudon en observatoire, il bâtit l’église de Nœux-les-Mines qui est encore conservée, un groupe scolaire à Anzin, détruit pendant la Second guerre mondiale, fait des projets très remarqués pour la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Paris et pour le Sacré-Cœur, mais il est surtout employé par le gouvernement à divers postes administratifs tels qu’Inspecteur général des monuments civils et architecte des grands travaux du ministère de la l’Intérieur. Son grand œuvre reste la Cour des Comptes qu’il ne put malheureusement pas mener jusqu’au bout puisqu’il meurt en 1911 et que son inauguration n’eut lieu qu’un an plus tard. Comble de malchance, les discours oublient même de le citer ! La postérité ne fut donc guère favorable à ce bon élève de l’Académie qui restera avant tout par ses aquarelles. L’exposition de Valenciennes vient assurément réparer un oubli.


Commissaire : Virginie Frelin-Cartigny


Collectif, Constant Moyaux (1835-1911). Du compas au pinceau : l’architecture révélée, 2013, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 200 p., 29 €. ISBN : 9782912241245.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts, Boulevard Watteau, 59300 Valenciennes. Tél : + 33 (0)3 27 22 57 20. Ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h et le jeudi jusqu’à 20 h. Tarifs : 5 € (réduit : 2,5 €).


Didier Rykner, mercredi 12 février 2014





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